Vilaine Fifi

10 mai 2012

Il est temps pour les pauvres de s'enrichir, pour les riches de mourir

Dans mon dernier billet, un brin bordélique, j'évoquais un tour du monde cinématographique tant les propositions du moment virevoltent au-dessus des frontières. La semaine passée, nous étions en Bulgarie (sombre et délicat Avé, film pudique et rempli d'énergie dont j'aurais aimé vous parler davantage) puis à Glasgow (violent et étrangement tendre Tyrannosaure). Nous avons même traversé les Etats-Unis en compagnie de Jonathan Caouette et de sa maman (Walk away Renée) en faisant un détour par le Mexique (Miss Bala, désespérément raté). Les passeports restent à portée de main car très bientôt c'est en Allemagne (Barbara) que nous poserons nos valises et pourquoi pas en Norvège (Baby Call) avant de prendre la direction de la Chine pour 11 Fleurs. Rien que ça ! Pas de décalage horaire à subir ni de Lexomil à s'enfiler par dix avant de grimper dans l'avion. Tout bénéf' et hyper-écolo.

C'est par ce moyen très efficace, descendant de la lanterne magique (rien d'étonnant à cela) que nous avons eu l'occasion de passer quelques jours en Israël, au coeur d'un film qui m'a impressionnée par sa puissance discrète, Le Policier. Devant la caméra de Nadav Lapid, le conflit israëlo-palestinien appartient au hors-champ et c'est la guerre des classes qui est mise en scène. Dans un film qui se déroule en deux temps (découpage pertinent qui met en valeur la mise en scène ultra-maîtrisée, presque glaçante), le réalisateur oppose une unité d'élite de la police israëlienne à un groupe de jeunes révolutionnaires.

Le policier 1

La première partie nous invite donc à suivre Yaron et ses collègues-amis, des hommes, des vrais, virils et musclés qui ne manquent pas une occasion de mettre à profit leurs biscotos. Dans leur univers, le corps est conquérant, la sexualité débordante. Les femmes sont belles, et on n'oublie pas de le leur dire, ou enceintes, ce qui apparaît comme valorisant (il ne faudrait pas que la vigueur masculine soit mise en doute) mais pénible (une future mère n'est pas baisable). Yaron et ses potes ne peuvent souffrir les corps diminués ce qu'apprend à ses dépens leur collègue Ariel ravagé par une tumeur. Posture paradoxale et, de fait, passionnante, puisque très rapidement, on s'aperçoit qu'eux-mêmes forment un corps social fragile et instable qu'un rien suffirait à faire exploser.

le policier2

Face à eux, un autre groupe, trois gars-une fille. Esprits en formation, corps en transformation. Une folle détermination les anime dont l'origine reste vague : issus d'un milieu bourgeois, cultivé, ces jeunes terroristes israëliens veulent faire la peau à quelques hommes d'affaires parmi les plus riches du pays. Ils se réunissent, s'organisent, rédigent leurs revendications, des textes trop beaux pour être souillés par du sang. Les regards se croisent, les coeurs s'emballent. L'un aime l'une mais l'une aime l'autre. Dans leur monde encore si fragile, le sexe ne s'expose pas mais un érotisme pudique s'impose. Baisers échangés, espérés, volés, attendus. Les corps se frôlent et se désirent, les mains se cherchent, saisissent un archet, un violon et font des merveilles puis empoignent une arme et le temps s'arrête.

Corps à corps.

D'un côté comme de l'autre, le spectateur s'attache, suit avec intérêt et interrogations les parcours parallèles puis croisés de cette jeunesse israëlienne rongée par la haine et les peurs. Pour autant, nos sentiments demeurent indéfinissables, ni aversion, ni empathie, comme leurs esprits à eux semblent insondables, insaisissables jusqu'à la scène finale -dont je ne dirai rien de trop- d'où sourd enfin une émotion simple et belle.

Du coeur au coeur.

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Sans m'étendre outre mesure, peu de temps après cet intense moment de cinéma, l'occasion m'a été donnée de voir un film que j'avais volontairement fui lors de sa sortie en salle.

Et la comparaison s'est imposée. Ici aussi, deux corps s'opposent. Celui de l'un ne répond plus, celui de l'autre s'exprime pour deux. Le sexe n'est qu'un souvenir ou une quête permanente. Mais les classes, elles, ont cessé de lutter malgré leurs différences dont elles ont enfin appris à se nourrir. Le lascar de banlieue met de la vie dans le quotidien monotone du richard Paris VII° qui, de son côté, permet à son nouvel ami d'aquérir une culture artistique essentielle, juste ce qui lui manquait pour devenir définitivement un mec bien. Dans ce film aussi, la police a son mot à dire, dès la scène d'exposition (un honneur, n'est-ce pas ?). Trente secondes montre en mains pour, encore une fois, dévaloriser une profession qui n'en a pas besoin (mais ça fait tellement marrer le bon peuple de casser les flics) (ce même bon peuple qui pleure sa maman dès que le voisin monte le son un peu trop fort : "j'vais appeler la police si ça continue !!!!"). Mouarf !

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Clin d'oeil "Lutte des classes"

Ce film qui affiche un racisme de comptoir abject (le bon nègre qui distrait son bwana avec le sourire, ça le fait moyen quand même) et se paye, par la même occasion, le luxe de passer la culture occidentale à la moulinette (L'art contemporain ? Un truc de boloss ! L'opéra ? Pour voir des arbres chanter ? Laisse moi rire !), a malgré tout remporté un succès commercial qui ne cesse de m'étonner.

Intouchables restera pour moi un mystère (en plus d'un film au scénario très faible, faut bien le dire).

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01 mai 2012

Et pour mieux garder dans ma tête les joies de la belle saison...

Un mois tout entier sans que mes pensées n'aient été transformées en mots d'un coup de clavier magique, un mois au cours duquel émotions, nouveautés et découvertes se sont bousculées dans ma vie, n'aspirant qu'à une chose : ne pas tomber dans l'oubli. J'aimerais alors trouver le temps de profiter de mon petit espace à moi pour retranscrire en quelques lignes le bonheur d'avoir vu sur scène Cate Blanchett dans Big and Small, faire revivre Le Sacre du Printemps version Gallotta et L'Histoire de Manon, sublime ballet de Kenneth MacMillan, mon plus beau rêve dansant de ce début d'année 2012. Vous dire l'énergie folle offerte par la troupe du Cirque Eloize et la poésie du Cirque Invisible, deux spectacles que je vous conseille d'avoir à l'oeil. Je souhaiterais laisser des traces des différentes expositions que j'ai pu voir, afin de connaître dans quelques mois le plaisir narcissique de me replonger dans ces billets-souvenirs, mais le temps manque et je ne peux que vous dire brièvement mon enthousiasme lorsque je repense à l'exposition consacrée à Bob Dylan à la Cité de la Musique -parcours musical divinement amorcé par le concert de Moriarty-, ma déception concernant l'exposition Tim Burton qui, à mon sens, n'a pas sa place au musée du cinéma (l'exposition consacrée au travail pictural de David Lynch s'était tenue à la Fondation Cartier, elle...), la richesse de Danser sa vie au Centre Pompidou. Il aurait surtout fallu que je consacre un billet à Vincent Macaigne, découvert en tant qu'acteur dans Le Naufragé et Un monde sans femmes, puis réalisateur de Ce qu'il restera de nous, enfin metteur en scène d'En manque d'après Crave de Sarah Kane. Cela m'aurait fait terriblement plaisir de vous faire découvrir (peut-être) l'univers viscéral, noir (âme), blanc (nuit), rouge (sang) de cet homme qui sait dire la solitude et la violence des rapports humains, mêler pulsions de vie et pulsions de mort. C'est désespérant d'être nous.

