Vilaine Fifi

11 mai 2013

Vilaine Fifi déménage !

Hello mes Chers !

Une question.

Que faire d'un jour de congé que l'on espérait tout ensoleillé mais qui s'est révélé aussi grisou que pluvieux, monautomne à souhait ?

Lire ? Oh oui, bien sûr ! J'ai d'ailleurs terminé Un nouveau monde, second roman de l'auteur indien Amit Chaudhuri que je lis et qui confirme ma sensibilité à son univers et sa plume ; puis j'ai commencé Gatsby, de vous savez qui, qui ne me séduit pas moins, bien au contraire, je me laisse totalement emporter de page en chapitre et vois la fin de cette histoire en creux, multiple, complexe -à l'instar des personnalités qui la vivent (et l'avivent)- arriver bien trop vite (roman terminé depuis l'écriture de ces lignes et je me demande comment il est possible de mettre autant de beauté et de mélancolie en images).

Réviser ? Ah ça, vous pouvez compter sur moi ! C'est mon obsession du moment et je ne laisse pas passer une journée sans plonger mon nez dans mes livres et mes cours. Je dois même me faire violence pour lever le pied car  crises d'angoisse, stress et insomnies font à nouveau partie de mon quotidien et le rendent assez difficile.

Se détendre, alors, devant un bon DVD ? Done ! Au programme : le troisième et avant-dernier épisode de Nord et Sud (snif, snif) et un film dont je n'attendais rien, duquel je pourrais énumérer quantité de défauts et faiblesses mais qui m'a pourtant fait un bien fou au point qu'il a rejoint ma pile de films-doudou My Week with Marilyn.

L'avez-vous vu ? Je vous en parlerais bien dans un petit billet, tiens !

Michelle-Williams-Marilyn-Monroe

Tout ça est bien joli, mes Amis, mais une autre activité a occupé cette journée pas chômeuse du tout : le déménagement de Vilaine Fifi vers son nouveau chez elle !

Cela faisait un bon moment que je souhaitais un nouvel espace d'expression et de partage car, après près de cinq années passées ici, un peu de changement s'imposait. Il me semble ne plus être tout à fait la même qu'aux premiers temps de ce blog, mes billets ont changé de ton, mes centres d'intérêt se sont quelque peu déplacés même si le cinéma, la littérature et les diverses sorties culturo-parigotes ont été et sont toujours au coeur de mes principales -que dis-je vitales !- occupations. Grâce à un très très GROS coup de pouce, à vrai dire, de la poudre de Fée, mon souhait s'est réalisé.

Je vous invite donc, sans plus de bavardages, à me retrouver ici (qui est en fait là-bas). Et n'oubliez pas de mettre vos petits liens à jours ;)).

A très vite, mes Chers. 

Que la fête continue !

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08 mai 2013

"Demain j'arrête !", de Gilles Legardinier

Bonjour mes Chers !

Aujourd'hui, c'est repos, alors quoi de mieux qu'un petit roman-détente qui fait du bien au moral ?!

Les romans de Gilles Legardinier, Demain j'arrête ! et Complètement cramé, n'ont cessé d'attirer mon regard durant l'hiver avec leurs couvertures colorées, bestiales et déjantées. Aussi, lorsque le premier est sorti en poche, je n'ai pas laissé passer une journée avant de l'acquérir et de m'y plonger. Oh... Pas seulement pour ce pauvre petit chat affublé d'un horrible bonnet péruvien mais aussi parce que j'étais très curieuse de découvrir comment un auteur Mâle, auteur de polar qui plus est, allait mettre en scène une héroïne féminine et, apparemment, un peu secouée du bocal. Autrement dit, je m'interrogeais sur le goût qu'allait avoir cette tranche de chick-lit à la sauce bonhomme.

demain

Ma foi, mes Chers, la réponse est : exquis ! Assurément, la recette créée par l'auteur est digne des plus grands chefs. Son roman est intelligemment équilibré, ni trop lourd, ni trop sucré et pourtant très riche : il propose un savoureux mélange d'humour, de romantisme, de folie-douce, mais aussi de tendresse, d'humanité, le tout relevé d'une pointe de suspense et d'aventure façon roman d'espionnage.

Nous faisons la connaissance de Julie Tournelle, vingt-huit ans, dans des circonstances qui donnent le ton puisque cette récente célibataire se trouve à la fête de divorce d'un ami, à propos de laquelle elle nous confie : "De vous à moi, je trouve sa fête de divorce bien plus sympa que ses noces." Et oui, les choses se passent comme ça de nos jours, mes Chers, le mariage est terriblement démodé : divorçons tous en c(h)oeur ! Au cours de cette soirée, un illustre inconnu lui pose la question à un million, sans possibilité du 50-50 : "C'est quoi le truc le plus idiot que tu aies fait dans ta vie ?" Et notre Julie est loin d'avoir besoin d'un jocker puisque "gaffeuse" est son deuxième prénom : "Je pouvais faire la liste par ordre alphabétique ou par ordre chronologique, au choix." reconnaît-elle.

C'est ainsi, par cette introduction toute souriante, que nous poussons les portes du Monde Merveilleux de Julie Tournelle, qui va nous le raconter, ce truc stupide.

Oh non, non, non ! Ne comptez pas sur moi pour vous révéler quoi que ce soit sur ce point ! En revanche, je peux vous donner quelques autres informations, tout à fait croustillantes elles aussi.

Nous faisons peu à peu connaissance avec Julie et découvrons son petit univers, féminin et doux-dingue, où résonnent -et font raisonner- les aphorismes pertinents de sa grand-mère (qu'on aurait bien aimé connaître également). Julie n'est pas Parisienne -ce qui nous change des autres romans du genre-, elle ne vit même pas dans une grande ville (bouh, la honte !) mais aime passionnément son quartier qui l'a vue grandir. Elle en parle en termes très émouvants, révélateurs d'un des traits de caractère de cette jeune femme pour laquelle je me suis aussitôt prise d'affection :

"J'aime bien ma rue. Il y a une vraie vie, une ambiance. Les immeubles sont anciens, à taille humaine ; il y a plein de trucs sur les balcons, des plantes, des vélos, des chiens. Côté commerces, on est super bien servis ; on trouve de tout, de la petite librairie à la laverie. (...). Il y a une légère pente vers l'ouest. Quand le soleil se couche, on pourrait croire que plus loin, en bas, on trouvera le port, l'horizon, la mer, même si la première côte est à des centaines de kilomètres. J'ai grandi à deux pâtés de maisons d'ici (...). Je connais tout le monde et je me sens chez moi."

Nous aussi, nous nous sentons d'emblée chez nous, dans le roman de Gilles Legardinier, aussi accueillant qu'un joli parc fleuri aux premiers jours du printemps.

love

 

Julie est une jeune femme au grand coeur, une fille toute simple, une amie fidèle, qui essaye juste de se faire une vie meilleure après un échec sentimental qui l'a laissée sur le carreau. Une fois par mois, elle retrouve ses copines pour un traditionnel "diner de filles" bavard et riche en rebondissements autant qu'en confidences, pas le banal poulailler où ça cancanne sévère. Non. Ces filles sont de véritables amies, solidaires et complices, et n'hésitent pas à se mouiller les unes pour les autres. Julie est aussi très liée à Xavier, son meilleur ami depuis la maternelle, pour qui elle ménera à bien une mission commando des plus délirantes, preuve de son amitié sincère et de son dévouement. 

Julie, qui n'est pas en crise permanente avec ses parents, a plutôt les pieds sur terre même si sa tête de linotte joue parfois à cache-cache avec les cieux. On se demande alors quelle mouche l'a piquée lorsqu'elle  vire complètement cramée pour un beau Mâle. C'est à ce tournant du roman que j'ai ressenti quelques belles frayeurs : et si Julie n'était qu'une héroïne-girly comme les autres ? Demain j'arrête ! un énième roman de chick-lit sans surprises ? J'ai poursuivi ma lecture et, soupir de soulagement, entre deux poussées délirantes (car Julie reste cette folle-dingue totalement accro à un mec, chose que j'ai beaucoup de mal à comprendre et qui m'a quelque peu agacée tout au long de ma lecture), j'ai retrouvé la jeune fille fraîche et rigolote à laquelle je m'étais attachée dès les premières lignes. Elle se montre même de plus en plus responsable, comme si le bordel monstre de sa vie sentimentale l'entraînait vers la raison pour tout le reste. Elle prend de grandes décisions professionnelles, qui montrent sa détermination, et nous assistons à de très belles scènes, notamment lorsqu'elle se lie à sa voisine, Madame Roudan, une vieille dame esseulée. Le roman se fait très tendre -mais surtout pas tire-larmes-, il nous dit simplement les "petites choses de la vie", celles qui lui donnent toute sa saveur.

