Bet you something I can get your mouth shut
Très chers lecteurs,
A ceux d'entre vous qui auraient eu la curiosité de visionner la vidéo introduisant mon précédent billet, je dois des excuses. En effet, j'ai laissé s'exprimer ici même un homme certes charmant mais parfaitement insolent, j'ai nommé Michel Poiccard, suggérant à qui voulait bien l'entendre d'aller se faire foutre. Croyez-moi, je ne laisserai plus jamais quiconque vous manquer de respect à ce point.
Trève de plaisanteries.
Le mois de janvier, celui des résolutions pour ceux qui acceptent de se résoudre, de la galette pour les autres (et oui, car parmi les résolutions classiques, celle de perdre quelques kilos mal placés est aussitôt mise à mal par la frangipane et ses cinq cents calories/ 100 grammes) (d'où la cruauté stupide des résolutions) (CQFD), je disais donc, le mois de janvier touche à sa fin et j'avais envie, après vous avoir présenté mes films de l'année écoulée, d'évoquer sur ces pages mes attachements musicaux, sans fleurs de rhétorique.
Je procéderai en deux temps en vous soumettant tout d'abord les cinq albums qui ont tourné sans discontinuer dans ma cabane magique puis en rendant compte, en quelques mots, des cinq concerts qui m'ont valu d'exaltantes parenthèses acoustiques, entre sérénité et euphorie, ce qui -finalement- revient au même puisque j'ai eu la chance, cette année, de voir sur scène presque tous les artistes de ma B.O. perso.
Première manche : mes cinq albums.
Avec une éternité de retard (pas taper !), j'ai découvert l'extraordinaire duo des Kills cette année ; tout d'abord séduite par l'album No Wow, j'ai fini par adopter et adorer tout autant Blood Pressures, leur quatrième et dernier album -sorti au printemps 2011- mais je me demande si mon préféré ne serait pas Keep on your mean side, leur tout premier. A moins que... Bref. Disons que mon addiction aux Kills est proportionnelle au temps qu'il m'aura fallu pour arriver jusqu'à eux et j'vais vous dire, des fois, ça vaut le coup d'être à la traîne.

C'est à la même époque, pour ainsi dire (la saison printemps-été aura décidément été merveilleuse), que je découvrai les sons electro d'Austra, groupe canadien mené par Katie Stelmanis et sa voix d'ange noir, me rappelant l'ambiance dancefloor brumeux des meilleures soirées gothiques. Feel it break n'enchaîne pas les tubes mais se compose de plusieurs titres très forts qui agissent sur moi comme de succulentes madeleines proustiennes aux sonorités new-wave.

J'ai déjà eu l'occasion d'évoquer sur ces pages mon immense coup de coeur pour Anna Calvi, sans doute ma plus grande révélation de l'année, celle qui m'a enchantée des jours, des semaines, des mois, sans que je puisse décider de mon titre préféré, sans que je puisse dire -encore aujourd'hui- si je craque davantage pour sa voix puissante et féminine ou pour ses riffs orgasmiques. A moins que ce ne soit pour elle tout entière, bout de femme, petite flamme, à la timidité honorable et au charisme impressionnant.

C'est avec une certaine crainte, sans doute quelques critiques anticipées et remarques moqueuses que j'ai accueilli la nouvelle. David Lynch, génie bien-aimé, sortait un album et il n'était même pas nécessaire de lâcher 780 euros pour avoir l'honneur de l'écouter. J'aime la musique qui rythme les films de Lynch, les longues nappes de synthé et les ambiances indus' mais, est-ce l'abus de méditation transcendantale ?, le réalisateur de "Mulholland Drive" emprunte parfois des voies si conceptuelles qu'il est impossible de le suivre. Pas vrai ? Très heureuse surprise donc que son Crazy Clown Time qui, après "Le p'tit clown de mon coeur" de Johnny, aura presque réussi à me guérir de ma coulrophobie (fallait faire du grec les enfants).

Si tu savais, cher BB, toi qui n'es pas un BB Aussi, l'importance que tu as dans nos vies. Après nous être enivrés de tes harmonies si évidentes et pourtant tellement riches et surprenantes, nous être saoulés en avalant de généreuses rasades de ta poésie insolente et romantique, presque adolescente, nous nous sommes réjouis de ton dernier fait d'arme. Tu nous as offert avec Pourquoi tu pleures ? le plus bel album estival qui -je te le dis comme je le pense- compense les faiblesses du film qui en est à l'origine. Tu m'as fait sautiller comme une imbécile heureuse sur "C'est pas la forme", rêver avec "L'homme de ma vie", tu nous as bien fait marrer en reprenant Enrico Macias (putain, t'es gonflé quand même !) et je ne me suis pas lassée de t'entendre dire "Tu fais chier à la fin" à Emmanuelle Devos. Que tu signes toi-même la B.O. du film dans lequel tu avais la vedette avait un p'tit quelque chose de prétentieux, limite Vincent Gallo, mais tu as raison, cher Benjamin, on n'est jamais mieux servi que par soi-même et nous te resterons fidèles. Promis.

Comme je vous l'annonçais en début de billet, on retrouve parmi les concerts les plus excitants de mon année, les artistes dont j'ai écouté sans me lasser les albums. Mais quand même, un petit classement s'impose ;)
Seconde manche : mes cinq concerts.
Anna Calvi, encore et toujours, magnifique lors du concert de Rock en Seine dans une ambiance particulière, celle d'un festival estival. Le soleil n'était pas d'une grande générosité mais la bière coulait à flot et assis dans l'herbe puis debout sans jamais se lâcher, découvrir enfin, de nos propres yeux, et pas devant notre télé, en vrai de vrai, son incroyable prestance a été un grand moment. Si bien qu'à peine rentrés à la maison, les billets étaient achetés pour un second concert, autre festival, autres bières,...

Patti Lee à l'Olympia... Que dire sinon que ce concert flirtait avec la perfection. Debout, dans la fosse, à quelques mètres d'elle, tellement présente, tellement tout, sans oser y croire parce qu'on nous répète sans cesse que les rêves ne se réalisent jamais. Merci à toi pour cette soirée tout simplement inoubliable.

Et merci pour celle-ci aussi. Camille sur scène, une précieuse découverte, lors d'un concert d'une créativité bouleversante. Camille qui chante, sa voix se démultiplie à l'infini, elle est une petite fille, une femme amoureuse, elle est tendresse puis luxure. Camille qui danse, son corps agile, elle saute et virevolte, elle est une fée. Camille pieds nus. Camille en ombres chinoises puis qui s'essaye, avec brio, au moonwalk. Camille qui rit et qui blague et mes yeux brillent et mon coeur se serre devant cette artiste qui aura été mon premier cadeau de Noël.