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Et puis il y a le cinéma qui compte tellement dans notre vie, tous ces films scrupuleusement choisis qui nous ont marqués et fait parler bien longtemps. Un véritable tour du monde cinématographique -le meilleur moyen trouvé à ce jour pour lutter efficacement contre la grisaille et la froidure- dont j'aurais aimé vous rapporter plein de souvenirs : Trabalhar Cansa (Brésil), Week-end (U.K.), Elena (Russie), L'enfant d'en haut (Suisse), Le Policier (Israël), Les Vieux chats (Chili), Oslo 31 août (Norvège), Ulysse souviens-toi (Canada), Avé (Bulgarie), I wish (Japon), etc., etc. Et mon coup de foudre totalement inattendu pour Twixt signé Coppola, un film dont j'ose dire qu'il est parfait, même si c'est un grand mot un peu galvaudé (cliché ?), mêlant indubitable maîtrise et  décontraction de la touche, un moment de cinéma aussi éblouissant qu'euphorisant, un univers visuel unique et pourtant familier qui m'a immédiatement séduite.

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J'évoque ici les jolies choses dont j'aurais souhaité garder l'empreinte sentimentale mais il ne faudrait pas laisser de côté celles que j'aurais aimé partager en détails avec vous (vous savez à quel point j'aime les détails, parler, broder, disséquer). Comme ce second semestre qui s'est idéalement passé avec la charge d'un TD bien sympa (qui s'articulait autour de trois disciplines, la littérature, le cinéma et l'histoire, et d'une problématique motivante : "Dans quelle mesure la littérature et le cinéma sont-ils porteurs d’un savoir historique ?") et grâce à la participation d'étudiants enthousiastes, intéressants, gentils comme tout (j'ai même eu un joli cadeau le dernier jour :)) avec qui j'ai pris beaucoup de plaisir à échanger pendant et hors des cours, à parler de tout et de rien, de cinéma, bien sûr, de Godard, de Nancy Huston, de musique, des études,... Ils ont proposé des exposés bien documentés, commenté et critiqué les travaux des uns et des autres, n'ont pas oublié de m'offrir quelques perles ("le Premier ministre d'Hitler, Goethe", "Marin Marais, célèbre violeur", "l'haut-delà", figurent parmi mes préférées) tandis que je luttai activement contre l'emploi substantivé des participes passés ("le ressenti" n'existe PAS, merci !) et autres insupportables déformations langagières qui courent -malheureusement- partout. Je suis ravie de cette expérience enrichissante et si j'avais, l'an dernier à la même époque, la boule au ventre à l'idée d'enseigner, je me sens aujourd'hui infiniment triste de penser qu'à la rentrée ce plaisir me sera probablement interdit pour de stupides raisons (pour être chargé de TD lorsqu'on est doctorant, il faut être âgé de moins de 28 ans au 1er septembre de l'année universitaire. J'aurai 28 ans le 27 août. Pas de bol !). Un second semestre universitaire assez riche puisqu'il a également été marqué par la rédaction -sans fin- d'un article pour une revue féministe dont j'attends beaucoup (doigts croisés, emmêlés, broyés d'espoir) et se terminera avec ma toute première participation à un colloque pour lequel je prépare actuellement une communication (les mains moites et l'estomac sens dessus-dessous sont inclus dans le forfait).

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De grandes aventures culturelles et intellectuelles ont donc rythmé ces derniers mois mais la plus belle d'entre toutes serait plutôt immobilière avec l'adoption d'un nouveau nid spacieux et lumineux placé sous la bienveillante garde du Génie de la Bastille. Un quartier où il fait bon vivre, où trois cinémas de qualité entourent l'Opéra, un appartement en cours de décoration, où rien n'est à refaire mais dont les murs blancs du vaste salon dit "en L" nous invitent à satisfaire toutes nos envies. Je rêve, notamment, d'un confortable canapé qui habillerait l'angle face aux fenêtres, une méridienne qui incite à la paresse, à la lecture, au visionnage sans relâche des meilleurs films de notre collection. J'imagine déjà, dans quelques jours, un moment de détente devant un apéro rafraîchissant et le récap' quotidien du festival cannois, les fenêtres entrouvertes, les voilages blancs agités par une légère brise et le soleil (reviens s'il te plaît !!!). Ou une séance Six-Feet-Underienne parfumée au thé fumé.

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Tout est donc pour le mieux de ce côté de l'écran où la vie nous surprend en permanence, s'organise sans jamais céder à la routine. Des habitudes sont prises, des rendez-vous fixes et essentiels rythment les semaines (les cours de danse du lundi et du jeudi, le yoga, le ciné du mercredi, la sortie du vendredi, la lecture à voix haute du soir, la glandouille assumée du week-end). Un programme bien rodé que viennent illuminer des instantanés de bonheur, des gestes anodins qui flirtent avec le miracle : 150 euros gagnés au grat-grat, des roses blanches offertes un samedi gris, une carte postale écrite et adressée à nous-mêmes, beaucoup de nouvelles paires de chaussures qui-font-même-pas-mal-aux-pieds !, des chocolats élégamment présentés -cadeau pour ma fête-, ses mains sur sa guitare, nos conversations sans relâche, des pass trois jours pour Solidays (les Kiiiiiiiiiills ^^), la maîtrise (toute relative) du pas de valse en tournant, un strudel aux abricots rapporté de la rue des Rosiers, Benjamin Biolay bientôt sur la scène du Châtelet,...

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Voilà pour ce petit billet qui me trottait dans la tête depuis bien trop longtemps, accompagné d'un échantillon  d'images des fêtes de fin d'année, douceurs partagées et présents échangés. Certains le jugeront peut-être un peu trop égo-quelque chose (promis, les deux prochains le seront beaucoup moins) mais j'avais très envie de rassembler et de mettre à l'abri toutes ces choses qui sont déjà des souvenirs. Le temps passe incroyablement vite et la vie me semble si bonne avec moi ces derniers temps que le besoin de tout consigner se fait obsédant. J'espère également que la lecture de ces quelques lignes (bravo à ceux qui en sont venus à bout) vous aura mis un peu de baume au coeur, le bonheur -comme le rire- est communicatif.

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Je vous souhaite un excellent 1er mai, sous un très beau ciel bleu.

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22 mars 2012

Où sont les vaches ? -suite et fin-

Comme prévu, armée de ma panoplie de détective, je suis repartie sur les traces des vaches volatisées de leurs champs depuis quelques semaines. J'ai dégainé ma loupe pour être sûre de ne pas me vautrer dans une bouse, ai ressorti mon carnet de notes et les photos des portées disparues puis j'ai mené mon enquête. Et, à ma grande surprise, c'est vers les salles obscures qu'indices et témoignages m'ont menée. Incrédible. Les vaches auraient donc quitté leurs vastes espaces verts pour les grands écrans blancs.

Démonstration en trois points.

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C'est sur l'affiche du film belge Bullhead, réalisé par Michaël R. Roskam que je retrouve les premières vaches. Je suis donc sur la bonne voie, néanmoins, je ne peux que m'interroger sur les motifs qui les ont poussées à quitter leurs terres pour un tel univers. En effet, noir et dérangeant, Bullhead est un polar qui met face à face éleveurs de bovins et trafiquants d'hormones. Et si je vous dis que cette année Rundskop (titre original) était présenté à Paris dans le cadre de l'Etrange Festival, cela vous donne sans doute une idée de l'ambiance dans laquelle ont baigné nos fugitives.

Dans ce premier refuge cinématographique, les vaches ne sont rien d'autre qu'un ensemble de corps à la merci des hommes qui en tireront profit, une masse carnée qu'ils n'hésitent pas à malmener, à dénaturer à coups de seringues hormonées, à réduire au degré zéro de l'humanité. Bullhead nous ouvre les portes de la production -bien dégueulasse- de viande, lève un pan du voile sur l'élevage industriel, un monde dans lequel les bêtes ne maîtrisent rien, pas même de leurs fonctions naturelles.