La fin, totalement rocambolesque, nous rappelle les origines de l'auteur : oui, Gilles Legardinier vient bien de ce vaste pays que l'on appelle "Polar", et il nous embarque pour quelques chapitres dans une véritable aventure ! Un renversement des plus plaisants qui justifie la dinguerie de Julie et nous force à lui pardonner son côté midinette-timbrée, parfaitement irritant.

Les dernières lignes qui nous font entendre la voix de la jeune femme délivrent une belle leçon de vie, tout comme les sept pages de remerciements de l'auteur que j'ai lues le coeur tout serré.

"Et pour finir, à toi lecteur : écrire cette histoire en espérant qu'elle te ferait du bien m'a rendu heureux."

Oui, vous m'avez fait du bien, M. Legardinier, et je suis au moins aussi heureuse que je vous souhaite de l'être (c'est que vous avez intérêt à avoir la patate pour nous offrir très vite un nouveau roman aussi réussi que celui-ci ^^).

Une très jolie lecture qui fait un bien fou ! 

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06 mai 2013

Recharger la pile... à lire

Bonjour, bonjour !

Comment allez-vous en ce début de semaine, mes Chers ? Elle promet d'être courte et plutôt atypiquement sympathique puisqu'elle nous offre sur un plateau deux week-ends (mais peut-on vraiment parler de week-end en milieu de semaine ? Hum). Peu importe, cela nous donne l'occasion de prévoir deux fois plus d'activités et de moments de détente, on ne peut que s'en réjouir. Pour ma part, il y aura sans doute pas mal d'heures consacrées à la lecture puisque je me nourris principalement de livres en ce moment : carrément boulimique !

Le samedi, très généralement, c'est bibli, et l'occasion de sustenter ma fameuse PAL qui n'a pas le temps de perdre un os, croyez-moi ! J'adore me balader dans les rayons chargés, avec pour première étape, ceux réservés aux nouvelles acquisitions. Mon coeur manque toujours un battement lorsque j'ai l'heureuse surprise d'y découvrir une nouveauté que je ne m'attendais pas du tout à trouver si rapidement. Je peux passer des heures à fureter et ne repars jamais les mains vides ; aucune frustration, aucune déception dans ce monde merveilleux peuplé de livres d'où je sors toujours le sourire aux lèvres et tout excitée à l'idée des découvertes que je m'apprête à faire. Ensuite, viens le temps du choix : je consacre alors de longues minutes à relire les résumés, parcourir les premières lignes de chaque ouvrage choisi, cela participe véritablement au bien-être que me procure ce petit rituel qui m'accompagne depuis l'enfance.

Ce sera donc un petit billet tout simple aujourd'hui, qui deviendra peut-être une chronique régulière visant à partager avec vous mes derniers emprunts. Ainsi, nous pourrons échanger avant et après lecture de mes trouvailles.

Qu'en dites-vous ?


Pour commencer, la récolte :

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Puis les présentations :

Pour la toute première fois, je me suis intéressée aux rayonnages réservés aux Premiers Romans. Je ne sais pas pourquoi, je ne les regarde jamais habituellement, ce qui est idiot de ma part, j'en conviens. Pourtant, pour avoir lu plusieurs résumés, certains semblent très prometteurs. Même si j'ai depuis appris à me méfier des apparences...

J'en ai sélectionné deux.

Chercher Proust, de Michael Uras, tout d'abord attirée par le titre (j'aime Proust), puis par le résumé. Ce premier roman est celui d'un professeur de lettres modernes, ce qui me laisse le bon espoir d'une agréable lecture.

Vous Prendrez bien une tasse de thé ? de Claude Keller, m'a attirée par à sa couverture toute colorée et son titre, puis la promesse d'une histoire se déroulant dans un immeuble lyonnais (la vie de plusieurs résidents qui s'y croisent, toussa toussa). Nous en reparlerons très vite car je l'ai lu dimanche et... Aheum. A suivre !

Au rayon jeunesse, j'ai craqué pour Waterloo Necropolis de Mary Hooper, après avoir lu plusieurs bonnes "critiques" sur la blogo. "Un stupéfiant portrait de Londres à l'époque victorienne, un suspens à vous glacer les sangs", tels sont les arguments avancés par la quatrième de couverture. Il n'en fallait pas plus pour me convaincre.

Pour m'évader un peu plus loin encore, un roman indien, Un nouveau monde, de Amit Chaudhuri, auteur dont j'ai découvert la plume sublime et musicale le week-end dernier grâce à ma lecture de son Râga d'après-midi (une merveille que je vous recommande). Je suis également repartie avec un recueil de nouvelles -Comme tous les après-midis- de Zoyâ Pirzâd, auteure iranienne, dont je savoure en ce moment les histoires composant un autre recueil, Le Goût âpre des kakis

Enfin, mon heureuse surprise en franchissant les portes de la bibliothèque, parmi les fameuses nouveautés, les dernières aventures du commissaire Erlendur, sous la plume d'Arnaldur Indridason, Etranges rivages. Celui-ci, je me le réserve pour mercredi et jeudi car je sens qu'il va m'empêcher de dormir (pas la trouille, mes Chers, le suspense et le bonheur de retrouver Erlendur, disparu !)

Oups, j'oubliais la petite touche de sériosité, car encore et toujours pour ce fichu concours je dois potasser : Histoire de la littérature française, volume 2 (j'ai travaillé sur le premier toute la semaine passée. Ô joie... ^^).

Avez-vous lu ou entendu parler de l'un de ces ouvrages ?

A très bientôt pour d'autres billets livresques, mes Chers ! Excellente -petite- semaine à vous tous :)

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04 mai 2013

Mes films du mois d'avril

Bonjour mes Chers !

Mes plus anciens et fidèles lecteurs s'en souviendront peut-être, dans une autre vie -qui s'étend sur les deux premières années de Vilaine Fifi- j'avais pour habitude de publier un billet-ciné hebdomadaire pour vous présenter et partager les films vus en salle, de manière exhaustive. L'"exhaustivité" était, en effet, le maître-mot en ce temps-là. Mais le quotidien s'enrichit de nouvelles occupations et je n'ai plus tenu ce rythme (je n'en avais plus très envie, il faut bien dire).

Ce que je vous propose aujourd'hui, c'est de renouer avec cette petite tradition cinémaphile dont j'aimais surtout la régularité. Le rythme et le principe de cette publication seront néanmoins différents : non plus hebdomadaire mais mensuel, avec des avis plus concis et des liens vers les billets plus complets (consacrés à un seul ou deux films) égrenés au fil du mois.

Inaugurons donc ensemble cette série de billets-bilans, dont la présentation sera peut-être amenée à changer. Le temps nous le dira. Pour l'instant, suivez le guide :)

Ce mois-ci, j'ai réussi à organiser mon temps de façon à voir quatorze films (en terme de chiffre aussi, je renoue avec une tradition qui m'a bien manqué), avec pas mal de très bonnes choses dans le lot, voire de véritables enchantements.

Mes coups de coeur

Le temps de l'aventure, de Jérôme Bonnell, avec Emmanuelle Devos, saisissante et Gabriel Byrne, tout en retenue. Ces vingt-quatre heures de la vie d'une femme, qui se lance dans une aventure-aveugle et lance un défi au temps, m'ont totalement chamboulée. Au fil des scènes, des prises de conscience, des choix de l'héroïne -une comédienne venue passer la journée à Paris pour une audition- on s'aperçoit que l'aventure est sans doute moins charnelle qu'intime et, qu'au bout du chemin, c'est elle-même qu'elle espère trouver. Un film pudique et féminin, pur et rare.

Quartet, de Dustin Hoffman, la perle so british du mois ! Un casting éblouissant, un écrin chaleureux (une maison de repos pour musiciens et chanteurs d'opéra retraités), du romantisme et beaucoup d'humour : un film que j'ai regardé sourire aux lèvres, de la première image à mes larmes finales.

Survivre, de Baltasar Kormakur. Film islandais, inspiré de faits réels s'étant produits en 1984 (grande année ^^) composé de deux parties très différentes mais tout aussi prenantes l'une que l'autre, sans aucune rupture de rythme. Dans la première, nous assistons au naufrage d'un chalutier au large des côtes islandaises -l'occasion de découvrir les difficiles conditions de vie des pêcheurs et de leur famille-. Les hommes périssent les uns après les autres en quelques minutes, à l'exception d'un seul, véritable miraculé, dont nous suivons le calvaire sept heures durant, à travers les eaux glacées. Dans un second temps, nous assistons aux "retombées" de ce miracle qui entraîne notre homme dans un périple (engrenage ?) scientifique, l'incrédulité -puis la volonté de comprendre- des spécialistes l'obligeant à subir une batterie de tests.