Impossible, après avoir passé des mois à fantasmer en écoutant "Feel it Break", de manquer le passage d'Austra à La Maroquinerie. Une salle, comme on dit, à taille humaine (ouai, bon, tout est relatif), une ambiance telle que je l'avais imaginée et espérée pour le concert le plus sexuel de l'année. Seule ombre au tableau, les Canadiens l'ont joué éjaculateurs précoces en nous plantant en plein trip, au bout d'une minuscule heure, douche comprise, et après des préliminaires beaucoup trop longs (deux premières parties, était-ce vraiment utile ?). Frustrante, cette sortie de scène un peu trop rapide est également le meilleur des pretextes pour investir aussi sec dans des billets pour leur prochain concert ^^

J'ai gardé les meilleurs pour la fin avec les Killsounets que j'ai eu le plaisir de voir à l'oeuvre au Zénith d'Amiens (partageant l'affiche avec Metronomy et The Do, deux groupes qui m'ont enthousiasmée). La dégaine craspec d'Alison qui ne cesse de s'agiter, le dandysme de Jamie, calme et mystérieux, la particularité de leur son qui accroche et qui tache, comment ne pas succomber ? Sur scène, ils sont tel que le laissent présager leurs albums, un véritable duo, les deux faces d'un même vieux vinyle qu'on adore depuis si longtemps qu'on se saurait même plus en énumérer les raisons. C'est donc en pleine action qu'il faut les voir, une simple photo ne peut suffire.
OUPS !
Si vous n'aimez pas le cinéma...
Les images puis les mots (la vidéo dure seulement dix-sept secondes, regardez-la avant de passer à la suite, svp)
Propice aux bonnes résolutions qu'on ne tiendra pas, le début de l'année sonne également l'heure des bilans en tout genre. Les amateurs du rayon "Développement Personnel" se demandent s'ils ont atteint leurs objectifs, s'ils sont réellement devenus meilleurs en dix leçons, quinze minutes par jour et trois cent soixante-cinq proverbes. Pour ma part, si je me risque à jeter un coup d'oeil dans le rétro, c'est uniquement pour me remémorer les sorties et découvertes qui ont rythmé mes douze mois, en aucun cas pour porter un jugement sur la personne (les personnes, même) que j'ai pu être au cours de l'année ni pour anticiper celle(s) que je serai.
Aussi, en ce mois de janvier 2012, j'ai pris plaisir à lister les cent soixante films vus en 2011 (le chiffre n'est pas donné pour me faire mousser, uniquement pour relativiser ce qui suit), à en reparler, à repenser aux émotions vécues sur l'instant et à ce qu'elles sont devenues quelques semaines ou de longs mois plus tard. En effet, un film bien choisi ne s'oublie pas et continue son petit bonhomme de chemin, se fait une place parmi nos nombreux souvenirs, apprivoise les images qui l'ont précédé et tend un miroir aux nouvelles venues. Certaines scènes, bouleversantes sur l'instant, continuent de nous hanter longtemps tandis que d'autres se révèlent progressivement, telles les Polaroid mapplethorpiens, laissant leur intensité se diffuser peu à peu au contact de nouvelles émotions. Prendre le temps de se poser quelques instants, de faire le vide dans sa tête et dans son coeur pour laisser la place à toutes ces histoires filmées de mille façons différentes est un exercice aussi intéressant que surprenant. On s'aperçoit que, malheureusement, certains films sont rapidement tombés dans l'oubli alors que leur date de sortie sonnait comme la promesse d'un instant magique, tandis que d'autres s'imposent, définitivement, comme de grandes réussites, sans appel. Dresser ce petit palmarès très personnel n'a donc pas été facile et si dix films sont mis à l'honneur, parce qu'ils ont tous, sans exception, enrichi ma vision et ma connaissance du cinéma en m'offrant d'inoubliables leçons sur ce qu'il peut être, ce qu'il DOIT être, quelques autres le méritent tout autant (je pense à Black Swan et Pina, très particulièrement mais aussi à True Grit, Dharma Guns, Shame, En Ville, Tous au Larzac, L'Exercice de l'Etat ou encore The Artist).

Pina, de Wim Wenders
N'ayons pas peur des truismes, une année de cinéma est une fête, avec ces moments d'euphorie et ces fous-rires, ces instants où on plane totalement et ceux d'un ennui mortel où on souhaiterait être n'importe où ailleurs. Les salles de cinéma, tout comme les soirées festives, sont des lieux de retrouvailles longtemps attendues, après une longue journée de séparation ou une interminable semaine de travail, mais sont également des lieux de rencontres aléatoires et rarement heureuses, sous-titrées "L'Enfer c'est les autres". Ces autres qui se gavent de pop-corn puant et shcroumf-shcroumfant, qui arrivent en retard, se posent n'importent où avec leur grosse tête, leur couvre-chef ou leur coiffure à faire bleuir de jalousie Marge Simpson. Ceux-là qui causent sans arrêt, que même dans la file d'attente tu les repères et les maudis sur dix générations. Les portables qui sonnent (et les gros cons qui décrochent "j'suis au cinéma là, j'peux pas te parler" <<<< Ta Gueule !!) et les coups de pieds dans les sièges (Putain ! Qu'est-ce que vous foutez avec vos genoux les gens ?). N'oublions pas leurs commentaires (pendant le générique qui ne les intéresse évidemment pas), petites pépites d'intelligence entre-coupées de gloussements ou de longs soupirs. Cerise sur le gâteau, avec la magie d'Internet, tout le monde a la possibilité de s'exprimer et personne ne s'en prive. On retrouve alors ces mêmes braves gens qui passent avec grâce et agilité d'un siège de cinéma à un siège de bureau pour nous faire le récit de leurs aventures synéphilitiques. Les adeptes de "la critique dont on se serait bien passé" se répartissent, selon de vagues observations, en trois groupes : ceux qui pratiquent le copier-coller et multiplient ainsi leurs chances de baver une parole sensée (selon leurs sources) tout en limitant la propagation de conneries, ceux qui -au contraire- n'ont pas honte de lâcher deux ou trois inepties, qualifiant au passage de "bouse", de "navet" et autres gentillesses les oeuvres de cinéastes tels que Terrence Malick ou Aki Kaurismaki (ceci est également valable pour un ballet signé Noureev ou un roman de Houellebecq) (est-ce si difficile pour ces personnes de dire qu'elles n'ont pas été sensibles à l'univers d'un créateur ? Leur ego est-il aussi fragile ?), enfin, on tombe aussi parfois sur ceux qui recrachent des idées qui courent partout, en pensant bien faire ou faire bien, sans trop savoir ce qu'ils racontent. Une des grandes tendances, pour n'en citer qu'une, étant d'inscrire telle ou tel dans le sillage de la Nouvelle Vague alors que telle et tel aimeraient sans doute exister par eux-mêmes, sans comparaison.
Le cinéma méritait bien sa fête, comme les fous, les voisins et la grenouille. Certains spectateurs méritaient, quant à eux, qu'on leur consacre quelques lignes. C'est chose faite, passons à autre chose.
Il y a quelques années, le frère de ma meilleure amie, a quitté notre très cher 12ème arrondissement parisien pour Cannes, à l'occasion du Festival (et oui, certains lycées au niveau relativement minable usent d'ingénieux stratagèmes pour glâner quelques inscriptions). Croisant Antoine Duléry (je vous fais grâce de sa filmographie), il lui tint à peu près ce langage "Mais est-ce qu'on peut honnêtement appeler ça du cinéma ?", le "ça" en question regroupant toutes les merdes absolues au générique desquelles le nom de l'acteur était systématiquement inscrit (on peut parler de "merde absolue", degré zéro de la critique, lorsque l'on vise le degré zéro du cinéma). Au moment des faits, notre petit Pierre, avec la photo de Jean-Pierre Léaud en guise de fond d'écran sur son portable et sa passion dévorante pour Bob Dylan, n'a que dix-sept ans mais sait déjà (se) poser les bonnes questions.
Tout ça pour dire, à chacun son cinéma, à chacun ses envies, ses attentes et ses choix. Aussi, si je vous propose mon petit classement, c'est en toute simplicité, sans imaginer que les films qui m'ont marquée cette année sont ceux qu'il fallait voir ab-so-lu-ment, j'ose à peine vous les conseiller si vous les avez manqués. Pour rendre cet exercice de saison un brin plus amusant, j'ai choisi de ne pas publier les affiches ou photos extraites de "mes" films mais d'autres images pouvant les représenter de près ou de loin (très loin !). Je vous laisse à vos associations d'idées pour deviner les oeuvres qui m'ont émerveillée mois après mois.
L'Ecole de danse, Edgar Degas