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Du vulgaire bétail élevé par une véritable bête humaine, Jacky Vanmarsenille (interprété par Matthias Shoenaerts, inoubliable), mutique et violent héritier d'une famille d'agriculteurs-engraisseurs au physique impressionnant, transformé par les hormones qu'il s'injecte entre deux bastons. Un corps violenté, indomptable, sculpté à dessein pour étouffer une âme en souffrance, faire taire les souvenirs d'une enfance violée, d'une vie d'homme détruite. Le parallèle homme-animal aurait pu être facile et grossier mais il n'en est rien puisque ce destin -qu'on a envie de qualifier de tragique- est sublimé par une réalisation maîtrisée qui frôle le clinique (j'avais eu cette même impression devant le dérangeant La Piel que habito d'Almodovar) et conforté par une intrigue quelque peu obscure mais captivante portée par des acteurs aux gueules burinées. D'excellents points pour combler le spectateur, quant à nos vaches, je doute que celles retrouvées en Flandres regagnent leurs verts pâturages indemnes.

bullhead vaches 

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L'enquête continue et je garde l'espoir de ramener Clarabelle, Marguerite, La Cornette et leurs amies sur le droit chemin. De nouveaux indices me conduisent alors depuis la Flandres jusqu'en Aveyron, sur les traces de belles échappées ayant trouvé refuge chez un jeune agriculteur qui m'inspire davantage confiance que Jacky le lanceur de seringues.

L'Hiver dernier est un film-cadeau, offert par un réalisateur natif du Midwest américain, John Shank, qui a su magnifier les paysages ruraux de la région de l'Aubrac, (célèbre pour son élevage bovin -ceci explique cela-) qui, devant la caméra, révèlent leur puissance et leur étrangeté fascinantes. Dès les premiers instants où je fais la connaissance de Johann, jeune homme ayant repris l'exploitation familiale à la mort de son père, je quitte la campagne française et mon imaginaire, stimulé par les magnifiques images contemplatives de Shank, me transporte en plein western. Les paysages sont rudes mais la communauté reste soudée, bien attachée à ces terres que les travailleurs irriguent de leur sueur depuis des générations. Johann, plus encore que les autres, a lié sa vie à la survie de son exploitation et même si le travail est difficile et les banques intraitables, respect des traditions et intégrité l'aident à ne pas courber l'échine devant l'ennemi, celui qui n'a qu'un mot à la bouche : rentabilité. Johann est un résistant et ne veut renoncer à ses pratiques pour en adopter d'autres qu'on lui impose et l'obligeraient, par exemple, à se séparer de ses veaux de plus en plus tôt pour qu'ils soient vendus aux abattoirs. 

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Johann impressionne par sa détermination qui le pousse à s'éloigner de tout après avoir tenté de se rapprocher de sa soeur malade, comme dans un dernier élan de combattant, pensant encore que l'union est une force. Il impose le respect par ses convictions et ses choix auxquels il ne tourne jamais le dos. Vincent Rottiers, jeune acteur croisé dans quelques films plus ou moins bons mais dans lesquels son regard fascine toujours, interprète brillamment cet attachant personnage. Son visage, ferme mais jamais dur, nous encouragerait à le suivre au bout du monde, film après film, tant il inspire la confiance et la sécurité, la stabilité et le sérieux. Un acteur qui subjugue par son humilité, se fond dans un décor splendide de naturel pour un film qui laisse rêveur...

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... Et songeur. Car, si j'étais dans un premier temps rassurée de retrouver mes vaches en pleine santé, choyées par un éleveur consciencieux et humain, si les terres de l'Aubrac me semblaient plus clémentes que les abattoirs belges, force m'a été de constater que même en de pareilles circonstances mes disparues n'étaient pas à l'abri du danger, la pression pesant sur les épaules du plus réglo des agriculteurs étant malheureusement très forte.


DSCN0046-littlePas de repos pour les braves, je reprends la route laissant derrière moi vaches hormonées ou totalement déprimées. Voyez, se mettre au vert n'apporte que des ennuis. J'avais profité de mon séjour aubraquien pour sonder discrètement quelques bavards dont j'avais seulement réussi à tirer cette stupéfiante information : des vaches clandestines auraient été repérées en Normandie. Une aiguille dans une botte de foin serait moins difficile à retrouver que mes vaches parmi quelques milliards d'autres. Néanmoins, un bon détective ne s'avoue jamais vaincu et après quelques échecs à peine avouables (je me suis quand même retrouvée au coeur d'une chanson de Stone et Charden...), j'ai fini par mettre la main sur les dernières fugueuses.

Celles-ci se laissaient tranquillement vivre devant la caméra d'Emmanuel Gras, prenaient la pose telles des actrices fraîchement oscarisées ou vaquaient simplement à leurs occupations, me signifiant d'un battement de cils leur refus de retourner au bercail. Soit. Je dois bien admettre que même moi qui ne supporte pas de franchir le périph', je me suis sentie bien dans ce décor bucolique, à observer mes amies vivre leur vie en douze tableaux.

Bovines sous-titré Ou la vraie vie des vaches, est le meilleur poste d'observation pour qui voudrait tout savoir du quotidien de ces demoiselles. Pendant un peu plus d'une heure, sans musique ni commentaires à visée pédagogique, nous découvrons, un peu étonnés au début puis totalement captivés, les gestes et habitudes qui rythment leurs journées. Si nous, pauvres hères à deux pattes, nous plaignons parfois de notre valse à trois temps Métro-Boulot-Dodo, les vaches ont, quant à elles, l'air de très bien s'accomoder de la leur Meuglage-Miamage-Dodotage. C'est que quatre estomacs à remplir, ça occupe !

bovines bisous

La vie paraît si douce, dans ce paysage normand (dont le réalisateur nous propose de sublimes plans), que je ne peux que comprendre la fugue collective qui m'occupe depuis plusieurs jours. Mes disparues ont déjà de nouvelles amies, elles se léchouillent les unes les autres, telles les petits rats de l'Opéra ou les jolies fleurs qui poussent à l'ombre des maisons closes qui se massent et s'apaisent. Elles ne sont pas l'ensemble de corps sans âme hantant Bullhead mais forment un corps social au sein duquel chacune évolue selon son rythme, ses besoins et envies propres. Elles prennent soin d'elles, cueillent des pommes, se mettent à l'abri de la pluie, se rassemblent -curieuses- autour d'un indésirable sac plastique emporté par le vent. Un beau matin, un veau vient au monde, sans tambour ni trompette, sa mère met bas de la manière la plus naturelle qui soit, puis le nettoie et l'observe faire ses premiers pas avant de le laisser déguster sa première gorgée de lait.

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Les hommes sont absents de cette partie de campagne. Ou presque. Ils apparaissent et disparaissent dans leurs véhicules bruyants dont on devine la destination, emportant sur leur passage paix et douceur de vivre.

Je ne suis finalement plus du tout rassurée pour celles qui sont devenues mes amies et que je laisse malgré moi à cette vie moins pire qu'une autre mais sur laquelle plane la menace de la mort ou du chagrin. Certaines viennent de voir partir leurs veaux, étiquette jaune à l'oreille, arrachés à elles pour monter en rangs ordonnés dans de funestes camionnettes, d'autres ne verront pas le soleil se lever. Voilà ce qu'est la vraie vie des vaches.

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Adorable veau paisiblement endormi lors du Salon de l'agriculture.

Même si tout cela n'est pas très heureux, je tiens à insister sur les qualités cinématographiques de ces trois oeuvres qui ne sont pas des plaidoyers pour le végétarisme (et, quand bien même, les végétariens n'ont pas la peste, promis) mais de très bons et beaux films. Néanmoins, je ne peux pas nier qu'ils invitent à se poser quelques questions ce qui m'apparaît comme une très bonne chose (ne plus se poser ses propres questions revient à se laisser envahir par les réponses des autres). Se nourrir est indispensable, vital, cela étant, se nourrir de la manière dont nous le faisons se rapproche plus de la grande consommation que du besoin naturel. Par ailleurs, il me semble que si certaines choses sont naturellement reconnues interdites (les lois et la littérature sont là pour nous rappeler qu'il ne faut pas coucher avec maman ni tuer papa), d'autres font appel à la morale (tromper, mentir, trahir, partir du restau sans payer,...). Se nourrir devrait appartenir à cette seconde catégorie. Oui, "Manger est affaire de morale", la survie de plusieurs espèces, le réchauffement planétaire et j'en passe, dépendent de ce que nous choisissons d'avaler souvent plus par plaisir que par nécessité. Sans totalement changer ses habitudes alimentaires ni renoncer à ses envies, je pense qu'il est aussi faisable que nécessaire de s'interroger lorsque le moment est venu de remplir son panier de victuailles.