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Entre certaines mains hollywoodiennes, ce scénario aurait donné lieu à un film catastrophe, dans tous les sens du terme. Kormakur, lui, a su mettre au service de ce destin hors du commun, sa modestie de réalisateur, nous offrant un film d'une grande sobriété au sein duquel la puissance de la nature islandaise s'exprime avec bien plus de grâce, dans toute son hostilité et sa splendeur. Il est, par ailleurs, impossible de ne pas se prendre d'affection pour le personnage principal, un homme tendre et bonhomme qui n'aspire, lui aussi, qu'à la simplicité, à la discretion. Survivre est tout à son image, puissant et très humain.

Les très bonnes surprises

Perfect Mothers, d'Anne Fontaine. D'une adaptation, je n'attends jamais grand chose, d'Anne Fontaine, je n'attends plus rien depuis bien longtemps. Son Perfect Mothers, adapté du roman de Doris Lessing, s'est révélé lumineux et dérangeant, très respectueux de l'oeuvre tout en traçant sa propre voie. La réalisatrice a réussi à se faufiler entre les lignes lacunaires de l'auteure, en mettant en scène une histoire singulière sans insister sur son aspect "malsain" dans un décor de rêve, jamais gratuit. A noter, la présence de deux actrices, Naomi Watts et Robin Wright, sublimes de naturel. Un film solaire qui laisse son empreinte longtemps (comme un coup de... soleil ?!)

Promised Land de Gus Van Sant, mêle conflits écologistes, comédie sociale et morale, et nous offre une douce plongée dans une Amérique rurale et populaire qui se dévoile peu à peu. Porté par un Matt Damon d'une grande sobriété (que je redécouvre, je l'avoue) et galvanisé par l'humour subtil et vif de Francès McDormand, tout deux parfaits dans leur rôle, Promised Land m'a apporté bien plus que j'en attendais : un moment de cinéma plaisant et intelligent, denrée rare, avouons-le.

Les Amants passagers, de Pedro Almodovar. Plus l'heure de pousser la porte du cinéma approchait, plus je craignais de découvrir la nouvelle folie du réalisateur espagnol. C'est que j'en avais entendu, des vertes et des pas mûres sur ce film ! Mais je n'ai jamais été aussi satisfaite de ma détermination qui a le verbe bien plus haut que la rumeur car, mes Chers, Almodo signe ici une comédie jubilatoire (oui, je sais, c'est banalement cliché d'écrire cela mais tellement vrai dans ce cas !) tout en nous livrant des preuves toutes fraîches de sa vigueur et de sa virtuosité. Offrir un film si riche, visuellement et émotionnellement, diriger (à la perfection) autant d'acteurs, les filmer avec un tel respect voire amour, sans sortir -ou presque- d'un avion : quel défi !! Par ailleurs, il faut souligner que Les Amants passagers ne se contente pas de nous faire (sou)rire avec un humour très "gay-friendly" : Almodo en profite pour passer en revue quelques-uns des faits sociaux qui agitent son pays et c'est pour cette langue tout sauf de bois que je l'aime tant.

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Blanca Suarez, sublime révélation (déjà aperçue dans La piel que habito) filmée comme seul Almodovar sait filmer les femmes

NO !, de Pablo Larrain, est film chilien dans lequel le très engagé Gael Garcia Bernal interprète un publicitaire en charge de la campagne contre le référendum souhaité par Pinochet en 1988. Un fait historique et social qui m'était totalement inconnu (et alors ?!) et que j'ai découvert avec un sincère engouement. Du cinéma intelligent, bien fichu, qui fait beaucoup de bien par où il passe. Le film, quant à lui, ne doit plus guère passer en salle mais je ne peux que vous recommander de conserver ce titre court et rebelle dans un coin de votre tête car il est assurément à voir.

Les chouettes divertissements

Iron Man 3, de Shane Black. Je ne m'étends pas sur la genèse de ce super-héros, sans doute bien connu de vos services. Je dirais seulement qu'Iron Man est loin d'être mon préféré (je suis pro-Batman et secrètement amoureuse de Peter Parker). Néanmoins, c'est toujours un plaisir de retrouver Robert Downey Jr faire mumuse dans sa belle armure et ceci se vérifie d'autant plus dans ce nouvel opus que j'ai trouvé très réussi. Les effets spéciaux sont, bien entendu, de la partie, ce qui n'exclut pas un scénario solide et très sympa, ainsi que des dialogues à l'humour efficace. Ajoutez à cela une Gwyneth Paltrow très à l'aise sur ses talons (son personnage m'a, par ailleurs, beaucoup plu) et une fin... Hum... déconcertante, et vous obtiendrez le parfait divertissement, musclé et glam' pour faire sourire un dimanche qui fait la tronche.

Les Gamins, d'Anthony Marciano, LA bonne comédie française comme on en voit trop rarement, malheureusement. Fraîche, drôle, tendre,... elle s'inscrit fort bien dans son temps grâce à des personnages attachants qu'on aimerait bien avoir comme potes. Ou pas ! J'ai succombé à la douce folie d'Alain Chabat tandis que Max Boulbil était en charge de l'opération séduction. Un film en forme de bonne surprise, qu'on aime sans rougir, sans même une petite pointe de culpabilité (c'est fou de que peut faire une touche bon sens et de retenue quand même !).

20 ans d'écart, de David Moreau. Toujours au rayon "comédies françaises" mais un ton en-dessous, 20 ans d'écart charme grâce à son couple de comédiens -Virginie Efira, rayonnante, Pierre Niney, craquant- mais pèche par ses lourdeurs et grosses ficelles qui ternissent un scénario qui sans être original avait un certain potentiel. On s'ennuierait presque. Presque, j'ai dit !

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Effets secondaires, de Steven Soderbergh, un réalisateur qui nous surprend film après film, capable du meilleur comme du pire, n'hésitant pas à passer de l'OVNI ultra-confidentiel (qui a vu Bubble ? Un choc, non ?) à la grosse prod' friquée. C'est cet éclectisme qui me séduit toujours chez lui, plus que certains de ses films. Celui-ci, en l'occurrence, ne m'a pas laissé un grand souvenir mais, sur l'instant, je me suis prise au jeu (piège, piège !) de son scénario tordu et de son ambiance malsaine, entre coucheries, psychanalyse et petites pilules bleues. Une sorte de Liaison Fatale sous anti-dépresseurs, why not, si c'est l'occasion de passer un peu de temps avec Jude Law ;)

L'oubliable-déjà oublié

11.6, de Philippe Godeau, l'histoire VRAIE de Toni Musulin, convoyeur de fonds au bout du rouleau qui se rebelle. Mouai, mouai... Faire jouer la carte du taiseux à François Cluzet (qui ne sait faire que cela, dites-moi ?) n'était sans doute pas l'idée du siècle pour énergiser ce casse qui n'en brise pas trois à un canard. Heureusement, deux beaux personnages secondaires mais acteurs confirmés, Bouli Lanners et Corinne Masiero, rendent le résultat regardable.

Les erreurs de casting

L'Ecume des jours, de Michel Gondry, où comment faire un coma diabétique sans passer par la case départ.

Mariage à l'anglaise, de Dan Mazer. Sans doute qu'au rayon "Comédies", Anthony Marciano (réalisateur des Gamins) avait réussi à choper le dernier pot de demi-mesure et d'élégance.

Fin de ce petit récap' mensuel ! J'espère que cette nouvelle version de "Emma va au ciné" vous aura plu : glissez toutes vos remarques et suggestions dans la boîte à l'entrée du magasin.

On se retrouve donc dans un mois avec de nouveaux films dont Stoker et Le Coeur a ses raisons, dont je vous ai déjà parlé dans mon précédent billet et que je vous encourage vivement à voir. Au programme ces prochains jours : Mud, Land of Hope et peut-être Paradis : Espoir.

Des avis sur ces films sortis mercredi ?

Très bonne journée à vous mes Chers, et surtout : bons films ;)

 

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01 mai 2013

"Mai" bonheurs

Bonsoir mes Chers !

Comment allez-vous en cette première journée de mai ? Avez-vous profité de ce jour de repos bien mérité pour vous faire plaisir ?