L'Homme qui aimait les femmes, François Truffaut

Dali and Rhinoceros, Philippe Halsman

Friedrich Nietzsche

"Denver, le dernier dinosaure, c'est mon ami et bien plus encore !"

Fête, place de la République, Izis

Claude Cahun

L'Angélus, Jean-François Millet

Fading away, Henry Peach Robinson

Festen, Thomas Vinterberg

Comme sur les bons DVD, voici quelques suppléments qui viendront compléter ce classement relativement frustrant en me permettant d'évoquer d'autres excellents moments de cinéma.
Avec son regard intense et son sourire émouvant...

... Michel Piccoli, magnifique dans Le Mépris de Jean-Luc Godard, impérial dans Habemus Papam de Nanni Moretti, m'a définitivement séduite.
Pour sa beauté miraculeuse et la finesse de ses mains...

... J'espère avoir le bonheur de revoir Alexandra Lematre, la fille dans Hors Satan de Bruno Dumont.
C'est ici, et non ailleurs, que se dissimulait la véritable délicatesse...

... Dans les gestes amoureux d'Annabel et Enoch, les personnages du précieux Restless de Gus Van Sant.
Sans aucun doute la plus réjouissante des reprises

2011 aura été une grande année grâce à des oeuvres qui m'apparaissent désormais comme essentielles. Néanmoins, ce flash-back thématique n'aurait aucune raison d'être sans le film auquel j'ai lié mes mains et mon coeur, sans cette déclaration à la vie, à l'amour, à l'aventure et au cinéma, signée Jean-Luc Godard, qui a fait de moi, en quelques minutes, une personne différente. Un film beau comme tout, beau comme toi...
Jamais je n'aurais cru que tu me plairais toujours
Ô mon amour
Jamais nous n'aurions pensé pouvoir vivre ensemble
Sans nous lasser
Nous réveiller tous les matins aussi surpris de nous trouver si bien
Dans le même lit
De ne désirer rien de plus que ce si quotidien plaisir d'être ensemble
Aussi bien
Je ne fais pas durer le suspense plus longtemps et vous révèle dès maintenant les films qui se cachaient derrière ma sélection d'images plus ou moins éloquentes :
"L'Apollonide", de Bertrand Bonello/ "Les Bien-Aimés", de Christophe Honoré/ "Minuit à Paris", de Woody Allen/ "Le Cheval de Turin", de Béla Tarr/ "The Tree of life", de Terrence Malick/ "La Guerre est déclarée", de Valérie Donzelli/ "Tomboy", de Céline Sciamma/ "Hors Satan", de Bruno Dumont/ "L'Etrange affaire Angélica", de Manoel de Oliveira/ "Melancholia", de Lars Von Trier.
Alors, combien de titre aviez-vous devinés ?!
A l'année prochaine pour un nouveau palmipède que j'espère encore plus excitant.
Je voudrais être ta muse SM, ta mescaline, ton obsession
Contextualisation : il y a un instant, alors que j'étais sérieusement plongée dans une lecture passionnante -année studieuse oblige- m'est revenue en mémoire cette exposition consacrée à Robert Mapplethorpe, entre les murs de la galerie Thaddaeus Ropac, visitée fin novembre et adorée. Je m'étais promis à l'époque de rédiger et publier rapidement un billet non seulement pour relayer l'information (tous les photographes américains n'intéressent pas la presse et les suiveurs, manifestement) mais aussi vous donner envie de découvrir une partie de son oeuvre en vous faisant part de mon enthousiasme. Malheureusement, le temps passe trop vite et malgré mes bonnes intentions, mon envie de partager ce très beau moment est restée à l'état de projet. Un coup d'oeil très discret sur le site de la galerie -il ne faudrait pas que ma bonne conscience me pince en train de lambiner- m'annonce que l'événement prendra fin le 7 janvier, soit dans quelques heures.
Tiraillée entre l'inanité de ce post et mon désir d'évoquer sur ces pages le travail de Robert Mapplethorpe, j'ai finalement opté pour la rédaction d'un billet assez bref, juste pour le plaisir de garder dans un coin de ma mémoire virtuelle cette déambulation photographique. Après tout, je ne suis pas attachée de presse, simplement une admiratrice de Mapplethorpe qui me charme d'exposition en exposition.
En effet, avant celle-ci, entièrement consacrée à l'oeuvre du photographe, j'avais pu avoir -par deux fois- un aperçu de son travail, notamment lors de l'atypique et néanmoins bouleversante exposition Deadline au musée d'art moderne de Paris. Voici ce que ses photographies m'avaient inspiré à l'époque :
"Tout d'abord, j'ai été séduite par les photographies en noir et blanc de l'Américain Robert Mapplethorpe, qui offre(nt) une réflexion très intéressante sur la perfection du corps. Ses nus statuaires sont superbes, il joue avec les formes, la lumière, et met en valeur les muscles de ses modèles qui nous apparaissent alors comme la perfection incarnée pour l'éternité."

Tout chez Robert Mapplethorpe m'enchante et me passionne, tout sauf sa réputation sulfureuse de laquelle je n'avais absolument pas conscience lorsque j'ai découvert son univers. De ce fait, c'est son oeuvre qui m'a donné envie de connaître l'homme et non l'inverse, ce qui n'aurait rien de honteux par ailleurs, mais il me semble important de savoir identifier les raisons qui sont à l'origine de l'admiration afin de ne pas tomber dans le panurgisme malsain et vil. J'aime le regard d'une infinie précision que porte le photographe sur le corps, j'aime ce qu'il en fait lorsqu'avec délicatesse et sensibilité il créé du sublime avec du sexuel. Il est vrai, l'oeuvre de Mapplethorpe s'articule principalement autour du sexe, de l'érotisme à la pornographie. Ses expérimentations le mènent jusqu'à l'univers SM et lorsque son amie Patti Lee Smith l'interroge sur ses motivations "il répondait qu'il fallait bien que quelqu'un le fasse, alors pourquoi pas lui" (Just Kids, page 278). Elle analyse et résume alors dans ce même passage : "Ce qui excitait le plus Robert dans son travail d'artiste, c'était de produire quelque chose que personne n'avait fait avant lui." Mapplethorpe ne cherche pas à provoquer, si son oeuvre interpelle ou choque c'est parce qu'elle rend compte de ce qui est.