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13 mars 2012

Où sont les vaches ?

La semaine dernière (et des poussières), les affreux pavillons du parc des expositions de la Porte de Versailles ont abrité pendant quelques jours, comme chaque année à l'approche du printemps, ovins, bovins, caprins, porcins, dinosaures (cherchez l'erreur). Et c'est avec beaucoup d'enthousiasme et une grande reconnaissance (merci :)) que je suis allée rendre visite à tout ce petit monde alors que je n'avais pas eu l'occasion de me rendre au Salon de l'agriculture -puisque c'est de cet événement dont on parle- depuis près de vingt ans. Ce n'est pourtant pas faute d'aimer passionnément les bêtes, mon problème viendrait plutôt de la redoutable concentration de particules humaines. Ami Zanthrope, tu es ici chez toi.

Mes souvenirs du Salon n'étaient donc plus très frais et, pour la plupart, altérés. Cette balade agricole aura été une bien agréable manière de les raviver.

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Avec le sourire.

Par chance, peu de monde (en semaine) se pressait autour des animaux, les visiteurs préférant manifestement la bouffe aux boeufs. Néanmoins, alors même qu'il est demandé de ne pas les tripoter, les gens ne peuvent s'empêcher de poser leurs sales pattes sur les bêtes (on se demande sincérement qui, de l'âne ou de l'homme, est le bourricot) qui m'ont étonnée par leur calme et leur apparente sérénité. Pour la petite histoire, j'ai pu observer un boeuf aux belles cornes somnoler adorablement puis sombrer dans le sommeil en quelques secondes, un spectacle charmant et précieux. 

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Ou la langue étale...

Cet après-midi, commencé par quelques bulles de champagne euphorisantes, m'a donc enchantée et il me tarde d'en revivre un semblable l'an prochain. Pouvoir observer, admirer tous ces animaux de si près, dans de telles conditions (tous se sont mis sur leur 31) est une vraie chance et n'a rien de comparable avec des vacances chez grand-mère. Les mauvaises langues qui se délient toujours au bon moment, persiflent souvent que le Salon de l'Agriculture est fait pour les parigots qui ne sortent jamais de leur béton. Objection votre Honneur et Chut les mal-embouchés. Les animaux rassemblés au Salon n'ont rien à envier aux trois moutons de Tata Denise ; ils sont si beaux, impressionnants et tellement nombreux qu'on ne sait plus où regarder, chaque regard est une nouvelle découverte, un nouveau coup de foudre, un sourire. 

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Seules ombres au tableau, l'enseigne MacraDo coincée entre le Village des cochons et les bovins ainsi que l'étalage de charcuterie et autres saloperies suspendues face aux animaux, un spectacle de très mauvais goût à mes yeux, voire assez choquant étant donné l'espace immense dont dispose ce Salon. Car, c'est une des choses que j'avais oubliées, le Salon de l'agriculture n'est pas seulement une occasion de renouer avec le monde animalier mais aussi de réjouir nos papilles en parcourant les pavillons réservés aux spécialités culinaires nationales et internationales. De la Bretagne au Brésil en passant par la Lorraine (avec mes sabots, oui, oui) ou la Scandinavie, toutes les senteurs et saveurs du monde sont représentées, il est alors possible de picorer un morceau de fromage de chèvre par-ci, de déguster un petit brevage italien par-là et de rentrer à la maison avec un petit panier garni.

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Des vaches baguenaudaient donc, pour certaines, du côté de Paname mais d'autres, moins mondaines, demeurent toujours introuvables... Nous ressortirons donc notre loupe dans quelques jours pour poursuivre notre enquête. En attendant, ouvrez l'oeil et le bon.

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20 février 2012

Trois p'tits courts et puis s'en va

Ces derniers temps, le cinéma et moi, on n'est pas très copains. Non seulement les propositions faites chaque mercredi sont fades -qu'elle est loin cette période où toutes les semaines nous attendions notre film Minuit à Paris, La Piel que habito, Les Bien-Aimés, L'Apollonide, La Guerre est déclarée, Hors-Satan,... avec une véritable impatience, une grande excitation, toujours satisfaites- mais les rares films que nous allons voir sont souvent décevants et ennuyeux. The Descendants m'a semblé particulièrement creux, le charme de Sandrine Kiberlain n'a pas suffi à rendre L'Oiseau planant, La folie Almayer était une plongée au coeur de la beauté et... du sommeil, etc., etc.

On se réjouit alors des reprises, La Grande illusion cette semaine, Alphaville le 22 février, et des soirées DVD à la maison, Dean Martin, Shirley MacLaine, François Truffaut et Jerry Lewis étant nos invités permanents.

Mais ressortir du ciné le sourire aux lèvres, profondément heureuse, changée me manque. Cela n'est pas arrivé depuis Les Chants de Mandrin, et avant... probablement J. Edgar. Quel plaisir, pourtant, que de dîner à la lueur de l'oeuvre fraîchement découverte ! Je ne vous parle pas ici de décorticage -qui sommes-nous pour obliger un film à mettre ses tripes sur la table ?- mais de ce stratagème qui consiste à faire revivre telle scène, sonner telle réplique, pour raviver sans cesse l'intense bonheur ressenti pendant la projection.

un monde sans femmes affiche

Heureusement, tout n'est pas si noir au pays des salles osbcures (gnééé) et s'il est bon d'écouter son instinct pour esquiver les navets annoncés, on peut être considérablement récompensés de s'être laissé guider par sa curiosité. 

C'est ainsi que trois réjouissantes découvertes se sont posées sur notre chemin. Il a suffi de leur consacrer quelques instants, de les approcher doucement, de les observer un peu plus attentivement, pour avoir irrésistiblement envie de les cueillir.

Trois petits films en forme de "Bon Point" distribués aux enfants sages qui ne se rendent pas au cinéma comme à la fête foraine, à la recherche de sensations fortes et de sucreries qui collent aux dents et donnent la nausée.

Le Naufragé précédant Un Monde sans femmes, tout deux signés Guillaume Brac, et Le Marin Masqué, de Sophie Letourneur, un court (25 minutes)-un moyen (58 minutes)-un court (36 minutes), une addition sans fautes que j'aimerais partager avec vous en espérant très fort donner aux plus chanceux (ce qui est rare est précieux et ces films, qui vivent leur deuxième semaine d'exploitation, sont programmés dans peu de salles) l'envie d'être curieux.

Au-delà de leur format atypique (je veux dire par là que les occasions dele marin masqué affiche découvrir des courts-métrages en salle, en-dehors des festivals, sont peu nombreuses), de nombreux points communs rapprochent ces trois films, des passerelles magiques qui nous éclairent sur leur charme.

Le décor, tout d'abord, puisque les trois films se déroulent en bord de mer : à Ault, petite station balnéaire de la côté Picarde pour les deux premiers, à Quimper la Fourchette pour le troisième. Des petits coins de paradis français où certains se rendraient en traînant des tongs alors qu'ils sont pour d'autres (dont je suis) synonymes de grand air, de temps en suspens, de calme retrouvé.

Ces villes où l'on se rend pour les vacances, comme le duo mère-fille d'Un monde sans femmes, ou pour retrouver ses racines et faire une pause, comme les deux copines du Marin Masqué, sont également des lieux de rencontre surprenants : il n'est pas rare d'y laisser un éclat de coeur après y avoir lié une amitié éphémère ou vécu une amourette mais on peut également tomber sur un fantôme du passé, une personne qu'on n'aurait jamais pu croiser autre part qu'ici car le monde, avec ou sans femmes, est petit. Alors, à moins d'avancer masqué...

Les rencontres, les relations humaines, voilà ce qui anime et fait la richesse de ces films dont les personnages pourraient tout à fait se saluer dans une station service sur la route du retour. La mère et la fille, les deux copines, quatre femmes, trois générations avec les problèmes qui vont avec, parties "faire le point", "prendre du recul", "se ressourcer" en mangeant des galettes ou en pêchant la crevette, en buvant des coups dans des petits bistrots où on peut encore fumer, en dansant le vendredi soir dans la seule boîte du coin, comme dans une mauvaise blague.