Pour ma part, je passe un mercredi admirable, malgré la grisaille matinale et la pluie de cet après-midi. Tout d'abord, j'ai terminé un recueil de nouvelles tendre, caustique et féminin, intitulé Mangue amère de l'auteure Bulbul Sharma, avant de commencer un court et prodigieux roman (dont j'ai déjà dévoré la moitié), Râga d'après-midi, d'Amit Chaudhuri. Deux écrivains indiens, deux véritables rencontres, dont je vous reparlerai assurément. Puis, j'ai passé l'après-midi au cinéma. Quel meilleur refuge lorsque le ciel fait grise mine ? Au programme, Stoker, de Park Chan-Wook, dérangeant à souhait, glaçant et élégant, un film monstrueux qui m'a fascinée. Changement d'ambiance avec Le Coeur a ses raisons, de Rama Burshtein, une plongée au coeur de la communauté juive orthodoxe de Tel-Aviv, lumineuse et romantique, intemporelle et très émouvante. Deux coups de coeur portés par deux jeunes actrices remarquables, Mia Wasikowska (vue dans Restless) et Hadas Yaron. Je ne peux que vous conseiller de vous ruer en salles pour les découvrir. Comme vous pouvez le constater, je n'ai pas chômé (héhé), mais les grandes émotions étaient au rendez-vous et je suis enchantée par mes choix. Que me réserve ma soirée ?!

Revenons à notre billet du jour.

En cette journée traditionnellement placée sous le signe du bonheur (et des clochettes de muguet), je ne pouvais pas passer à côté de l'occasion de partager avec vous les quelques menus plaisirs du moment. Un billet un peu futile mais tout tendre, idéal pour se réchauffer le coeur et l'âme, n'est-ce pas ?!

C'est parti pour une petite liste en mots et quelques images.

  • La semaine dernière, ma petite Maman et moi-même avons filé chacune de notre côté faire quelques courses. Et, magie d'une relation mère-fille qui ne cesse de me chambouler le coeur, nous sommes revenues de nos balades respectives avec un joli bouquet de fleurs à s'offrir ! Rires complices et échanges de bisous se sont alors bruyamment invités !

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  • Apprendre tout à fait par hasard que se tient jusqu'en septembre une exposition Ron Mueck à la Fondation Cartier
  • Le goût du thé vert façon cupcake à la fraise (si, si, j'en sirote une tasse en ce moment même !) et l'odeur de mon gel douche choco-noisettes (comment ne pas croire aux vertus de la choco-thérapie ?!)
  • La nouvelle chorégraphie de Body Balance et les morceaux qui l'accompagnent (même si je sens que la position de l'oiseau restera encore longtemps un mystère acrobatique pour moi).
  • Assister à un bien curieux opéra, Hansel et Gretel de Humperdinck (d'après le conte des frères Grimm). Une partition prenante et convaincante, par un disciple de Wagner, et une mise en scène enfantine et hautement psychanalytique dans un décor de maison de poupée un brin flippant !

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  • Recevoir mes précieuses cartes passe-partout : l'une me permet un accès illimité au musée d'Orsay ainsi qu'à l'Orangerie, l'autre au Grand Palais et au musée du Luxembourg. A moi les expositions toute l'année, à prix réduit et sans le calvaire de la file d'attente.
  • A ce propos, un de mes grands bonheurs du mois aura été cette pléiade d'heureux divertissements et loisirs que j'ai réussi à glisser dans mon emploi du temps : trois belles expositions, un opéra, quatorze films et onze lectures (billets-bilans en prévision, mes Chers ;)). 
  • Croquer dans un macaron fraise-basilic. Étonnant !
  • La lecture occupe chaleureusement mes matinées paresseuses et mes soirées, je me régale, allant de coup de coeur en découverte. De ce fait, je multiplie les visites à la bibliothèque et me lâche un peu en librairie. Voici quelques images de mes dernières récoltes :

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Honneur aux hommes, pour une fois, avec trois auteurs mâles : Frank McCourt, découvert avec Teacher Man, qui m'a donné très envie de lire les deux premiers tomes de ses Mémoires, Les Cendres d'Angela et C'est comment l'Amérique ? Un auteur dont j'aime beaucoup l'humour pince-sans-rire et l'univers (universitaire un brin barré), David Lodge, dont j'ai acheté deux romans (qu'on aperçoit vaguement sur la photo... Désolée, David) Thérapie et Pensées secrètes. Enfin, j'ai décidé de me lancer à la découverte des fameuses Chroniques de San Francisco, d'Armistead Maupin, dont voici les quatre premiers tomes. Connaissez-vous cette série ? Qu'en pensez-vous ?

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Puis, mes toutes dernières acquisitions, dont le superbe Journal de Frankie Pratt qui me faisait envie depuis des lustres !! Je suis tout excitée à l'idée de parcourir toutes ces pages qui me réservent, j'en suis certaine de très belles surprises. Prochaine lecture prévue Le Goût âpre des kakis, de Zoyâ Pirzâd. Déjà lu, quelqu'un ?

Et si je vous dis qu'à ces achats livresques s'ajoute une dizaine d'autres mais que je vous les réserve pour un autre billet qui leur sera entièrement consacré, vous me répondez quoi ? Que je suis un cas désespéré ? Une acheteuse-lectrice compulsive ? Oui... C'est possible ! Mais tellement passionnée, mes Chers, tellement !

  • Autre grand bonheur printanier : avoir séché le tout dernier cours du semestre, après avoir traversé tout Paris pour m'y rendre. Une véritable impulsion, un truc qui prend aux tripes, vous fait vous lever et dire "bon, il fait trop beau, je me casse !". Pensez, mes Chers, que c'était probablement ma dernière occasion de faire l'école buissonnière (car je ne compte pas retourner en formation l'an prochain même si j'échoue au concours) (sauf si je prépare l'Agreg, mais ça, c'est une autre histoire). J'ai donc dit "bye bye" à l'IUFM et filé retrouver ma mère en terrasse d'un café pour un verre ensoleillé. Cerise sur le cake qui m'a fait sourire : la serveuse qui trouve que je ressemble à Sarah Jessica Parker, ce qui me change d'Agathe Bonitzer (mais qui suis-je à la fin ??!!).
  • Pour finir, mes saines occupations de ces prochains soirs. Puisque je passe la semaine, voire plus, seule à la maison, j'en profite pour me concocter des soirées de fille parfaitement à mon goût, entre évasion livresque (l'Inde et Chagall... mes yeux brillent de mille feux) et DVD de choix.

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D'ailleurs, je file de ce pas lancer le premier épisode de Nord et Sud ! Je vous embrasse mes très chers lecteurs et vous souhaite de tout mon petit coeur plein de bonheur (les rimes sont aussi involontaires que mièvres) :)

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30 avril 2013

De "L'Ecume des jours", de Boris Vian, au Tsunami Gondry

Bonjour chers Tous :)

Que diriez-vous d'un petit billet à la croisée des chemins ? Entre littérature et cinéma, par exemple ? Connaissez-vous meilleurs passe-temps ? Plus belles passions ? Nourritures plus savoureuses ? Des deux, je ne me lasserai jamais et même si les adaptations, elles, me lassent, je dois dire que depuis quelques semaines, je me laisse prendre au jeu (au piège ?), et relève tous les défis. J'ai eu de belles surprises, souvenez-vous de l'adaptation du roman de Doris Lessing par Anne Fontaine, j'en attends d'autres (Gatsby), consciente d'être tout exposée à la déception.

Lorsque se sont faites entendre les premières rumeurs de tournage, je n'étais absolument pas emballée par l'idée d'une adaptation de L'Ecume des jours, de Boris Vian, surtout par Michel Gondry, réalisateur dont je n'aime AUCUN film (je n'adhère vraiment PAS à son univers qui, dans le meilleur des cas, me laisse de marbre). Puis des noms ont été murmurés, Tautou, Duris, Sy,... Et j'ai définitivement tourné les talons.

Mais à quelques semaines de la sortie du film, j'ai eu envie de me replonger dans l'oeuvre originale, ce roman lu en classe de Seconde et qui m'avait -comme nombre d'entre vous, j'en suis certaine- littérairement envoûtée. Je me souviens avoir traîné cette petite couverture bleu ciel partout avec moi, avoir lu dans le métro (la découverte du pianocktail s'est faite debout, sur la ligne 8, sourire aux lèvres) et même à la salle de sport, perchée sur mon vélo (chose que je n'avais jamais faite et n'ai jamais refaite). Chaque page était un éclat, chaque trouvaille langagière un étonnement, une plongée sans fin dans un univers loufoque, tendre et romantique que j'apprenais à habiter au fil des chapitres. Il m'était impensable de subir la lecture d'un autre : L'Ecume des jours est un roman qui sollicite bien trop l'imagination du lecteur pour souffrir le télescopage d'images. 

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Je ne vais pas m'étendre car je pense que nous avons tous fait l'expérience de cette lecture unique, insolite, véritablement saisissante (qui s'est emparé d'un morceau de nous), dans laquelle nous nous sommes tellement impliqués que nous conservons au fond du coeur la sensation d'avoir participé à la grande aventure livresque.