La galerie Thaddaeus Ropac a sollicité Sofia Coppola pour le choix des quarante et un clichés exposés. Tout d'abord étonnante et contestable (bonjour la pipolisation), cette association entre la réalisatrice de Virgin Suicides, etc. et le photographe s'est révélée des plus judicieuses. Coppola offre à travers son regard une nouvelle approche de l'oeuvre de Mapplethorpe, une lecture féminine qui permet de mettre en lumière la sensualité et la douceur qui en émanent. On s'aperçoit alors qu'entre les mondes explorés par Mapplethorpe et l'univers d'apparence sucrée de Sofia Coppola, la frontière est mince, très mince, et que si la réalisatrice parvient toujours à nous surprendre en recouvrant ses films-cupcakes d'un fin glaçage malsain, le photographe, sans jamais trahir ses choix esthétiques, intérêts et obsessions d'artiste, peut proposer des images sur lesquelles plane une sérénité équivoque.

Pour finir, voici un second extrait de Just Kids (ouvrage dont la lecture -ou plutôt l'écoute- me captivait la semaine au cours de laquelle j'ai visité cette exposition) dans lequel Patti évoque la première exposition personnelle de Polaroid de son ami :
"Son exposition audacieuse et élégante mélangeait les motifs classiques avec le sexe, des fleurs et des portraits, tous équivalents dans leur présentation : les cockrings photographiés sans fausse pudeur côtoyaient les arrangements floraux. Pour lui, c'était la même chose."
En guise de clin d'oeil à un précédent billet, un dernier portrait de vierge suicidée

From Somewhere to Everywhere.
Confettis et cotillons
Pour notre grande entrée dans une nouvelle année, et vous présenter tous mes voeux, j'ai souhaité partager avec vous une chanson qui a bercé mes quatre saisons passées, un titre de Raphaële Lannadère -aussi connue sous l'initiale L- (qui nous a offert un concert parisien magnifique il y a quelques semaines), des émotions mises en mots par une jeune femme délicate et élégante, quelques vers chantés d'une voix feutrée que, je l'espère, vous apprécierez.
Mes lèvres est une chanson qui pourrait vous sembler inappropriée en ces heures festives pourtant, tous les mots-clés sont là, toutes ces choses que certains d'entre nous trouveront ce soir, des éclats de rire gras à la pluie de cotillons en passant par les douze coups du carillon.
Ton ange dans ce tourbillon
Rêvait quand ses lèvres ont pris feu
Elles brûlaient pour le réveillon
Dans une brèche de tes yeux
Mes lèvres sont mortes à minuit
Au premier son du carillon
Dont les douze coups m'ont réduite
En une pluie de cotillons
Mes lèvres sont mortes à minuit.
Maintenant que les douze coups ont retenti pour nous comme pour Cendrillon, embrassez qui vous voudrez.
Moi, c'est toi que j'embrasse, de tout mon coeur.
Je vous souhaite à tous une excellente année 2012, qu'elle vous apporte tout ce que vous désirez.
Je guette les demi-sommeils, les aubes sépia, les crépuscules
Il était une fois, une fille aux cheveux orange qui vivait dans un joli chalet au coeur de la grande ville. Chaque matin, elle devait enfiler son écharpe magique et affronter le froid pour se rendre à la salle de bal, ce qui l'emplissait de joie, ou prendre le carrosse commun qui la conduisait vers de lointaines contrés, ce qui lui plaisait beaucoup moins. Ce moyen de transport auquel la jeune fille reconnaissait quelques qualités pratiques présentait néanmoins des inconvénients contrariants. En effet, le simple fait que ce carrosse puisse être qualifié de "commun" répugnait cette délicate personne qui n'aimait définitivement pas partager ni être en contact avec des corps étrangers. Cependant, les marauds, pignoufs et autres ostrogoths qu'elle côtoyait lors de ses brèves expéditions étaient loin d'être égoïstes et aimaient faire don à la jeune fille de quelques précieux présents. Rhume, angine, otite et laryngite,... elle rapportait régulièrement dans sa besace darelisée de sympathiques microbes réjouis de lui tenir compagnie quelques jours.
Comme tous les grands enfants, notre petite convalescente chérissait ces jours d'école buissonnière passés à ne rien faire, si bien que la semaine au cours de laquelle sa voix s'envola littéralement et que ses pensées ne purent franchir ses lèvres, elle prit un immense plaisir à garder la chambre. Faible et fébrile, chacune des journées de cette courte période la vit plongée dans une profonde léthargie. Du fin fond de son apathie, heurtée par les voix désagréables des voisins mais bercée par la chaleur de sa couche, elle glissa malgré elle vers d'autres mondes, fantaisistes et oniriques. Lorsqu'elle fut rétablie, elle ne se souvenait plus de ses songes d'après-midi d'automne ; seuls quelques visages et silhouettes en filigrane voguaient dans son esprit embrumé. Elle devinait encore de frêles jeunes filles aux cheveux d'or, elle se souvenait de leurs sourires et de leurs mains tendues, elle avait la sensation étrange de porter sur sa peau l'empreinte de leurs caresses amicales, sur son front tiède le souvenir de leurs baisers rassurants. Quelque peu affaiblie par son mal sans gravité, la jeune fille reprit finalement le cours de sa vie, forte des rires cristallins de ces belles personnes qu'elle avait croisées quelque part entre ici et là, consciente d'avoir vécu une aventure sensorielle et sororelle hors du temps.
Des jeunes filles alanguies...


(The garden court, Burne-Jones)
... éprises...


(Love among the ruins, Burne-Jones)
... innocentes...


(Symphony in white n°1, James Whistler)
... fascinantes...


(Laus Veneris, Burne-Jones)
... indissociables...


(The Rosebud Garden of Girls, Julia Margaret Cameron)
... ou insociables.