C'est avec Sylvain, trentenaire timide, specimen du genre "trop bon-trop con", que les deux premières partageront un coin de parasol. Le duo bancal formé d'une femme encore trop séduisante pour renoncer à ses délires adolescents et de sa fille aussi belle que discrète deviendra donc trio, le temps de quelques jours salés-ensoleillés, puis quatuor, pour une soirée non sans fausses notes.

un monde sans femmes trioUne semaine de vacances humainement enrichissante pour les personnages, un film (qu'il ne faut surtout pas dissocier du (très bon) Naufragé dont il est une digne suite-complémentaire) émouvant pour le spectateur qui ne peut qu'être touché par l'authenticité de cette valse sentimentale et séduit par les formidables acteurs-danseurs.

Les filles le savent bien, on a toutes dans le coeur -jusqu'à L'Ultime Rencontre, celle qui emporte tout sur son passage- un marin masqué qu'on ne peut pas oublier. Ce mec, mi-mythe mi-mytho, croisé, rencontré, aimé et qui, après nous avoir déçues, se paye le culot de nous hanter. C'est sur lui que tombe (mais elle l'a bien cherché) Laetitia, de retour au pays natal en compagnie de son amie Sophie, au bout du rouleau. La première, heureuse en ménage, se pose néanmoins des questions qui trahissent ces incertitudes. La seconde, jeune maman, traverse une mauvaise passe avec le père de son enfant, avec qui elle doit vivre séparément pour ne pas le quitter (oui, oui, c'est un concept très "féminino-casse-couille"). Aux longues heures de route se succèdent les conversations téléphoniques et nocturnes troublantes, hurlantes de vérité. Comment ne pas se reconnaître dans ces interminables bavardages, sans queue ni tête, au cours desquels on refait le match à coup de "Il m'a dit ceci", "J'lui ai dit cela" ?

le marin masqué trio

Le Marin Masqué est un parfait film de filles qui n'a pas peur d'être intelligent, ce qui lui permet -du même coup- d'emballer les garçons. Par les choix esthétiques de la réalisatrice, il est en prime une drôle de petite chose bricolée : noir et blanc, fermeture à l'iris confèrent à ce road-trip breton des airs de film de vacances un peu vieillot tandis que la bande-son, composée des commentaires en voix-off des deux personnages-actrices, l'éloigne définitivement du film muet. Et oui, les filles, ça cause !

"Rencontre" serait donc le maître-mot de ces trois films (je vous ai finalement peu parlé du Naufragé qui met également en scène une rencontre, masculine cette fois-ci, tout aussi subtile). Mais, si ces personnages nous bouleversent autant, ce n'est pas uniquement pour les aventures qu'ils ont vécues sous nos yeux mais pour celles qu'on les imagine vivre ensuite. En effet, il est impressionnant de constater que Guillaume Brac et Sophie Letourneur sont parvenus, en quelques minutes, à faire profondément évoluer ces âmes humaines qu'ils ont créées, mises en scène et laissées après s'être assurés de leur bien-être. Il est beau et bon d'observer une femme prendre conscience du respect qu'elle se doit à elle-même et de la possibilité d'être bien en étant soi, tout comme il est touchant de découvrir un homme au réveil, différent de celui qu'il était encore la veille, sans doute le coeur serré mais enfin libéré, prêt à retenter sa chance à la grande loterie des sentiments.

Oscillant sans cesse entre tendresse, drôlerie et mélancolie, Le Naufragé, Un Monde sans femmes et Le Marin Masqué sont de grands bols d'air frais, des films vivifiants comme les embruns marins, qui nous racontent l'émancipation et nous rappellent que c'est parfois en allant vers l'autre qu'on se trouve soi-même. La plus belle des rencontres.

 

 

 

 

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05 février 2012

Love. Hate. Action. Violence. Death. In one word... Emotion.

"Les lectures c'est extraordinaire. Finalement, je crois que ce qu'il y a de plus extraordinaire à filmer, ce sont les gens qui lisent. Pourquoi aucun cinéaste ne le fait-il ? Filmer quelqu'un en train de lire, ce serait déjà beaucoup plus intéressant que la majorité des films qui se font. Pourquoi le cinéma ne serait-ce pas simplement filmer des gens en train de lire de beaux livres ?".    

Jean-Luc GODARD, 1967.


Des lignes qui m'accompagnent depuis quelques semaines, fragment de pensée godardienne qui résume si bien ce qui me séduit dans l'univers du cinéaste, vaste sphère en mouvement que je suis loin d'avoir explorée : c'est à peine si j'en ai franchi le seuil. Et je m'en réjouis, tout comme je me réjouis de n'avoir pas encore vu Benjamin Biolay sur scène, de n'avoir pas lu toutes les oeuvres de Joyce Carol Oates (dont je ne connais même pas tous les titres), de n'avoir pas encore serré la main de David Lynch. Les films de Godard auront été ma plus belle découverte de l'année, la plus sentimentale et la plus enrichissante ; quel supplice serait d'en apercevoir déjà la fin alors que chaque rencontre avec ses personnages est une nouvelle réjouissance.

J'ai choisi cette vidéo, une de celles publiées par Blow Up le site cinéma d'Arte, hommage tendre, drôle et intelligent à Pierrot le fou, film tendre, drôle et intelligent, mais pas seulement.

L'art, la littérature, la poésie sont au coeur de cette oeuvre qui se nourrit d'autres, leur rend hommage, les sublime tout en y puisant force et émotion. 

Pierrot le fou, le plus romantique des poèmes en images composé sous les auspices d'Arthur Rimbaud à qui Godard emprunte quelques vers. Une citation finale, un travelling latéral, la lumière diffuse du soleil qui réchauffera le coeur des amants pour l'éternité. Un poème en couleurs auquel il est difficile de ne pas associer le sonnet Voyelles. Ces couleurs primaires, essentielles, chères à Godard, repères pour son spectateur qui retrouve, dès le générique, ses marques, un monde familier où il sait qu'il se sentira bien.

Un film tableau. Nicolas de Staël, Marianne Renoir. Vélasquez. Et Ferdinand qui lit dans son bain mais sans chapeau, c'est qu'il n'a pas dû voir Some Came Running.

La musique aussi, les chansons de Serge Rezvani, Fraise-Vanille, que l'on peut fredonner toute la journée.

Les mots, lus et écrits par Ferdinand, une clope glissée derrière l'oreille et un crayon noir coincé entre deux doigts, ou est-ce l'inverse ? Pierrot, mon plus beau héros romantique et chevaleresque.

Une autre vidéo publiée par la même équipe illustre bien mieux que je ne pourrais jamais le faire la richesse des films de Godard, odes à la littérature, qui répondent à ses propres souhaits. C'est une vidéo dont je ne me lasse pas, qui dit et montre ce qu'il faut voir et savoir ; elle se trouve ici, sur un site jaune soleil, bleu vacances, rouge passion. Pourquoi aucun cinéaste ne le fait-il, filmer des gens en train de lire ? Parce qu'aucun cinéaste ne pourrait le faire comme vous, Monsieur Godard.

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27 janvier 2012

Bet you something I can get your mouth shut

Très chers lecteurs,

A ceux d'entre vous qui auraient eu la curiosité de visionner la vidéo introduisant mon précédent billet, je dois des excuses. En effet, j'ai laissé s'exprimer ici même un homme certes charmant mais parfaitement insolent, j'ai nommé Michel Poiccard, suggérant à qui voulait bien l'entendre d'aller se faire foutre. Croyez-moi, je ne laisserai plus jamais quiconque vous manquer de respect à ce point.

Trève de plaisanteries.

Le mois de janvier, celui des résolutions pour ceux qui acceptent de se résoudre, de la galette pour les autres (et oui, car parmi les résolutions classiques, celle de perdre quelques kilos mal placés est aussitôt mise à mal par la frangipane et ses cinq cents calories/ 100 grammes) (d'où la cruauté stupide des résolutions) (CQFD), je disais donc, le mois de janvier touche à sa fin et j'avais envie, après vous avoir présenté mes films de l'année écoulée, d'évoquer sur ces pages mes attachements musicaux, sans fleurs de rhétorique.