En début de mois, c'est avec appréhension que je me suis offert une cure de jouvence aux côtés de ces personnages qui, quelques années plus tôt, avaient marqué à jamais ma vie de lectrice (après cette première lecture vianesque, je m'étais prise de passion pour l'auteur et avais lu grand nombre de ses oeuvres au cours de l'été).

Chloé, Colin, Chick, Alise, Nicolas, la souris, ce maudit nénuphar,... Ils étaient tous là, réunis pour m'accueillir bien amicalement. Mais la fête avait pris l'eau, ou moi trop d'années dans l'aile, et la magie n'a pas opéré une seconde fois. Je vous laisse mesurer l'ampleur de la colère que j'ai ressentie contre moi-même, contre cette idée folle de relecture, activité que je pratique rarement, surtout pas avec une oeuvre aussi précieuse, pleine de souvenirs et d'images, figées dans une époque bien définie, où j'étais une personne que je ne suis plus. Trop de risques. Quel pénible moment j'ai passé, mes Chers, tournant les pages la mort dans l'âme (une part de mon âme morte), trouvant les mots fades, les personnages niais, voire insupportablement bêtes. Je ne percevais plus le romantisme, l'humour ne me faisait même pas sourire, la tendresse me semblait absente de ces lignes adolescentes, un brin prétentieuses et creuses.

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Poursuivre serait inutile et douloureux.

Soigner le mal par le mal, paraît que c'est efficace. Puisque de l'oeuvre de Vian, j'avais à présent deux lectures, je pouvais me permettre d'en sacrifier une sur l'autel de Gondry, d'affronter ses images en duel, de les regarder droit dans les yeux sans crainte qu'elles n'éblouissent ou ternissent mes souvenirs. En clair  je pouvais tricher.

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Drôle d'expérience, n'est-ce pas ?! Un protocole de petite chimiste qui fait tout péter.

Le même qu'a dû suivre Gondry, qui a tout fait péter, lui aussi : mes yeux, ma tête, l'oeuvre de Vian et son propre cerveau juste avant, sans nul doute.

Car son film est tout malement immonde et écoeurant, un gros gâteau dégoulinant de crème au beurre épaisse, grasse, bourrée de colorants et d'arômes artificiels, acide citrique et épaississants en prime. 

Un machin visuel saturé de couleurs, d'effets spéciaux, de trucs un peu craspec qui bougent dans tous les sens à en filer la nausée (même pas partrienne), pire qu'un tour de grand 8 après avoir avalé dix tonnes de fraises à la gélatine bovine. Avec de la musique, du son, des bruits qui explosent les oreilles sans aller jusqu'à nous assomer complètement, malheureusement.

C'est alors que ma première lecture m'est revenue droit au coeur, et, avec elle, mes souvenirs d'un livre savoureux (et non écoeurant), musical (non pas assourdissant), dansant (ce qui ne signifie pas hystérique), cinématographique (à ne pas confondre avec totalement halluciné), braque et tendre (qui ne sont pas synonymes d'excité et benêt). Inventif, créatif, imaginatif sans pour autant ressembler à un catalogue de brico-déco, à un dictionnaire des mots-valises-qui-n'existent-pas-encore-mais-qu'on-est-trop-fier-d'utiliser. D'une oeuvre généreuse, surtout pas prétentieuse, qui donne à voir, à lire, en ne se regardant pas le nombril, en ne s'écoutant pas parler. D'un auteur qui tend sa main au lecteur, qui lui dit "Viens ! Viens repeindre le monde avec moi, couleur fantaisie". Si Gondry à tendu sa main vers moi, je peux vous jurer que ce n'était pas pour m'inviter à valser !

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                             Tagada-pouet-pouet ^^

Parce qu'avec ses grosses paluches et ses grosses images, sa grosse intelligence, ses gros moyens, son gros casting bling-bling qui pue le fric de Canal +, le réalisateur -soupçonné d'avoir fait un stage sous acides chez Jean-Pierre Jeunet- a étouffé son histoire, ses personnages et annihilé toute possible émotion.

Son ambition (ego ?), tel le nénuphar qui grandit et détruit peu à peu le poumon de Chloé, a pris toute la place dans cette adaptation qui offre un résultat sans charme ni âme.

Ceux qui me suivent depuis longtemps (ce blog trottine sur sa cinquième année, mine de rien !), le savent bien, les autres qui me découvrent avec ces lignes, je vous l'assure, je ne suis pas une mauvaise personne et je ne prends aucun plaisir à critiquer violemment une oeuvre ou un artiste. Bien au contraire, j'essaye -tout en restant objective- de faire toujours preuve de bienveillance, de trouver un zest de positif même lorsque je suis très déçue. Mais, avec ce film (qui n'est ni grand ni malade mais rend malade), Michel Gondry se moque vraiment du monde. Ceci étant, j'attends vos avis avec une pointe d'impatience, surtout s'ils vont à l'encontre du mien, que la richesse de l'échange pallie la pauvreté de l'expérience.

Très bonne journée à vous, chers Tous :) 

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28 avril 2013

"Marina", de Carlos Ruiz Zafon. Qu'on devient écrevisse

Comme je vous le disais dans mon précédent billet (dont il faut au moins lire le titre pour comprendre mon humour à deux sous), ma première rencontre avec Carlos Ruiz Zafon -par l'intermédiaire du Prince de la brume- ne m'a pas enchantée. Ayant sous la main d'autres romans de l'auteur -et comme je n'aime pas l'amertume- j'ai décidé de lui donner aussitôt une nouvelle chance en me plongeant dans Marina, autre roman jeunesse (deux éditions sont disponibles, jeunesse et adulte) mais n'appartenant pas à la Trilogie de la brume, inaugurée par Le Prince... 

A ce propos, je profite de cette petite introduction pour apporter une première précision -toute personnelle, cependant-, Marina n'est pas -à mon sens- à mettre sous tous les yeux mais est destiné à un lectorat averti et entraîné (pour les raisons que je vais développer).

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1980. Sitôt les cours terminés, Oscar Drai quitte l'internat de Barcelone où il est pensionnaire pour déambuler dans sa ville bien-aimée, havre de beautés et de trésors architecturaux. Lors d'une de ses escapades, ses pas intrépides et ses oreilles intriguées par une voix chantante, le mènent vers une vaste demeure dans laquelle il ne tarde pas à pénétrer. S'apercevant d'une présence et pris de panique, c'est à toutes jambes qu'il s'enfuit, gardant au creux de sa main une montre gravée, dérobée. Culpabilité et curiosité poussent le jeune homme à retourner sur les lieux de son larcin, afin de restituer le précieux bien à son propriétaire. C'est ainsi qu'il fait la connaissance de Marina, jolie jeune fille qui vit dans cette maison en compagnie de son père, German, peintre à la santé fragile qui n'exerce plus son art depuis le décès de sa femme.

Sitôt les présentations faites, Marina entraîne son nouvel ami sur les traces d'une mystérieuse femme en noir qui se rend chaque mois au cimetière, sur une tombe anonyme, ornée d'un papillon. Aussi intrépides l'un que l'autre, les adolescents ne se contentent pas de cette première étape et leur filature les conduit au coeur d'une serre abandonnée, abritant de monstrueux pantins ainsi qu'un album-photos contenant des clichés de personnes atteintes de malformations. Il n'en faut pas davantage pour que les questions se multiplient dans la tête des deux jeunes gens qui trouvent leurs premières réponses auprès d'un certain Benjamin Sentis. Il leur raconte l'histoire de Mikhail Kolvenik, un homme au destin hors du commun, ayant fait fortune grâce à une entreprise de prothèses orthopédiques. Amoureux fou d'une jeune comédienne, il lance le projet d'un théâtre grandiose dont la construction est interrompue par la ruine du puissant homme d'affaires... Et la mort du couple, retrouvé enlacé et calciné dans leur demeure inachevée.

Vous pensez peut-être que je vous en dis trop ? Que je retourne une à une les cartes avancées par Carlos Ruiz Zafon ? Rassurez-vous mes Chers, il vous restera de nombreuses pages à parcourir pour parvenir au terme de cette histoire fascinante et envoûtante ! Car, Marina, tout à l'inverse du Prince de la brume (selon moi, bien entendu), est d'une grande richesse. Pourtant, il est évident que ces deux romans ont plus d'un détail en commun : des adolescents aventureux, des chats, des lieux hantés, abandonnés (vastes demeures, jardins, cimetières,...), des pères fantasques et artistes (celui de Max -dans Le Prince de la brume- est un horloger rêveur, enfantin -tiens, tiens... un horloger... Marina ne commencerait pas par un vol de montre ?- tandis que German, peintre maudit, semble totalement pris en charge par sa fille, comme si les rôles parents/ enfants étaient inversés), des créatures supposées inanimées qui prennent vie (statues/ pantins). Et bien entendu, un passé enfoui qu'il aurait mieux valu ne pas déterrer.