(Symphony in white n°3, James Whistler)
Une évocation toute personnelle de l'exposition Beauté, morale et volupté dans l'Angleterre d'Oscar Wilde, proposée par le musée d'Orsay jusqu'au 15 janvier (oui, il faut faire vite !).
En quelques mots, plus pragmatiques, il s'agit d'une très belle exposition, une suite idéale à celle présentée au printemps dernier, délicieusement intitulée Une ballade d'amour et de mort : photographie préraphaélite en Grande-Bretagne, 1848-1875 (on retrouve d'ailleurs certains noms croisés à cette occasion). Les vastes salles du musée d'Orsay se mettent à nouveau au service de l'univers qui nous est offert : la scénographie est aussi élégante que pertinente, les aphorismes de Mr. Wilde guidant nos pas, orientant notre regard émerveillé vers des toiles, meubles, bijoux, vêtements et autres trésors. D'ailleurs, si le dandy irlandais semble assez rapidement servir de faire-valoir à l'événement, il sait nous rappeler -à la fin de l'exposition, certes, mais pas trop tard- qu'il est bel et bien le chef de fil des esthètes, celui dont la chute signifiera aussi celle de l'Aesthetic Movement.
Définitivement, Oscar Wilde mérite tous les honneurs.
Je profite de ce billet pour vous souhaiter une très belle journée de Noël suivie d'une soirée tout en douceur.
J'adore les plaisirs simples, ils sont le dernier refuge des gens complexes *
Toc Toc Toc petits lutins et gnomes noëliens !
Le grand soir approche et le gros bonhomme rouge ne va pas tarder à déposer des paquets tout dorés dans nos petits souliers. Aussi, comme je sais que vous avez tous été très sages cette année, j'avais envie de vous faire un petit cadeau avant l'heure : un cours accéléré autour du thème drolatique "Comment devenir une pétasse parisienne snob et prétentieuse, et même pas en cinq leçons ?". Grosse marrade en vue.
Je plaisante, je plaisante. (A bon chat, bon rat, tête de pioche).
Ne soyez ni déçus ni consternés par mon humour tout pourri et pardonnez mon manque d'originalité mais je ne peux résister... Et oui, c'est à mon tour de céder à l'esprit de Noël et de vous proposer une sélection des jolies choses qui m'accompagnent depuis quelques jours et m'accompagneront encore un bout de temps pour certaines. Ressortir les décorations multicolores pour la maison, penser aux cadeaux qui combleront les personnes qu'on aime, aux cartes de voeux, aux mets délicats qui composeront les dîners de fête, soupirer d'aise en se glissant au chaud sous la couette pour un peu de lecture ou en se délectant des délicieuses odeurs et saveurs épicées typiques de cette période enchantée, que de petites bricoles simples et magiques qui me poussent à dire que, décidément, le temps passe beaucoup trop vite. C'était hier, c'est aujourd'hui. Une excellente raison pour profiter le plus possible de ces quelques semaines féeriques, presque irréelles, au cours desquelles toutes les futilités sont permises à condition d'observer le premier et unique commandement : ton âme d'enfant tu chériras. D'autant que l'année prochaine, on sera tous morts, foi de Maya. C'est écrit dans Télérama.
Pour rêver éveillés.
Les billets nous attendent depuis quelques mois dans leur manteau transparent : du cirque dit invisible mais surtout poétique, façon Victoria Chaplin-Jean-Baptiste Thierrée ou novateur et urbain, version Eloize.


Un ballet, Onéguine, dans l'écrin fabuleux qu'est l'Opéra Garnier.

Casse-Noisette -presque- en direct du Théâtre Bolchoi puisque de Moscou à Paris il n'y a qu'un pas.

Et pour terminer l'année en beauté, un petit saut "en voisins" à l'Opéra Bastille pour une version plutôt originale du conte de Perrault. Cette fois-ci, c'est en star de cinéma que se rêve cette salope de Cendrillon, au coeur du Hollywood des années 30. Gare aux douze coups de minuit.

Pour les enfants sages et les becs sucrés.
J'ai bien cru que cette année mon calendrier de l'Avent chocolaté me passerait sous le nez. Malade, sans voix et clouée au lit pendant quelques jours, le 1er décembre se profilait dangereusement alors que je n'avais pu m'offrir ma petite tranche de régression. C'était sans compter... Qui à votre avis ? Oui, oui, ma très chère Maman qui, le jour J, a sorti de son sac de Mary Poppins, coincée entre une ration de soupe maison et des clémentines pleines de vitamines, la maison du Père Noël et ses vingt-quatre cases gourmandes. Quel plaisir de les ouvrir tous les deux soirs (parce qu'on partage tout ici, voyez-vous) et de se régaler avec les petits oeufs crémeux et croustillants. Miam !

Même le petit-déjeuner prend des airs de fête : clémentines, muffins au choco, kougnettes au caramel et une délicieuse gelée saveur thé de Noël pour recouvrir généreusement quelques crèpes bien chaudes. Vivement dimanche (il reste du pain d'épices aux cerises !).

Quelques notes de musique.
Pour changer de Jingle Bells et White Christmas by Les Crooners (même si gloire à Dean Martin), on peut écouter en boucle cette année deux albums qui célèbrent Noël avec originalité mais surtout beaucoup de personnalité : chic et rétro pour She and Him, recherché et réjouissant avec le Marchet de Noël.


Et toiles des neiges.
Une petite sélection de films qui semblent se prêter à cette période où tout est permis : du bon sentiment, du rêve, de l'aventure,... La recette idéale, en somme, pour émerveiller petits et grands.




Et il ne faut surtout pas oublier le festival The Way We Were, consacré à la représentation de l'Angleterre victorienne au cinéma, organisé par le musée d'Orsay à l'occasion de la très belle exposition Beauté, morale et volupté dans l'Angleterre d'Oscar Wilde. Un très joli programme, ici.

Les lumières de la ville.
Paris est la plus belle ville du monde, c'est bien connu et en cette période de fêtes, alors qu'elle brille de mille feux, elle est sublime. Illuminations sur les Champs, qu'on remonte ou qu'on redescend, vitrines animées (lorsque les morveux sont couchés) et petites cabanes des sympathiques marchés de Noël ; solites ou surréelles, les idées de sorties se multiplient à l'infini, régressives, romantiques, traditionnelles. Définitivement parisiennes.

Intérieur nuit.
Parce que les avenues et les grands magasins ne sont pas les seuls à se mettre sur leur 31, mon petit nid douillet a lui aussi tenu à revêtir sa tenue de gala. Pas de sapin cette année mais des guirlandes et autres joyeusetés ont recouvert les poutres, la cheminée s'est parée de sa robe dorée et de drôles de frimousses ont envahi la bibliothèque.




Home for Christmas.
Enfin, mon dernier et plus grand plaisir de saison est sans aucun doute d'être en vacances, mes premières vraies vacances de Noël depuis quelques années, les premières qui me semblent méritées, celles qui comptent vraiment. Je me réjouis par avance du programme qui s'est imposé de lui-même, des spectacles et des expositions à découvrir (Metropolis à la Cinémathèque et La Comédie française au Petit Palais, très probablement), des balades dans Paris, des matins paresseux et des soirées rythmées par des battements de coeur et non des minutes. J'ai très envie de profiter de ma petite maison, de préparer des biscuits à la cannelle et des madeleines au miel ou au thé, d'organiser quelques journées avec ma mère, de regarder plein de DVD, d'acheter des chaussures rouge-pute, de boire un chocolat chaud dans un mastroquet, de déguster une part de tarte dans un salon de thé cosy,... Savoir que nous allons enfin avoir du temps à disposition est le plus beau des cadeaux. Merci.