Je procéderai en deux temps en vous soumettant tout d'abord les cinq albums qui ont tourné sans discontinuer dans ma cabane magique puis en rendant compte, en quelques mots, des cinq concerts qui m'ont valu d'exaltantes parenthèses acoustiques, entre sérénité et euphorie, ce qui -finalement- revient au même puisque j'ai eu la chance, cette année, de voir sur scène presque tous les artistes de ma B.O. perso.

Première manche : mes cinq albums.

Avec une éternité de retard (pas taper !), j'ai découvert l'extraordinaire duo des Kills cette année ; tout d'abord séduite par l'album No Wow, j'ai fini par adopter et adorer tout autant Blood Pressures, leur quatrième et dernier album -sorti au printemps 2011- mais je me demande si mon préféré ne serait pas Keep on your mean side, leur tout premier. A moins que... Bref. Disons que mon addiction aux Kills est proportionnelle au temps qu'il m'aura fallu pour arriver jusqu'à eux et j'vais vous dire, des fois, ça vaut le coup d'être à la traîne.

the kills

C'est à la même époque, pour ainsi dire (la saison printemps-été aura décidément été merveilleuse), que je découvrai les sons electro d'Austra, groupe canadien mené par Katie Stelmanis et sa voix d'ange noir, me rappelant l'ambiance dancefloor brumeux des meilleures soirées gothiques. Feel it break n'enchaîne pas les tubes mais se compose de plusieurs titres très forts qui agissent sur moi comme de succulentes madeleines proustiennes aux sonorités new-wave.

austra album

J'ai déjà eu l'occasion d'évoquer sur ces pages mon immense coup de coeur pour Anna Calvi, sans doute ma plus grande révélation de l'année, celle qui m'a enchantée des jours, des semaines, des mois, sans que je puisse décider de mon titre préféré, sans que je puisse dire -encore aujourd'hui- si je craque davantage pour sa voix puissante et féminine ou pour ses riffs orgasmiques. A moins que ce ne soit pour elle tout entière, bout de femme, petite flamme, à la timidité honorable et au charisme impressionnant. 

anna calvi album

C'est avec une certaine crainte, sans doute quelques critiques anticipées et remarques moqueuses que j'ai accueilli la nouvelle. David Lynch, génie bien-aimé, sortait un album et il n'était même pas nécessaire de lâcher 780 euros pour avoir l'honneur de l'écouter. J'aime la musique qui rythme les films de Lynch, les longues nappes de synthé et les ambiances indus' mais, est-ce l'abus de méditation transcendantale ?, le réalisateur de "Mulholland Drive" emprunte parfois des voies si conceptuelles qu'il est impossible de le suivre. Pas vrai ? Très heureuse surprise donc que son Crazy Clown Time qui, après "Le p'tit clown de mon coeur" de Johnny, aura presque réussi à me guérir de ma coulrophobie (fallait faire du grec les enfants). 

david lynch

Si tu savais, cher BB, toi qui n'es pas un BB Aussi, l'importance que tu as dans nos vies. Après nous être enivrés de tes harmonies si évidentes et pourtant tellement riches et surprenantes, nous être saoulés en avalant de généreuses rasades de ta poésie insolente et romantique, presque adolescente, nous nous sommes réjouis de ton dernier fait d'arme. Tu nous as offert avec Pourquoi tu pleures ?  le plus bel album estival qui -je te le dis comme je le pense- compense les faiblesses du film qui en est à l'origine. Tu m'as fait sautiller comme une imbécile heureuse sur "C'est pas la forme", rêver avec "L'homme de ma vie", tu nous as bien fait marrer en reprenant Enrico Macias (putain, t'es gonflé quand même !) et je ne me suis pas lassée de t'entendre dire "Tu fais chier à la fin" à Emmanuelle Devos. Que tu signes toi-même la B.O. du film dans lequel tu avais la vedette avait un p'tit quelque chose de prétentieux, limite Vincent Gallo, mais tu as raison, cher Benjamin, on n'est jamais mieux servi que par soi-même et nous te resterons fidèles. Promis.

pourquoi

Comme je vous l'annonçais en début de billet, on retrouve parmi les concerts les plus excitants de mon année, les artistes dont j'ai écouté sans me lasser les albums. Mais quand même, un petit classement s'impose ;)

Seconde manche : mes cinq concerts.

Anna Calvi, encore et toujours, magnifique lors du concert de Rock en Seine dans une ambiance particulière, celle d'un festival estival. Le soleil n'était pas d'une grande générosité mais la bière coulait à flot et assis dans l'herbe puis debout sans jamais se lâcher, découvrir enfin, de nos propres yeux, et pas devant notre télé, en vrai de vrai, son incroyable prestance a été un grand moment. Si bien qu'à peine rentrés à la maison, les billets étaient achetés pour un second concert, autre festival, autres bières,...

anna calvi rock en seine

Patti Lee à l'Olympia... Que dire sinon que ce concert flirtait avec la perfection. Debout, dans la fosse, à quelques mètres d'elle, tellement présente, tellement tout, sans oser y croire parce qu'on nous répète sans cesse que les rêves ne se réalisent jamais. Merci à toi pour cette soirée tout simplement inoubliable.

patti olympia

Et merci pour celle-ci aussi. Camille sur scène, une précieuse découverte, lors d'un concert d'une créativité bouleversante. Camille qui chante, sa voix se démultiplie à l'infini, elle est une petite fille, une femme amoureuse, elle est tendresse puis luxure. Camille qui danse, son corps agile, elle saute et virevolte, elle est une fée. Camille pieds nus. Camille en ombres chinoises puis qui s'essaye, avec brio, au moonwalk. Camille qui rit et qui blague et mes yeux brillent et mon coeur se serre devant cette artiste qui aura été mon premier cadeau de Noël. 

camille_café de la danse

Impossible, après avoir passé des mois à fantasmer en écoutant "Feel it Break", de manquer le passage d'Austra à La Maroquinerie. Une salle, comme on dit, à taille humaine (ouai, bon, tout est relatif), une ambiance telle que je l'avais imaginée et espérée pour le concert le plus sexuel de l'année. Seule ombre au tableau, les Canadiens l'ont joué éjaculateurs précoces en nous plantant en plein trip, au bout d'une minuscule heure, douche comprise, et après des préliminaires beaucoup trop longs (deux premières parties, était-ce vraiment utile ?). Frustrante, cette sortie de scène un peu trop rapide est également le meilleur des pretextes pour investir aussi sec dans des billets pour leur prochain concert ^^

austra concert

J'ai gardé les meilleurs pour la fin avec les Killsounets que j'ai eu le plaisir de voir à l'oeuvre au Zénith d'Amiens (partageant l'affiche avec Metronomy et The Do, deux groupes qui m'ont enthousiasmée). La dégaine craspec d'Alison qui ne cesse de s'agiter, le dandysme de Jamie, calme et mystérieux, la particularité de leur son qui accroche et qui tache, comment ne pas succomber ? Sur scène, ils sont tel que le laissent présager leurs albums, un véritable duo, les deux faces d'un même vieux vinyle qu'on adore depuis si longtemps qu'on se saurait même plus en énumérer les raisons. C'est donc en pleine action qu'il faut les voir, une simple photo ne peut suffire.

OUPS !

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14 janvier 2012

Si vous n'aimez pas le cinéma...

Les images puis les mots (la vidéo dure seulement dix-sept secondes, regardez-la avant de passer à la suite, svp)

Propice aux bonnes résolutions qu'on ne tiendra pas, le début de l'année sonne également l'heure des bilans en tout genre. Les amateurs du rayon "Développement Personnel" se demandent s'ils ont atteint leurs objectifs, s'ils sont réellement devenus meilleurs en dix leçons, quinze minutes par jour et trois cent soixante-cinq proverbes. Pour ma part, si je me risque à jeter un coup d'oeil dans le rétro, c'est uniquement pour me remémorer les sorties et découvertes qui ont rythmé mes douze mois, en aucun cas pour porter un jugement sur la personne (les personnes, même) que j'ai pu être au cours de l'année ni pour anticiper celle(s) que je serai. 