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Comment expliquer la force et la magie de Marina qui, en définitive, repose sur les mêmes fondations que ma précédente lecture ?

Nul doute que l'auteur a appris, grâce à quelques années d'exercice, à manier sa plume avec plus d'assurance et à consolider ses édifices. Il ne suffit pas d'avoir le bon matériel, n'est-ce pas ?, un savoir-faire est indispensable pour prétendre ériger un ouvrage stable, capable de se tenir debout et fier, de soutenir des milliers de regards de lecteurs.

Ecrivain, bien plus qu'un métier, est un artisanat. 

Les personnages-silhouettes, inconsistants et sans intérêt, ont alors été remplacés par de charismatiques caractères, par de grands hommes au destin fascinant, de grands amoureux, des artistes, des femmes fatales, souffrantes, tragiques, des passionnés, des fous, opiniâtres jusque dans la mort. Si l'auteur semblait ne savoir que faire de ses créatures, ce temps est révolu, et c'est avec grâce qu'il tire les ficelles de leur vie de papier et de mots, multiplie les noms et les fausses-identités, tout comme il imbrique génialement les fausses-pistes, les récits tronqués et les intrigues. En effet, chaque rencontre est une nouvelle révélation pour Oscar et Marina, comme pour le lecteur et l'histoire avance par petite touche, comme un puzzle qui se reconstitue -laborieusement, méticuleusement- pièce après pièce, comme cette Barcelone labyrinthique qui se déplie sous nos yeux, nous révélant son Quartier Gothique, son funiculaire, sa gare, ses ruelles au charme suranné, ses souterrains... Cette visite guidée est portée par les descriptions poétiques de l'auteur qui nous fait tourner la tête sans pour autant nous perdre, ni au détour d'une rue inquiétante, ni d'une stupéfiante virevolte.

Enfin, il est impossible de ne pas ressentir un fort attachement, une véritable affection même, pour les trois personnages principaux, Oscar, Marina et German. Tous trois, avec leurs forces et leurs parts d'ombre, forment une famille d'âmes esseulées et blessées, émouvante mais jamais pathétique. Ils jouissent du bonheur lorsque celui-ci leur tend la main, se soutiennent, se protègent, sans révéler les maux qui les minent. Eux aussi sauront nous surprendre en conservant jusqu'aux toutes dernières pages leurs plus lourds secrets.

Vous l'aurez sans doute compris, Marina m'a offert un moment de lecture aussi rare qu'inoubliable. Une aventure littéraire. J'ai aimé le dynamisme et l'intelligence de sa construction, la magie des descriptions, la précision du style de l'auteur -dont les mots s'accordent à n'en pas douter avec les sentiments- ainsi que l'atmosphère mystérieuse mais aussi nostalgique, entre peur et fascination, émerveillement et infini plaisir, qu'il a su créer.

Je poursuis donc ma découverte de l'oeuvre de Zafon avec Les Lumières de septembre, le troisième tome de la trilogie, dans lequel je relève de très nombreux motifs déjà repérés lors de mes précédentes lectures. Aussi, je me demande si l'auteur est capable de se renouveler, de me surprendre et séduire une seconde fois. A suivre ;)

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27 avril 2013

"Le Prince de la brume", de Carlos Ruiz Zafon. C'est en écrivant...

Je n'avais jamais été tentée par les romans de Carlos Ruiz Zafon : couverts d'éloges ou saignés à blanc, dans les deux cas, le traitement qui leur est généralement réservé ne m'inspirait pas confiance (une odeur de polémique commerciale ou de mauvaise foi trop incommodante pour mes fragiles naseaux). C'était sans compter une de mes dernières virées en bibliothèque lors de laquelle, apercevant exposé La Dame en noir, de Susan Hill (aussitôt emprunté), j'ai eu envie de me lancer dans une petite thématique "trouillette". Je me suis alors tournée vers le romancier espagnol, ayant souvenance de sa réputation de "maître du roman gothique contemporain", confirmée par les quatrièmes de couverture. Cependant, face à la généreuse étagère, ma main n'a pas été attirée par L'ombre du vent ou encore Le Jeu de l'ange, "déjà culte" comme on dit, mais par sa Trilogie de la brume destinée, a priori, au jeune public. Je dis bien a priori car dans sa préface, l'auteur exprime son souhait d'écrire des romans qui "puissent plaire à des lecteurs de tous âges", de ceux qu'il aurait lui-même voulu lire dans son autre vie.

Le Prince de la brume, publié en Espagne en 1993, en 2011 en France inaugure cette saga adolescente qui a pour suite Le Palais de Minuit et Les Lumières de septembre mais est également le premier roman écrit par Carlos Ruiz Zafon.

le prince de la brume

Si ces trois volumes forment un ensemble, c'est par leurs thématiques et atmosphère communes, mais demeurent tout à fait indépendants les uns des autres : ils ne reprennent pas les mêmes personnages et proposent chacun son propre cadre spatio-temporel. Ils peuvent donc se lire dans le désordre, ce que je ne manquerai pas de faire puisque le troisième roman éveille ma curiosité bien plus efficacement que le deuxième.

Mais, pour l'heure, revenons à notre Prince de la brume.

Dans l'Angleterre en guerre (nous sommes en 1943), les Carver et leurs trois enfants -Alicia, Max et Irène- s'installent dans un village de bord de mer, dans une grande demeure dans laquelle vivait autrefois un couple fortuné et heureux jusqu'au décès de leur petit Jacob. Sans suspense inutile, les bizarreries de rigueur se manifestent et la rencontre amicale entre Max et Roland -adolescent téméraire vivant avec son grand-père gardien de phare- est l'occasion rêvée de déterrer un passé aussi trouble que mystérieux quitte à mettre au jour des secrets de famille, au savoureux goût de malédiction (c'est meilleur ^^), enfouis depuis des années et titiller les nerfs fragiles d'un être terrifiant qui, tapi dans la brume, attendait de faire entendre à nouveau l'écho de sa voix diabolique. Niark niark niark niark !

Entre un jardin abritant des statues-clownesques qui ne semblent pas seulement de marbre, d'antiques bobines de films, l'épave de l'Orpheus -cargo échoué dans la baie et à propos duquel le grand-père semble en savoir un bout-, les adolescents ont trouvé de quoi occuper leur été.

Les veinards !

Parce que moi, mes Chers, je m'ennuyais ferme pendant ce temps et vivais une bien pénible expérience avec cette première incursion dans l'oeuvre de Carlos Ruiz Zafon. En dépit des éléments indispensables à une intrigue aussi distrayante que prenante (maison hantée et matou caractériel compris), rien ne m'a encouragée à tourner les pages avec curiosité, avidité et passion, comme je l'aurais tant souhaité. Quant au petit frisson désiré, l'enjeu même de ma séquence "trouillette", je l'attends toujours.

La faute sans doute à un trop grand nombre de facilités (les parents et la jeune soeur, inutiles à la résolution de l'enquête et plutôt encombrants, sont habilement éjectés de l'histoire juqu'aux dernières pages) et de lourdeurs. Les motifs récurrents du roman gothique passent ici pour de vulgaires clichés, associés à des personnages à peine esquissés, nullement attachants, voire carrément irritants (l'auteur nous gratifie d'une amourette de pacotille qui ne lui sert qu'à combler son cahier des charges). Roman plutôt court, à peine deux cents pages, Le Prince de la brume passe rapidement pour creux et sans âme.

N'arrangeant rien, le style de l'auteur (mais s'agissant d'une traduction, mon avis est tout relatif) m'a paru aussi naïf que son brouillon d'intrigue. J'ai été tout particulièrement agacée par ce choix maniaque d'appeler en PERMANENCE les parents par leur prénom ET nom. Mais quelle drôle d'idée ?!

Restent de prometteuses descriptions, notamment maritimes, qui laissent entrevoir un indéniable talent pour élaborer une véritable atmosphère et, de fait, un roman plus solide, à condition d'y faire évoluer des personnages qui ne seraient réduits à d'évanescentes silhouettes au coeur d'une intrigue autrement que prévisible.

Roman pour la jeunesse mais aussi roman de jeunesse, ce premier essai manque de toute évidence de maturité et se contente de nous renvoyer l'image floue que se faisait probablement, à ce moment-là, l'auteur d'un ouvrage pour adolescents en quête de sensations fortes.