Fin de ce billet noëlien, peut-être le dernier puisque la fin du monde nous pend au nez (prodigieusement wagnerienne à la sauce LVT ou façon Béla Tarr, radicale et épurée ? Wait and see.).
Je vous souhaite de passer les plus délicieuses fêtes de fin d'année, savourez plus que jamais ces quelques jours qui passeront -on le sait- bien trop vite, de vos proches et de tous les moments de bonheur simple et authentique qui s'offrent à vous.
2012 sera noir d'encre et nihiliste ou ne sera pas. Cela me va très bien. Mais en attendant de planter mon bunker dans ma baignoire, je file mordre à dents pleines dans mes premières heures de glandouille.
* Joyeuses fêtes à vous aussi, Mr Wilde.
Ta chair est tendre
Plus de deux semaines sans qu'une note n'ait été postée ici... Pauvre blogounet délaissé (faudrait que j'pense à le soulocationer). Comme toujours, les jours défilent et je ne les vois passer que de loin, de très loin, depuis une salle de concert parisienne ou amiénoise (ou la Super Battle : Festival les Inrocks vs Picardie Mouv') (large victoire de l'outsider) (Mademoiselle K, The Do, Metronomy et The Kills, tout de même) (Putain, The Kills !!!!), de cours ou de danse, d'un musée (j'aimerais tant vous parler de la rétrospective Diane Arbus, aussi palpitante que l'ECG d'un mort-vivant) ou d'un théâtre (Johnny, Fanny, Isabelle,...).
Mais le plus souvent, c'est encore et toujours devant un grand écran que vous avez une chance de me trouver. Car même si après une saison printemps-été des plus réjouissantes, le Septième Art couleurs d'automne semble en période d'hibernation, les propositions alléchantes ne manquent pas. Encore faut-il garder les yeux grands fermés lorsqu'on passe devant certaines affiches dégueulasses (enfin débarrassés des sourires idiots des deux intouchables) et ne pas toujours céder à l'appel du "navet-qui-détend" qui n'est rien d'autre qu'une perte de temps déguisée. M'est avis.
Malheureusement, comme le temps d'écrire ici vient souvent à me manquer, les billets-ciné que je prenais grand plaisir à rédiger sont portés disparus. Je saisis donc une petite heure au vol pour vous dire quelques mots d'un film sorti récemment (le 9 novembre) et qui a su charmer mes sens et enflammer mon petit coeur. Comme toute pépite, Bonsai pourrait ne pas être facile à dénicher puisqu'à Paris il est projeté dans une seule et unique salle (le MK2 Beaubourg, fidèle au poste), ce qui est fort dommage mais (positivons) lui donne encore plus de valeur.
Il aura suffi d'une carte postale chipée dans un cinéma du Quartier Latin au cours du printemps pour que ce film devienne ma petite obsession, guettant sa sortie mois après mois.
"In the end, Emilia Dies and Emilio does not die - A story of love, books and plants", voilà ce que disait la carte en question. Un message délivré, une fin annoncée -comme si celle-ci n'avait finalement pas d'importance-, et trois mots-clés, que l'on retrouve traduits sur l'affiche française, "amour", "littérature" et "botanique". Je n'ai pas la main verte (même si j'aime qu'on m'offre des fleurs ;)), mais j'imagine volontiers vivre d'amour et de livres frais. Ma curiosité était donc piquée, ma sensibilité touchée : pourquoi Emilia devra-t-elle mourir, entourée par tant de douceurs ? Quel sera le rôle des livres dans cette histoire d'amour qui, manifestement, finira mal ? Et pourquoi ? Et si ? Et comment ?
C'est donc début novembre, de longs mois après cette première rencontre avec Emilia et Julio, que j'ai pu obtenir quelques réponses à mes questions, devenues secondaires dès les premières minutes de ce film qui m'a littéralement envoutée. Bonsai, second long-métrage du réalisateur chilien Cristian Jimenez, dresse le double portrait de Julio, étudiant lunaire puis, huit ans plus tard, écrivain nébuleux, un brin menteur, qui ne cesse de tourner des pages. Celles écrites par Proust qu'il prétend avoir lu(es) puis celle des carnets qu'il noircit d'encre et d'autres substances sombres (pour faire plus vrai), feignant, encore et toujours, d'assister un grand écrivain. In the end, d'omission en supercherie, Emilio rencontre l'amour et trouve son style. Plutôt pas mal pour un barbu dégingandé.

Il faudrait maintenant que je vous parle d'Emilia, jolie brune toujours un peu ailleurs, le regard perdu au loin, le sourire discret et l'air mystérieux. Elle ne se sépare jamais de sa tassé de thé (qui l'accompagne même sous la douche), rarement de son t-shirt à la gloire des Ramones ; elle porte en elle une douce mélancolie qui déstabilise comme elle fascine. Mais je n'irai pas plus loin, ce personnage complexe et fragile comme une histoire d'amour ne se livre pas facilement. Respectons cela.
Bonsai, film délicat et plein de charme, m'a donc séduite par ses personnages à la fois singuliers et tellement familiers, attachants car détachés de tout sauf de l'essentiel, des mots et des sentiments. Cette ode à la littérature -celle qu'on lit et qu'on écrit mais surtout celle qui console, qui apaise et se mêle à la réalité- se fait également désarmante de sensualité lorsque les corps des amants se frôlent et s'enlacent entre deux pages de roman lues dans le petit lit qu'ils partagent, rituel nocturne si simple et infiniment séduisant.
Il serait peut-être bon ici de noter que Bonsai est adapté du premier roman d'Alejandro Zambra. Littérature, littérature,...

Il n'est pas nécessaire d'aller plus loin sinon pour écrire clairement ce qui a été jusqu'alors sous-entendu. Bonsai offre une vision de l'amour incroyablement moderne et romantique, entre fiction et souvenirs. Un brouillage des pistes à l'image des personnages, jeunes adultes à la recherche d'eux-mêmes, vulnérables tels deux petits arbustes à la beauté obscure.
Je voudrais compter les jours sur tes doigts
Je ne peux dire ce qui est pire : ne plus avoir envie d'écrire ou ne plus disposer du temps nécessaire pour le faire. Alors que des dizaines de billets jouent à saute-mouton avec mes neurones, mettant à mal mes synapses, je profite de cette première semaine de vacances pour faire virevolter mes doigts au-dessus du clavier, le temps de partager mes derniers faits d'armes à travers quelques mots et photos en totale impro.
Quelques lignes, tout d'abord, sur ce premier semestre dont les vacances de la Toussaint marquent le début de la fin. Cinq semaines depuis que je suis passée derrière le bureau, tout autant à venir, et toujours les mêmes impressions positives. Certaines séances, après des nuits trop courtes, sont moins faciles que d'autres, certaines leçons m'impressionnent et me poussent à tout remettre en question quelques minutes avant d'entrer dans l'arène, les étudiants, parfois bavards et déconcentrés, peuvent se planter lamentablement dès la première question (même lorsque la réponse est encore inscrite au tableau) ou, au contraire, sont totalement amorphes et m'obligent à redoubler d'efforts et de patience pour ne pas les perdre totalement en chemin. Ces moments, heureusement rares, sont épuisants tout comme le simple fait de parler pendant trois heures sans pouvoir souffler cinq minutes et remettre ça dès le lendemain, entre quatre heures de route (et la thèse et les articles et les colloques). Mais tout ça n'est rien et je suis consciente de ma chance, infiniment comblée lorsqu'un cours se déroule parfaitement, ce qui est généralement le cas, profondément satisfaite lorsqu'un étudiant dépassé s'intéresse, pose des questions, ne baisse pas les bras et finit par comprendre une des nombreuses subtilités de notre grammaire française. J'ai connu des moments intenses lorsqu'au cours d'un exercice une chaîne de bonnes réponses s'est formée, plongeant notre salle dans une sorte d'euphorie, les étudiants galvanisés par ce défi lancé à eux-mêmes. Ou lors de cette conversation animée à propos de Délicieuses Pourritures, roman qui a heurté la sensibilité d'un étudiant toutefois enthousiasmé par sa découverte du style si particulier de Joyce Carol Oates. J'ai reçu mes premiers compliments "J'vous jure, Madame, c'est notre meilleur cours de la journée ! On peut pas rester avec vous aujourd'hui ?!" et prononcé des encouragements les plus sincères après une séance très réussie (grâce aux étudiants particulièrement aimables et volontaires ce jour-là) ; j'ai plus ou moins mémorisé les soixante-dix prénoms qui se répètent, semaine après semaine, sur la feuille de présence, chaque visage m'est maintenant familier. Je les attends de pied ferme à la rentrée, entre fiche de lecture, DST et partiel, autant de notes à venir qui me font trembler autant qu'eux.
Une petite parenthèse universitaire en guise d'intro qui laisse sa place à quelques bavardages en vrac : ce qui a occupé mon temps libre ces semaines passées et remplira mes journées prochaines.
Quelques pages à tourner.

