Vous vous souvenez de vos cours de philo ? Moi oui, car c'était l'horreur ! Depuis mon premier jour de lycée, j'attendais impatiemment d'entrer en Terminale pour avoir enfin le droit à l'enseignement suprême. Ma meilleure amie, qui avait une classe d'avance sur moi, me parlait de ses cours des nuits entières, de Schopenhauer, de Kant et surtout de Sartre, dont la célèbre formule "l'existence précède l'essence" me fascinait, tandis que moi, je rongeais mon frein en Première, avec pour seule compagnie Laclos et Ronsard.

Quand le grand jour est arrivé, j'étais excitée comme une gamine. Et là, grosse déception. La prof était super-molassonne, elle nous présentait les choses de manière décousue et surtout sans aucun enthousiasme. Même bourrée à 3 heures du matin ma copine faisait mieux. Du coup, j'ai passé une année philosophiquement pourrie, je n'ai rendu aucun devoir et j'ai séché la plupart des cours du dernier trimestre (ce qui devait bien arranger la prof finalement, soulagée de ne pas à dire "Chuuuuuuuuttttt !" trois heure d'affilé.

Mais cette mauvaise rencontre n'a en aucun cas gâté mon amour pour la philo. J'ai tout appris par moi-même, dans des très bons livres écrits par des gens pour qui le mot "pédagogie" avait un sens.

Si je vous parle de tout ça, c'est parce qu'hier soir, à 1h30 du matin, je suis tombée sur Philosophie présentée par Raphaël Enthoven sur Arte. J'avais entendu parlé de cette nouvelle émission mais je n'avais jamais eu l'occasion de la regarder. Et bien à partir de maintenant, je ne râterai plus un seul numéro ! Cette émission est vraiment très bien faite, intéressante et très accessible. Enthoven accueille chaque semaine un invité avec qui il débat d'un sujet. Hier soir c'était "La mélancolie" -et avant cela, "le pouvoir", "le mélange", "la responsabilité", et "la laideur".

Ce qui m'a séduite, mis à part le physique du présentateur (oui, ba c'est bon, je suis une fille avant tout ! ), c'est la construction de l'émission. Le présentateur et l'invité ne sont pas bêtement assis dans de confortables fauteuils, à débattre entre eux, en utilisant des mots incompréhensibles par nous, pauvres ignards. Ils évoluent dans une pièce qui regorge de petits trésors qui permettent de rythmer l'émission. Le sujet de l'émission est illustré par des photos, des objets, qui permettent de relancer la discussion sous un angle nouveau. Par exemple hier, la mélancolie était tout d'abord illustrée par deux photographies d'Hamlet (Laurence Olivier et Mel gibson), personnage incarnant parfaitement la mélancolie, puis nous était présentée la sculpture hyperréaliste de Ron Mueck Big Man, qui avait notamment servie pour l'exposition Mélancolie au Grand Palais. Devant cette oeuvre impressionnante, le philosophe et son invité s'interrogeaient sur la mélancolie d'Adam ; le premier homme est-il le premier mélancolique ? Ensuite, devant une photographie de Raymond Depardon, le présentateur nous proposait une réflexion sur les paysages mélancoliques. L'émission se terminait sur une interrogation : peut-on de guérir ou non de la mélancolie, devant une pile de médicaments.

HamletOlivier

ron_mueck_big_man_2

L'émission de trente minutes passe à une vitesse folle. Elle ne nous apprend rien de bien extraordinaire mais permet d'appréhender la philosophie d'une manière vraiment originale. Raphaël Enthoven en présentateur se débrouille plutôt bien -j'ai surtout remarqué sa diction plus que parfaite- même s'il a tendance à imposer son point de vue à l'invité (enfin ça, c'est ce que j'ai ressenti derrière mon petit écran).

Pour compléter l'émission, le site Internet d'Arte propose un récapitulatif des oeuvres citées, la bibliographie de l'invité et des ouvrages pour ceux qui voudraient creuser un peu le sujet.

Si mes cours de philo avaient été présentés de cette façon la prof m'aurait vue un peu plus souvent !

En tout cas, si je vous ai donné envie de voir cette émission, le prochain numéro, consacré au corps, sera diffusé dimanche à 13h, et celui sur la mélancolie repasse ce soir à 1h30 puis lundi 24 novembre à 11h25. Voilà, vous savez tout !