la_voixCe troisième roman d'Arnaldur Indridason est un joli conte de Noël islandais... Non, mais vous rêvez là ! Ce serait mal connaître l'auteur ! Si ce troisième ouvrage compte bel et bien dans son casting un Père Noël, celui-ci sent le sapin : portier dans un grand hôtel de Reykjavik (et Père Noël à ses heures), Gulli est retrouvé dans le trou à rat qui lui sert de logis le pantalon sur les genoux, le bestiau à l'air, le préservatif toujours enfilé et surtout poignardé. C'est donc pendant les longues fêtes de Noël que le commissaire Erlendur et ses acolytes, Erlinborg et Sigurdur Oli, vont devoir mener l'enquête.

Comme on s'y attend, la période des fêtes de fin d'année n'est pas la période préférée du commissaire, toujours aussi taciturne malgré le rétablissement de sa fille. Il décide alors de s'installer dans l'hôtel où travaillait Gulli comme portier et homme à tout faire, pour le bien de son enquête mais surtout pour fuir l'excitation de Noël. Etant donné que personne ne semble rien savoir au sujet de Gulli, à part le fait qu'il vit dans un placard amélioré dans les caves de l'hôtel depuis des années, la première mission d'Erlendur sera donc d'en découvrir davantage sur la victime afin de découvrir son assassin. Son enquête va le mener vers la famille de ce Gulli, qui a coupé les ponts avec lui depuis des dizaines d'années, vers des collectionneurs de 45 tours, amateurs de voix d'enfants, mais aussi vers la drogue, la prostitution, bref, sur la route du glauque.

Malheureusement, si tout cela s'annonçait prometteur, je n'ai pas été séduite par ce roman trop lent, par cette enquête trop décousue et par cet Erlendur statique, comme engourdi par le froid.

C'est dommage car il y a bien des points positifs dans ce roman mais ils ne suffisent pas à faire de La Voix un policier aussi plaisant que La Cité des Jarres ou La Femme en vert.

Comme dans ses deux précédents romans, Arnaldur Indridason se sert du passé pour faire la lumière sur le présent et ainsi mieux le comprendre. On a donc de nombreux flash-back qui nous permettent de découvrir l'enfance de Gulli mais ces passages sont tellement lourds qu'ils finissent par nous sembler inutiles au déroulement du récit. Parallèlement à l'enquête d'Erlendur, on découvre une enquête qu'a menée Erlinborg. Si celle-ci est très intéressante dans un premier temps (presque plus intéressante que l'enquête d'Erlendur), elle nous laisse carrément sur notre faim. C'est dommage...

Je pense que La Voix souffre beaucoup du fait qu'il met trop à l'honneur le commissaire. Dans La Femme en vert, on découvrait son lourd secret qui nous permettait de mieux comprendre son caractère renfermé, mais dans La Voix, on retrouve notre Erlendur totalement écrasé par sa douleur, tellement focalisé sur elle qu'il ramène chaque point de son enquête à sa propre vie. On le sent totalement impuissant, comme subissant chaque journée comme une lourde peine. Je n'ai pas non plus adhéré au personnage de la technicienne qui tape dans l'oeil d'Erlendur. Elle est inutile, même si on est heureux de voir notre bon commissaire retrouver un semblant de vie sociale, et n'apporte rien au récit.

L'enquête en elle-même ne m'a franchement pas passionnée non plus, comme je le disais plus haut, elle est décousue, lente et lourde. On a vraiment l'impression que tout ça ne va jamais finir. Et pourtant... Il y a bel et bien une fin, mais celle-ci est tellement décevante qu'on aurait préféré qu'elle n'arrive jamais ! Torchée en vingt pages, complétement bâclée, prévisible et idiote, elle ne m'a pas du tout surprise.

Ce qui est dommage c'est qu'il est vraiment nécessaire de lire les romans d'Arnaldur Indridason dans l'ordre et surtout de ne pas en sauter un, sinon mon bon conseil du jour aurait été : passez votre chemin.