Certaines collectionnent les sacs de luxe ou les vernis à ongles, d'autres se serrent la ceinture pour le plaisir de posséder de belles chaussures, d'autres encore n'en finissent pas de remplir armoires, placards et tiroirs. Mon vice à moi : les livres. Je ne sais pas entrer dans une librairie et en ressortir les mains vides, quelques minutes de furetage entre des tables couvertes de couvertures font naître mille envies. Et ces temps-ci, que de grands noms mis à l'honneur ! Des noms de femmes, de celles qui comptent pour moi plus que toutes les autres ; souvent présentées ensemble, leurs oeuvres forment un Salon idéal. Annie Ernaux, Joyce Carol Oates, Linda Lê auxquelles il faudrait ajouter Nancy Huston, des auteures qui ont décidé de partager leur intimité, avec humilité et générosité, la perte de l'être aimé, le choix de ne pas donner la vie, leur travail au jour le jour, autant de précieux présents à chérir. Aux écrivaines contemporaines se mêlent les artistes d'hier, souvent trop peu connues, parfois oubliées ou ignorées. A tort. Je poursuis donc ma découverte de Claude Cahun -amorcée par l'exposition au Jeu de Paume- avec l'acquisition de son recueil joliment intitulé Héroïnes et me réjouis de ma trouvaille inespérée, Vacances à Maison-Blanche d'Unica Zürn. Deux femmes fascinantes qu'on lie, par goût des étiquettes, au mouvement surréaliste, deux destins hors du commun et deux oeuvres d'une grande richesse dans lesquelles se plonger avec délicatesse, sans vouloir en percer chaque secret.
Deux univers à explorer, en DVD.

Le bon moment, la bonne personne. Voilà ce qu'il fallait pour découvrir (affronter ?) la série réalisée par Fassbinder -Berlin Alexanderplatz-, adaptée du roman d'Alfred Döblin. Délaissant un temps Franz, occupé à errer dans les bas-fonds berlinois, c'est vers les premiers films du Maître LVT qu'il faut se tourner pour se changer les idées. Ou pas.
Sériphile, oui mais...

Plus d'un an que j'ai tourné le dos au monde chronophage des séries, bien malgré moi dans un premier temps (mes déboires SFRiens d'une durée de quatre mois m'ont pas mal aidée), par obligation et par choix maintenant. Je m'accorde tout de même le plaisir de vivre au rythme de Wisteria Lane en suivant les mésaventures des Desperate Housewives (via M6 Replay qui s'avère bien pratique), petit moment de détente au retour de l'université. Mais mon heureuse découverte est la série This is England 86 que je me réserve pour les jours à venir. Seulement quatre épisodes (snif) mais la promesse d'un bon moment puisqu'ils nous permettent de retrouver Shaun et sa bande, les personnages du film écrit et réalisé par Shane Meadows qui a su proposer une vision honnête de la culture skinhead. Le seul effet secondaire possible ? L'envie d'écouter en boucle The Specials !
Un brin de chouchoutage.

Un petit tour chez le coiffeur qui aura réussi l'exploit de me réconcilier avec les mains d'argent. Un salon tout simple situé dans un quartier plutôt chic (Palais Royal-Musée du Louvre, qui dit mieux ?), une équipe de filles aimables et souriantes a qui j'ai confié mes cheveux bien trop longs et leur coupe informe. Une excellente compréhension entre nous, un même ras-le-bol de ces coiffeurs qui ne peuvent s'empêcher de tailler dans la masse et je suis repartie comblée, bouclettes au vent, longueurs conservées mais structurées, pour une somme tout à fait correcte. Aurais-je enfin trouvé MON coiffeur ?!
Sur les ailes de la danse.

Une belle enveloppe contenant un programme, celui des cours proposés par l'une des académies de danse que je fréquentais plus jeune. Un cadeau d'anniversaire de ma mère comblant une envie de longue date, celle de renouer avec une discipline longtemps pratiquée, avec rigueur et acharnement, sans doute un peu trop. Les rêves et les projets ont été capturés, étouffés par une réalité parfois un peu dure mais la passion ne s'éteint jamais. A un premier cours, suivi seul pendant quatre semaines, se sont ajoutés deux autres rendez-vous, dans une autre école. Trois cours hebdomadaires, quelques heures de pratique qui demandent beaucoup d'investissement et de ténacité mais récompensées par des progrès encourageants. Je suis ravie d'emprunter à nouveau le chemin qui me mène vers ces moments qui n'appartiennent qu'à moi mais que je m'empresse de partager avec enthousiasme. Exercices à la barre et adages, petite batterie et déboulé, demi-plié et grand jeté, pied dans la main et pirouette,... Une terminologie autrefois maîtrisée avec laquelle je renoue avec bonheur. Ces quelques heures parfois intenses sont complétées par la pratique régulière du yoga grâce à un cours très plaisant, dispensé par une femme douce et généreuse, auquel j'ai le plaisir de me rendre chaque semaine en très agréable compagnie. Des activités qui occupent très sainement mon temps libre et que j'espère pouvoir poursuivre encore longtemps.
Quelques notes de musique.


Les mois de novembre et décembre seront musicaux ou ne seront pas puisqu'à une liste déjà impressionnante de concerts programmés, deux viennent de s'ajouter et pas n'importe lesquels puisque L et Austra étaient nos deux actes manqués et regrettés de l'été. Rattrapages mieux que contrôlés.
Savourer l'automne et jouer à se faire peur.