Vous me pensez odieuse ? Ce serait mal me connaître, mes Chers (j'ai d'ailleurs été brève afin d'édulcorer mes propos et limiter les reproches) car, aussitôt refermé Le Prince de la brume, j'ai souhaité donner une nouvelle chance à l'auteur, en usant cependant d'une petite ruse : plutôt que de poursuivre la trilogie, je me suis glissée -non sans appréhension- entre les pages de Marina, roman lui aussi destiné à un large public qui a, d'ailleurs, la particularité d'avoir été publié en France dans deux éditions : jeunesse et adulte (monnaie, monnaie ?).

Alors, qu'en ai-je pensé ? Le Prince de la brume est-il à considérer comme une première tentative (de lecture comme d'écriture) infructeuse et naïve ou ai-je tourné le dos définitivement à l'auteur à succès ?

La réponse prochainement ;)

 

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24 avril 2013

Fashion-Philo : "Mannequin : le corps de la mode", à la Cité de la mode et du design

Bonjour mes Chers !

Comment allez-vous en cette fin de radieuse journée ? Avez-vous pu profiter du soleil ou prévu un petit apéro post-boulot sous ses derniers rayons ? C'est incroyable comme ce temps magnifique change la vie, embellit le moral et chasse tous les petits nuages du quotidien. Ma journée me semble par-faite !

Pourtant, après une nouvelle "insomnuit", elle n'était pas très bien partie, avec un cours à 8 heures dans cette stupide fac. Bouh ! Mais, plus efficace qu'une baguette magique, le matinal ciel bleu qui m'a accueillie m'a redonné sourire et énergie. C'est ainsi qu'après deux heures de parlote autour de Rabelais et la scolastique, Perec et l'indicible (le tout passionnant, au demeurant), j'ai pris le chemin de la Cité de la Mode et du Design, à Austerlitz, afin de visiter, non seulement une très bonne exposition -qui permet de patienter avant la réouverture du musée Galliera (quand ? QUAND ?), mais aussi un bâtiment à la structure insolite qui titillait ma curiosité depuis longtemps.

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Mannequin : Le corps de la mode (jusqu'au 16 mai) propose une réflexion sur l'évolution du mannequin (corps mais aussi personnalité), tout entière fondée -m'a-t-il semblé- sur les notions d'ambiguité et d'ambivalence, sans oublier une intéressante dimension critique.

En effet, empruntant son nom à un objet (le mannequin en osier du 19ème siècle), le mannequin est en tension permanente entre idéal féminin et artificialité, notoriété et anonymat, capacité d'adaptation et formatage. Valeur marchande autant qu'esthétique, son corps doit se plier aux diktats qu'il pourra ensuite véhiculer : corps contraint, corseté, puis liberé, culte de la minceur ou de la beauté imparfaite, il passe par tous les états, se voit modifié par des dizaines de petites mains qui s'agitent autour de lui, le modèlent, avant la case retouchage (dès le 19ème siècle, oui, oui).

La personnalité qui anime ce corps-objet n'est pas en reste et connaît elle aussi d'intéressants changements puisque la valorisation du métier (après la Seconde Guerre mondiale) a permis la reconnaissance du mannequin. De l'élégance parisienne des années 30, incarnée par des femmes du monde, actrices, chanteuses (telle Nelly Martyl, chanteuse à l'Opéra comique au début du 20 ème siècle), aux supermodèles des années 80-90, dont les seuls prénoms suffisent à faire tourner la tête des grands photographes tels Helmut Newton et Peter Lindbergh, le mannequin participe à la déconstruction des codes (souvenez-vous de l'étrange beauté de Kate Moss révélée par Corinne Day) tout en représentant une forme aussi mouvante que glacée de féminité.

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Corinne Day

Etant donné la problématique abordée par l'exposition, les axes explorés m'ont paru évidents, non par manque de recherche, mais parce que toute réflexion sur le corps se retrouve immanquablement confrontée à cette notion d'ambivalence qui est ici très généreusement illustrée. Et c'est bien ce qui fait la richesse et l'intérêt de cet événement.

Proposée par le musée Galliera dans le cadre de son programme hors-les-murs, l'exposition nous invite à découvrir une centaine de tirages mais aussi de nombreuses vidéos, couvertures de magazines, et autres documents interactifs (une vidéo de photoshopage, e-shop de grandes marques présentant des mannequins privés de visage,...).

J'ai retrouvé avec un immense plaisir quelques artistes dont j'apprécie le travail, voire que j'affectionne tendrement, comme Cindy Sherman, la photographe-transformiste, pour sa collaboration avec Comme des Garçons dans les années 90

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Il faut également compter avec les étonnantes photographies de Bourdin et de Valérie Belin, qui interrogent la notion de corps artificiels (glaçant), d'Helmut Newton, de Man Ray, d'Irving Penn dont la femme Lisa Fonssagrives-Penn fera la couverture du Time en 1945.

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Guy Bourdin

Le corps du mannequin, photographié sous toutes ses coutures est dupliqué à l'envi, sous forme de diptyque, triptyque, surimpression,... 

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Anonyme (robe Madeleine Vionnet 1933)

Mais c'est sans doute sur les podium que les changements -que dis-je ! Bouleversements ! Révolutions !- se laissent admirer. Terminés les timides allers-retours des jolies demoiselles des années 20, qui déboutonnent leur manteau, découvrent leurs épaules, puis les recouvrent,... dans une ronde ennuyeuse. Les années 80-90 voient débarquer Naomi, Cindy, Iman, Karen, Claudia,... Et c'est un vent de folie qui souffle sur le catwalk ! Une vidéo de quinze minutes qui auraient pu durer des heures nous propose un tourbillon d'extraits des défilés Mugler : extase totale de votre serviteuse, admiratrice absolue de ces silhouettes de femmes fatales, futuristico-insecto-uchroniques !

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Très beau document également, le défilé Galliano "Everybody is beautiful" (Printemps/ Eté 2006) au cours duquel ses créations (extraordinaires) sont portés par des personnes au physique "hors norme", nains, obèses,... Vous vous en souvenez ? Ah moi, comme si c'était hier !

Vous l'aurez sans doute compris, j'ai passé un moment des plus agréables à déambuler -très tranquillement- dans les deux vastes salles dépouillées des Docks où je vous recommande donc de faire un tour de piste. L'exposition rappellera à ceux qui en ont besoin que la mode est un art autant qu'un phénomène de société et invite donc à la réflexion.

J'ai été particulièrement intéressée par la dimension critique inhérente au travail de certains artistes, photographes, stylistes, mannequins, qui dénoncent à travers leurs différentes oeuvres, créations, et attitudes, les travers d'un milieu cruel. Je pense aux photographies de Bourdin et Belin, bien sûr, mais aussi aux créations de Martin Margiela, au défilé Galliano mais aussi celui d'Alexander McQueen (Printemps-Eté 2004), dont la mise en scène est inspirée des livre et film On achève bien les chevaux (le fameux derby) et dénonce alors l'épuisement des corps.

Vous pourrez profiter de votre visite pour partir à la découverte de cet étrange bâtiment qui, en dépit de son aspect "parking de supermarché" assez déplaisant de prime abord, abritent plusieurs bars et restaurants et une immense terrasse.

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Les Docks faisant face au ministère des finances, depuis le pont d'Austerlitz

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Tout énergisée par le soleil, j'ai décidé de rentrer à la maison à pieds, en traversant le pont jusqu'à la gare de Lyon, tout en bavardant agréablement au téléphone avec une personne très chère, ce qui nous a permis d'organiser quelques sorties, dont notre balade à la mer ! Hummmmm ! Petit arrêt en librairie pour y acheter Gatsby le Magnifique, qui fera l'ouverture du Festival de Cannes le 15 mai (à lire avant de courir en salle le soir de sa sortie ^^). Puis, entre le déjeuner et la reprise des sériosités littéraires, j'ai pris plaisir à rôtir une petite heure au soleil devant une eau pétillante : la saison du girafon-porcinet est ouverte, mes Chers, me voilà toute rosée, le front et le nez couverts de tâches de son !

Une journée parfaite, comme je vous le disais, qui se terminera par les premiers épisodes de la nouvelle saison de Grey's Anatomy et quelques pages d'un récit qui m'a happée et séduite dès les premières lignes : Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? de Jeanette Winterson. A suivre !

A très bientôt mes lecteurs préférés ! Soyez heureux et amusez-vous :)

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22 avril 2013

Et si la vie ne tenait qu'à un fil(m) ? "Le Temps de l'aventure", de Jérôme Bonnell

Bonjour, bonjour !

Comment vont mes chers compagnons de route en ce début de semaine ? Votre programme du week-end a-t-il fait honneur au beau ciel bleu qui nous accompagnait généreusement ?