Aussi, en ce mois de janvier 2012, j'ai pris plaisir à lister les cent soixante films vus en 2011 (le chiffre n'est pas donné pour me faire mousser, uniquement pour relativiser ce qui suit), à en reparler, à repenser aux émotions vécues sur l'instant et à ce qu'elles sont devenues quelques semaines ou de longs mois plus tard. En effet, un film bien choisi ne s'oublie pas et continue son petit bonhomme de chemin, se fait une place parmi nos nombreux souvenirs, apprivoise les images qui l'ont précédé et tend un miroir aux nouvelles venues. Certaines scènes, bouleversantes sur l'instant, continuent de nous hanter longtemps tandis que d'autres se révèlent progressivement, telles les Polaroid mapplethorpiens, laissant leur intensité se diffuser peu à peu au contact de nouvelles émotions. Prendre le temps de se poser quelques instants, de faire le vide dans sa tête et dans son coeur pour laisser la place à toutes ces histoires filmées de mille façons différentes est un exercice aussi intéressant que surprenant. On s'aperçoit que, malheureusement, certains films sont rapidement tombés dans l'oubli alors que leur date de sortie sonnait comme la promesse d'un instant magique, tandis que d'autres s'imposent, définitivement, comme de grandes réussites, sans appel. Dresser ce petit palmarès très personnel n'a donc pas été facile et si dix films sont mis à l'honneur, parce qu'ils ont tous, sans exception, enrichi ma vision et ma connaissance du cinéma en m'offrant d'inoubliables leçons sur ce qu'il peut être, ce qu'il DOIT être, quelques autres le méritent tout autant (je pense à Black Swan et Pina, très particulièrement mais aussi à True Grit, Dharma Guns, Shame, En Ville, Tous au Larzac, L'Exercice de l'Etat ou encore The Artist).

wim_wenders_pina

Pina, de Wim Wenders

N'ayons pas peur des truismes, une année de cinéma est une fête, avec ces moments d'euphorie et ces fous-rires, ces instants où on plane totalement et ceux d'un ennui mortel où on souhaiterait être n'importe où ailleurs. Les salles de cinéma, tout comme les soirées festives, sont des lieux de retrouvailles longtemps attendues, après une longue journée de séparation ou une interminable semaine de travail, mais sont également des lieux de rencontres aléatoires et rarement heureuses, sous-titrées "L'Enfer c'est les autres". Ces autres qui se gavent de pop-corn puant et shcroumf-shcroumfant, qui arrivent en retard, se posent n'importent où avec leur grosse tête, leur couvre-chef ou leur coiffure à faire bleuir de jalousie Marge Simpson. Ceux-là qui causent sans arrêt, que même dans la file d'attente tu les repères et les maudis sur dix générations. Les portables qui sonnent (et les gros cons qui décrochent "j'suis au cinéma là, j'peux pas te parler" <<<< Ta Gueule !!) et les coups de pieds dans les sièges (Putain ! Qu'est-ce que vous foutez avec vos genoux les gens ?). N'oublions pas leurs commentaires (pendant le générique qui ne les intéresse évidemment pas), petites pépites d'intelligence entre-coupées de gloussements ou de longs soupirs. Cerise sur le gâteau, avec la magie d'Internet, tout le monde a la possibilité de s'exprimer et personne ne s'en prive. On retrouve alors ces mêmes braves gens qui passent avec grâce et agilité d'un siège de cinéma à un siège de bureau pour nous faire le récit de leurs aventures synéphilitiques. Les adeptes de "la critique dont on se serait bien passé" se répartissent, selon de vagues observations, en trois groupes : ceux qui pratiquent le copier-coller et multiplient ainsi leurs chances de baver une parole sensée (selon leurs sources) tout en limitant la propagation de conneries, ceux qui -au contraire- n'ont pas honte de lâcher deux ou trois inepties, qualifiant au passage de "bouse", de "navet" et autres gentillesses les oeuvres de cinéastes tels que Terrence Malick ou Aki Kaurismaki (ceci est également valable pour un ballet signé Noureev ou un roman de Houellebecq) (est-ce si difficile pour ces personnes de dire qu'elles n'ont pas été sensibles à l'univers d'un créateur ? Leur ego est-il aussi fragile ?), enfin, on tombe aussi parfois sur ceux qui recrachent des idées qui courent partout, en pensant bien faire ou faire bien, sans trop savoir ce qu'ils racontent. Une des grandes tendances, pour n'en citer qu'une, étant d'inscrire telle ou tel dans le sillage de la Nouvelle Vague alors que telle et tel aimeraient sans doute exister par eux-mêmes, sans comparaison. 

Le cinéma méritait bien sa fête, comme les fous, les voisins et la grenouille. Certains spectateurs méritaient, quant à eux, qu'on leur consacre quelques lignes. C'est chose faite, passons à autre chose.

Il y a quelques années, le frère de ma meilleure amie, a quitté notre très cher 12ème arrondissement parisien pour Cannes, à l'occasion du Festival (et oui, certains lycées au niveau relativement minable usent d'ingénieux stratagèmes pour glâner quelques inscriptions). Croisant Antoine Duléry (je vous fais grâce de sa filmographie), il lui tint à peu près ce langage "Mais est-ce qu'on peut honnêtement appeler ça du cinéma ?", le "ça" en question regroupant toutes les merdes absolues au générique desquelles le nom de l'acteur était systématiquement inscrit (on peut parler de "merde absolue", degré zéro de la critique, lorsque l'on vise le degré zéro du cinéma). Au moment des faits, notre petit Pierre, avec la photo de Jean-Pierre Léaud en guise de fond d'écran sur son portable et sa passion dévorante pour Bob Dylan, n'a que dix-sept ans mais sait déjà (se) poser les bonnes questions.

Tout ça pour dire, à chacun son cinéma, à chacun ses envies, ses attentes et ses choix. Aussi, si je vous propose mon petit classement, c'est en toute simplicité, sans imaginer que les films qui m'ont marquée cette année sont ceux qu'il fallait voir ab-so-lu-ment, j'ose à peine vous les conseiller si vous les avez manqués. Pour rendre cet exercice de saison un brin plus amusant, j'ai choisi de ne pas publier les affiches ou photos extraites de "mes" films mais d'autres images pouvant les représenter de près ou de loin (très loin !). Je vous laisse à vos associations d'idées pour deviner les oeuvres qui m'ont émerveillée mois après mois.

L'Ecole de danse, Edgar Degas

degas

L'Homme qui aimait les femmes, François Truffaut

l_homme

Dali and Rhinoceros, Philippe Halsman

dali

  Friedrich Nietzsche

Nietzsche

"Denver, le dernier dinosaure, c'est mon ami et bien plus encore !"

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Fête, place de la République, Izis

izis

Claude Cahun

claude_cahun_

L'Angélus, Jean-François Millet

millet_angelus-

Fading away, Henry Peach Robinson

fading away

Festen, Thomas Vinterberg

festen

Comme sur les bons DVD, voici quelques suppléments qui viendront compléter ce classement relativement frustrant en me permettant d'évoquer d'autres excellents moments de cinéma.

Avec son regard intense et son sourire émouvant...

piccoli_

... Michel Piccoli, magnifique dans Le Mépris de Jean-Luc Godard, impérial dans Habemus Papam de Nanni Moretti, m'a définitivement séduite.

Pour sa beauté miraculeuse et la finesse de ses mains...

valerie M

... J'espère avoir le bonheur de revoir Alexandra Lematre, la fille dans Hors Satan de Bruno Dumont.

C'est ici, et non ailleurs, que se dissimulait la véritable délicatesse...

restless2

... Dans les gestes amoureux d'Annabel et Enoch, les personnages du précieux Restless de Gus Van Sant.