L'automne est maintenant confortablement installée, il est donc grand temps de profiter des plaisirs que ces prochaines semaines ont à nous offrir. Thé de Noël et chocolat chaud, petites douceurs home made, balades le nez en l'air-les pieds dans les feuilles à travers les rues parisiennes, les parcs et les jardins, clémentines juteuses, tartines chèvre-figue, tartes salées et soupes variées,... Comment pourrais-je me lasser de ma saison préférée ? Et pour lancer les réjouissances (le bel été indien nous a fait prendre un peu de retard), on peut compter sur Halloween ! Que les mauvais esprits gardent pour eux leurs grands discours commençant par "C'est même pas une fête française". Que les langues perfides ravalent leur venin concernant les fêtes commerciales. Une occasion de s'amuser, de briser la routine même lorsqu'elle n'est pas installée, de profiter d'une nouvelle "première fois ensemble", cela ne se refuse pas. Pas de programme bien défini pour l'instant, juste l'envie de se blottir devant un film en buvant quelques verres de vodka noire et en grignotant quelques macarons aux couleurs de circonstance et aux saveurs divines, passion, café, praliné, caramel et réglisse, du noir et du orange, de la douceur pour mieux gérer la peur (la bonne excuse ;)).
D'une chose à l'autre, nous arrivons à la fin. De cet article mais aussi de ma première semaine de vacances marquée par une inoubliable et tellement attendue représentation de Tannhäuser à l'Opéra Bastille. Comme j'aimerais avoir le temps de vous en parler !
Je vous laisse et file préparer la semaine à venir. Beaucoup de films très excitants sont au programme : The ballad of Genesis and Lady Jay, Another Silence, Curling, Au seuil de la vie, Metropolis, Love and Bruises, Il était une fois en Anatolie, Les Géants,... Quelques expositions aussi, la rétrospective Diane Arbus ainsi que Beauté, Morale et Volupté dans l'Angleterre d'Oscar Wilde sont des priorités. Et pour le reste, du repos, de la détente, de la lecture, de belles promenades dans Paris, un peu de blogage et, bien sûr, l'organisation d'un prochain week-end entre Amiens et Lille (si vous avez de bonnes adresses à me souffler, je prends ;)).
Je vous souhaite à tous une très bonne journée halloweenienne ainsi qu'une excellente semaine, que vous soyez en vacances ou non.
Brunch @ Scarlett's Bakery
Suite de la Mission Rattrapage amorcée samedi avec cette fois-ci, pour bien commencer la semaine, une adresse cosy-girly idéale pour un goûter entre filles ou un brunch en amoureux.
Scarlett's Bakery, située à quelques mètres de la place de la Nation, est une cupcakerie toute de rose et de violet vêtue qui propose une carte sucrée-salée du genre alléchante. Cookies, Cheesecakes, Brownies et, bien évidemment, Cupcakes : ils sont venus, ils sont tous là, les petits gâteaux qui nous font immanquablement fondre de plaisir.

Pour le brunch, c'est le samedi et le dimanche que ça se passe avec trois formules à prix doux.
Le Brunch Plaisir à 13,80 euros se compose d'une boisson chaude, d'un jus d'orange, d'une corbeille de pain avec confiture et pâte à tartiner, d'une salade de fruits frais et d'un bagel au saumon fumé et Philadelphia.
Le Brunch Délice à 16,80 euros propose les mêmes douceurs que le Brunch Plaisir auxquelles viennent s'ajouter des pancakes au sirop d'érable.
Le Brunch Gourmand à 19,80 euros permet de compléter un repas déjà bien copieux (la formule du Brunch Délice) par des oeufs brouillés.
Pour égayer un samedi matin pluvieux du mois de juin, nous avons jeté notre dévolu sur la formule intermédiaire soit le Brunch Délice, pour notre plus grand plaisir.
Premier bon point : voir arriver sur notre table deux charmantes théières ainsi que du thé en sachet provenant du Palais des Thés (au choix). Le thé proposé dans le cadre d'un brunch est un détail qui compte réellement, je suis certaine que vous serez nombreux à partager mon point de vue. Quoi de plus triste qu'un simple sachet Lipton pataugeant dans une tasse palichonne ?

C'est donc avec une bonne tasse de tasse que nous ouvrons le bal, tout en recouvrant généreusement quelques tranches de pain grillé de confiture et de Nutella. J'ai beaucoup apprécié que le serveur, très aimable, nous propose une seconde corbeille de pain sitôt la nôtre terminée, ainsi que de l'eau chaude en cours de brunch pour quelques tasses de thé supplémentaires.

Se succèdent ensuite d'autres gourmandises : salade de fruits et bagel au saumon servi avec son petit pot de Philadelphia qui fait toute la différence.



Alors que nous étions déjà largement rassasiés, la petite touche sucrée finale a fait son entrée : trois pancakes très épais accompagnés de sirop d'érable. A ce stade du brunch, la faim n'était plus suffisante pour que nous puissions apprécier comme il se doit ces dernières douceurs. Aussi, je pense très honnêtement qu'un Brunch Plaisir, la première formule à 13,80 euros, est largement suffisant pour les appétits modestes. N'empêche, une fois les pancakes sous notre nez, nous n'avons pas boudé notre plaisir même si j'ai, pour ma part, trouvé qu'ils manquaient de moelleux.

Pour résumer, Scarlett's Bakery est une adresse que l'on souhaite adopter, idéale avant un film au MK2 Nation ou une balade anti-"mean reds" au Printemps ; un petit salon de thé accueillant, agréable et bien tenu, proposant des produits de qualité (les cupcakes ont été validés ^^) à des prix très honnêtes.
15, rue Léon Frot, Paris XI°
Wok Cooking : une cantine asiatique originale à Bastille
Une éternité que je n'ai pas partagé avec vous une de mes découvertes gourmandes et pourtant ce ne sont ni les bons plans ni les illustrations qui manquent, mes errances nocturnes parisiennes me conduisant bien souvent vers des antres de perdition gustative.
Je déclare donc ouverte la Mission Rattrapage qui commence dès maintenant avec une adresse très sympathique située à deux pas de la rue de la Roquette et qui m'a séduite par son concept original et ses produits de qualité.
Parler d'un concept original est en effet la meilleure façon de décrire Wok Cooking. Dans cette vaste cantine au décor épuré où la cuisson au wok est mise à l'honneur (ah bon ?!), il est recommandé, non seulement, d'avoir bon appétit, mais aussi d'être super balaise en jeux d'adresse. Et oui, se concocter un bon wok se mérite ! Démonstration en quatre étapes.
Tout d'abord, il faut choisir la base du wok. L'alternative est simple : riz ou nouilles nature.

Puis on prend la direction du buffet qui propose des ingrédients variés : plusieurs viandes et poissons mais également une dizaine de légumes différents. C'est là qu'il faut se souvenir des dimanches pluvieux rythmés par de nombreuses parties de Mikado : la dextérité est de mise pour remplir son bol d'un savoureux mélange (attention à ne pas être trop audacieux).


Enfin, un bol débordant en main, on se dirige vers deux toqués-wokés qui, après avoir aidé les plus indécis à choisir une sauce (salée, sucrée, piquante) et trois condiments (coriandre, cacahuètes, citronelle, menthe...), font revenir sous nos yeux ébahis ce concentré d'exotisme.



Même si le côté ludique-insolite de cette préparation est vraiment appréciable, il faut avouer que la quatrième étape est la plus attendue : la dégustation !


Pour une somme qui m'apparaît raisonnable (15 euros), la qualité et la quantité étant au rendez-vous, Wok Cooking permet de passer un moment très agréable, hors des sentiers battus de sushiland and co. Plutôt chouette !
25, rue des Taillandiers, Paris XI°