De mon côté, très peu de sorties (je n'ai même pas mis le nez dehors dimanche, préférant m'offrir une journée casanière, toujours bienvenue pour reprendre des forces) mais plusieurs occasions de sourire, c'est bien l'essentiel. J'ai pu voir deux films tout à fait différents mais qui m'ont également séduite, que je vous recommande donc en fonction de votre humeur du moment. Une très chouette comédie française, tout d'abord, Les Gamins, d'Anthony Marciano, qui m'a réconciliée avec le rire au ciné après le naufragesque Mariage à l'anglaise. Ce rire-là a le mérite de n'être pas bête, au minimum pensé. Cela n'exclut pas quelques allusions sexuelles et autres grossièretés et lourdeurs, mais dialogues et scénario sont fondés sur des arguments un brin plus solides. Tout aussi comico-romantique que Prête-moi ta main, avec le même Alain Chabat (en grande forme mais sans excès) et la délicieuse Charlotte Gainsbourg (là, nous avons les tout à fait charmantes Sandrine Kiberlain et Mélanie Bernier), Les Gamins sait se faire méchant, tendre, tordant et même surprenant (présence de quelques trombines dont Monsieur Iggy, excusez du peu !).

Petite remarque néanmoins : pourquoi lorsque Alain Chabat, Mââââle de son état, dit "Je lui bouffais la chatte" (oui, oui, c'est pas toujours aussi fin que le Boursin), la salle explose d'un rire spontané et clair tandis que lorsque la jolie Sandrine Kiberlain ose un "Je vais commencer à penser à des p'tits plans cul", personne ne moufte et -pour un peu- on entendrait les mouches désapprouver en secouant leurs ailes d'un air navré ??? 

les-gamins-

Second très bon moment ciné, Promised Land, signé Gus Van Sant qui, après la douceur de Restless, nous charme à nouveau avec ce film écolo dans lequel il brosse quelques savoureux portraits ruraux et nous plonge dans une Amérique populaire et familiale, tendre et traditionnelle. Entre vrai suspense, fondé sur des enjeux économiques et sociaux, et touches d'humour (grâce, notamment, à la présence cohen-ienne de Frances McDormand), Promised Land nous emporte pour près de deux heures qui filent comme une. Oh ! Et Matt Damon -à l'origine du scénario- m'a pour la toute première fois vivement impressionnée par son jeu et son charisme et me pousse à revoir mon jugement, sans doute précipité ou tout simplement erroné (y'a qu'les imbéciles...).

promised_land_

Autre réjouissance du week-end, côté lecture celle-ci : j'ai dévoré, entre vendredi soir et dimanche matin, Teacher Man de Frank McCourt, découvert cette semaine après un petit tour sur la blogo-littéraire (une mine !). Je vais essayer de me procurer dès demain les deux premiers tomes de ses mémoires et vous reparle de ce coup de coeur très prochainement.

Voilà pour mon week-end, mes Chers, mais avant son arrivée toujours aussi attendue, il a fallu survivre toute une semaine, et cela a été rendu possible grâce à quelques bouffées d'air frais : l'exposition Chagall au Luxembourg, et un autre film à propos duquel je souhaitais vivement écrire tant il m'a bouleversée, Le Temps de l'aventure, de Jérôme Bonnell.

Immédiatement séduites par la bande-annonce -une fois n'est pas coutume- et admiratrices d'Emmanuelle Devos (qui interprète ici Alix, une comédienne), ma mère et moi étions très impatientes de découvrir ce film couvert d'éloges lors de sa sortie. A tel point que nous avions fini par nourrir quelques appréhensions...

Mais dès les premières images, le charme a opéré. La prestance de l'actrice n'est plus a démontrer et les premières scènes qui nous entraînent dans les coulisses d'un théâtre, nous laissant entr'apercevoir les comédiens en action tandis qu'Alix observe derrière le rideau, en attente, donnent le ton et esquissent le propos du film, confirmé par une scène d'audition qui joue à fond la carte de la double-énonciation (petite pensée pour Mulholland Drive).

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Life is a stage, certes. Mais l'envie, le besoin d'en reprendre les rênes sont parfois plus forts que la raison.

Le Temps de l'aventure, joli titre printanier qui donne envie de fredonner du Françoise Hardy, doit -à mon sens- s'entendre "Le Temps ET l'aventure", car c'est avec un double "timing" que s'amuse le réalisateur en nous proposant de suivre Alix au fil de son parcours parisien. Ce n'est sans doute pas un hasard si cette journée pas comme les autres, une journée expérimentale, se déroule le 21 juin, date qui permet quelques scènes d'errances parisiennes festives et musicales, mais est aussi jour le plus long de l'année. 

Depuis son réveil très matinal pour gagner Paris, sa ville d'origine, depuis Caen, où on l'attend le soir même pour une énième représentation, Alix nous entraîne donc de trains en métros, de rendez-vous -manqués, plaisants, inattendus,...- en galères. Car, à l'instar du personnage qu'elle interprète lors de son audition comico-tragique (une fille fragilisée par son goujat de mec qui se retrouve enfermée dehors, à moitié nue), elle est elle-même un peu paumée, sentimentalement. Et comble du cauchemar moderne : son portable et sa carte de crédit sont totalement HS, batterie et compte en banque à sec. A poil, donc.

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Le temps, lui, tourne toujours rond, infaillible.

Alix grimpe dans le métro, puis en sort, s'engoufre dans les couloirs bondés, laisse sa chance à la correspondance, reste sur le quai, hésite, se lance, repart, change de direction, prend rendez-vous avec sa mère pour déjeuner (besoin d'un pilier, d'une confidente ?) mais débarque à l'improviste chez sa soeur, à qui elle ne cause plus, pour une baston franginale d'anthologie.

C'est que l'aventure s'est mêlée de sa vie, entre deux regards échangés avec un inconnu, dans le train. Hasard ou occasion à saisir ? Un nouveau rôle à jouer ? Alix avouera au détour d'une conversation sa difficulté à se soumettre au rythme qu'impose le tic-tac des horloges. Le passé, l'avenir, empêchent de vivre le présent qui empêche de... De vivre ? Sauf peut-être lorsqu'elle est sur scène, lorsqu'elle fait son job -"pas pour la gloire", précise-t-elle, d'ailleurs- dégaine son masque et se glisse dans la peau d'une autre. Cette sacrée unité de temps ne servirait pas que la vraisemblance.

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A force de se faire aventureuse, de défier le temps, Alix s'emmêle les aiguilles et joue sa vie : elle avance son retour à Caen, puis décide de prendre le train suivant, puis le prochain. Et puis, après tout... Et puis, à quoi bon ?

L'aventure, que l'on pourrait penser sentimentale (certains spectateurs l'ont peut-être perçue ainsi uniquement, cela m'intéresse de le savoir), est individuelle et féminine. Alix, au cours de cette folle journée, nous propose sa version de Vingt-quatre heures de la vie d'une femme, qui sonne comme une prise de position, une révolution. Nos vies doivent suivre le rythme du temps qui nous est imposé mais qui nous interdit de nous étourdir dans les bras de l'inconnu ? Oh ! Cet inconnu ne doit pas forcément être grand et sombre, comme chez Woody (d'ailleurs, l'amant de Lady Alix -très juste et délicat Gabriel Byrne- est fadasse, à souhait mais à dessein : plus exquise esquisse que tableau de maître). L'inconnu, ce peut être cette rue que l'on emprunte sans se fier à notre itinéraire, cette voie qui n'était pas censée être la nôtre qu'on embrasse sans trop savoir pourquoi.

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Alors que le scénario tourne et retourne la tête de son personnage principal façon russes montagnes, il m'a aidée à remettre mes propres idées en place. J'ai vu ce film mercredi avant de passer une partie de l'après-midi en larmes, véritablement chamboulée, sans comprendre ce qui m'arrivait. Puis, le nuage s'est effiloché comme un vieux vêtement qu'on ne voudrait pas jeter mais qui se rend de lui-même à l'évidence : il faut savoir faire place nette pour respirer plus sainement, plus librement. Dès le lendemain matin, je me suis sentie différente, plus forte et plus heureuse. Je veux, moi aussi, vivre mon aventure, en sautant du train en marche, en me laissant guider par les hasards des correspondances et par le temps, celui qui passe mais surtout celui qui reste. Et en profiter.

Au-delà de ma petite psychanalyse-perso, Le Temps de l'aventure -vous l'aurez compris- possède mille richesses cinématographiques et émotionnelles dont il ne faut pas se priver.

Je vous souhaite un très beau début de semaine, mes Chers, et espère repasser bien vite par ici, pour un petit billet lecture ;)

 

Posté par yottidottir à 08:00 - Commentaires [4] - Permalien [#]



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