Sans aucun doute la plus réjouissante des reprises

Deep-End-

2011 aura été une grande année grâce à des oeuvres qui m'apparaissent désormais comme essentielles. Néanmoins, ce flash-back thématique n'aurait aucune raison d'être sans le film auquel j'ai lié mes mains et mon coeur, sans cette déclaration à la vie, à l'amour, à l'aventure et au cinéma, signée Jean-Luc Godard, qui a fait de moi, en quelques minutes, une personne différente. Un film beau comme tout, beau comme toi...

Jamais je n'aurais cru que tu me plairais toujours
Ô mon amour
Jamais nous n'aurions pensé pouvoir vivre ensemble
Sans nous lasser
Nous réveiller tous les matins aussi surpris de nous trouver si bien
Dans le même lit
De ne désirer rien de plus que ce si quotidien plaisir d'être ensemble
Aussi bien

Je ne fais pas durer le suspense plus longtemps et vous révèle dès maintenant les films qui se cachaient derrière ma sélection d'images plus ou moins éloquentes :

"L'Apollonide", de Bertrand Bonello/ "Les Bien-Aimés", de Christophe Honoré/ "Minuit à Paris", de Woody Allen/ "Le Cheval de Turin", de Béla Tarr/ "The Tree of life", de Terrence Malick/ "La Guerre est déclarée", de Valérie Donzelli/ "Tomboy", de Céline Sciamma/ "Hors Satan", de Bruno Dumont/ "L'Etrange affaire Angélica", de Manoel de Oliveira/ "Melancholia", de Lars Von Trier.

Alors, combien de titre aviez-vous devinés ?! 

A l'année prochaine pour un nouveau palmipède que j'espère encore plus excitant.

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06 janvier 2012

Je voudrais être ta muse SM, ta mescaline, ton obsession

Contextualisation : il y a un instant, alors que j'étais sérieusement plongée dans une lecture passionnante -année studieuse oblige- m'est revenue en mémoire cette exposition consacrée à Robert Mapplethorpe, entre les murs de la galerie Thaddaeus Ropac, visitée fin novembre et adorée. Je m'étais promis à l'époque de rédiger et publier rapidement un billet non seulement pour relayer l'information (tous les photographes américains n'intéressent pas la presse et les suiveurs, manifestement) mais aussi vous donner envie de découvrir une partie de son oeuvre en vous faisant part de mon enthousiasme. Malheureusement, le temps passe trop vite et malgré mes bonnes intentions, mon envie de partager ce très beau moment est restée à l'état de projet. Un coup d'oeil très discret sur le site de la galerie -il ne faudrait pas que ma bonne conscience me pince en train de lambiner- m'annonce que l'événement prendra fin le 7 janvier, soit dans quelques heures.

Tiraillée entre l'inanité de ce post et mon désir d'évoquer sur ces pages le travail de Robert Mapplethorpe, j'ai finalement opté pour la rédaction d'un billet assez bref, juste pour le plaisir de garder dans un coin de ma mémoire virtuelle cette déambulation photographique. Après tout, je ne suis pas attachée de presse, simplement une admiratrice de Mapplethorpe qui me charme d'exposition en exposition.

En effet, avant celle-ci, entièrement consacrée à l'oeuvre du photographe, j'avais pu avoir -par deux fois- un aperçu de son travail, notamment lors de l'atypique et néanmoins bouleversante exposition Deadline au musée d'art moderne de Paris. Voici ce que ses photographies m'avaient inspiré à l'époque :

"Tout d'abord, j'ai été séduite par les photographies en noir et blanc de l'Américain Robert Mapplethorpe, qui offre(nt) une réflexion très intéressante sur la perfection du corps. Ses nus statuaires sont superbes, il joue avec les formes, la lumière, et met en valeur les muscles de ses modèles qui nous apparaissent alors comme la perfection incarnée pour l'éternité."

mapplethorpe

Tout chez Robert Mapplethorpe m'enchante et me passionne, tout sauf sa réputation sulfureuse de laquelle je n'avais absolument pas conscience lorsque j'ai découvert son univers. De ce fait, c'est son oeuvre qui m'a donné envie de connaître l'homme et non l'inverse, ce qui n'aurait rien de honteux par ailleurs, mais il me semble important de savoir identifier les raisons qui sont à l'origine de l'admiration afin de ne pas tomber dans le panurgisme malsain et vil. J'aime le regard d'une infinie précision que porte le photographe sur le corps, j'aime ce qu'il en fait lorsqu'avec délicatesse et sensibilité il créé du sublime avec du sexuel. Il est vrai, l'oeuvre de Mapplethorpe s'articule principalement autour du sexe, de l'érotisme à la pornographie. Ses expérimentations le mènent jusqu'à l'univers SM et lorsque son amie Patti Lee Smith l'interroge sur ses motivations "il répondait qu'il fallait bien que quelqu'un le fasse, alors pourquoi pas lui" (Just Kids, page 278). Elle analyse et résume alors dans ce même passage : "Ce qui excitait le plus Robert dans son travail d'artiste, c'était de produire quelque chose que personne n'avait fait avant lui." Mapplethorpe ne cherche pas à provoquer, si son oeuvre interpelle ou choque c'est parce qu'elle rend compte de ce qui est.

mapplethorpe_2

La galerie Thaddaeus Ropac a sollicité Sofia Coppola pour le choix des quarante et un clichés exposés. Tout d'abord étonnante et contestable (bonjour la pipolisation), cette association entre la réalisatrice de Virgin Suicides, etc. et le photographe s'est révélée des plus judicieuses. Coppola offre à travers son regard une nouvelle approche de l'oeuvre de Mapplethorpe, une lecture féminine qui permet de mettre en lumière la sensualité et la douceur qui en émanent. On s'aperçoit alors qu'entre les mondes explorés par Mapplethorpe et l'univers d'apparence sucrée de Sofia Coppola, la frontière est mince, très mince, et que si la réalisatrice parvient toujours à nous surprendre en recouvrant ses films-cupcakes d'un fin glaçage malsain, le photographe, sans jamais trahir ses choix esthétiques, intérêts et obsessions d'artiste, peut proposer des images sur lesquelles plane une sérénité équivoque.

robert_mapplethorpe_sofia_coppola_

Pour finir, voici un second extrait de Just Kids (ouvrage dont la lecture -ou plutôt l'écoute- me captivait la semaine  au cours de laquelle j'ai visité cette exposition) dans lequel Patti évoque la première exposition personnelle de Polaroid de son ami :

"Son exposition audacieuse et élégante mélangeait les motifs classiques avec le sexe, des fleurs et des portraits, tous équivalents dans leur présentation : les cockrings photographiés sans fausse pudeur côtoyaient les arrangements floraux. Pour lui, c'était la même chose."

En guise de clin d'oeil à un précédent billet, un dernier portrait de vierge suicidée

kirsten

 From Somewhere to Everywhere.

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01 janvier 2012

Confettis et cotillons

Pour notre grande entrée dans une nouvelle année, et vous présenter tous mes voeux, j'ai souhaité partager avec vous une chanson qui a bercé mes quatre saisons passées, un titre de Raphaële Lannadère -aussi connue sous l'initiale L- (qui nous a offert un concert parisien magnifique il y a quelques semaines), des émotions mises en mots par une jeune femme délicate et élégante, quelques vers chantés d'une voix feutrée que, je l'espère, vous apprécierez.

Mes lèvres est une chanson qui pourrait vous sembler inappropriée en ces heures festives pourtant, tous les mots-clés sont là, toutes ces choses que certains d'entre nous trouveront ce soir, des éclats de rire gras à la pluie de cotillons en passant par les douze coups du carillon.

Ton ange dans ce tourbillon
Rêvait quand ses lèvres ont pris feu
Elles brûlaient pour le réveillon
Dans une brèche de tes yeux
Mes lèvres sont mortes à minuit
Au premier son du carillon
Dont les douze coups m'ont réduite
En une pluie de cotillons
Mes lèvres sont mortes à minuit.

 

Maintenant que les douze coups ont retenti pour nous comme pour Cendrillon, embrassez qui vous voudrez.

Moi, c'est toi que j'embrasse, de tout mon coeur.

Je vous souhaite à tous une excellente année 2012, qu'elle vous apporte tout ce que vous désirez.

Posté par yottidottir à 00:00 - Commentaires [12] - Rétroliens [0]