Depuis que nous nous sommes quittés il y a de ça une dizaine de jours, mes chers amis, il s'est passé quelque chose d'atrocement horrible : je suis tombée malade. Pas juste un peu malade, genre toussotements et gouttes au nez. Non. Malade comme un chien, avec un affreux mal de tête, la gorge en feu et des frissons permanents. Ceux d'entre vous qui me lisent régulièrement ont peut-être retenu ma passion pour les cochons que je collectionne sous toutes les formes. Je m'appelle Emma et je suis porcinophile. Vous imaginez donc que depuis presque deux semaines j'entends : "la grippe porcine était la seule chose qui manquait à ta collection". Non mais. Les gens ont un humour douteux parfois. Point de grippe piguesque pour moi mais, à force de tousser, une voix de bûcheron qui, à côté de moi, ferait passer Macy Gray pour Carla Bruni.

C'est donc avec une fièvre de cheval et une tête de déterrée que je me suis rendue lundi dernier, le 8 juin pour être précise, au Bataclan pour assister au concert de Social Distortion, Social D. pour les intimes.

Comme le Bataclan se trouve plus ou moins dans mon coin, j'ai pris l'habitude d'y aller à pied, sauf que lundi 8, je ne sais pas si vous vous en souvenez, le Déluge s'est abattu sur Paris. Et qui c'est la co-conne qui sort une station de métro trop tôt et qui doit finir le chemin sous la flotte ? No comment.

Arrivée trempée dans la salle, j'espère pouvoir me sécher rapidement. Mais c'était sans compter une atmosphère tropicale ! Le Bataclan est une véritable fournaise, il y fait extrêmement chaud et surtout très humide. Je suis aussi mouillée qu'un vieux gant qui traîne sur le rebord de la baignoire, sauf que je ne sais plus très bien si c'est de pluie, de transpiration ou de fièvre.

Une introduction un peu longue dans le seul but de susciter chez vous chers lecteurs un peu d'empathie !

Je prends place au balcon, même pas en rêve je m'aventurerais dans la fosse au lions, sur mon fauteuil habituel. Petit tour d'horizon du public : des jeunes branleurs gominés, des vieux tatoués gominés et beaucoup de blousons noirs. C'est bon, je ne me suis pas trompé de jour, on vient bien tous applaudir Social Distortion, THE groupe de rock'n'roll.

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Une affiche à l'entrée de la salle nous informe de l'absence d'un des groupes de première partie, The Bones. Déception pour certains, soulagement pour moi-même : ça fera toujours cinquante minutes en moins dans cet antre du Diable.

Il n'y aura donc qu'un seul groupe pour nous faire patienter avant l'arrivée des Social D., The Durango Riot, groupe dont je n'ai jamais entendu parler. C'est donc une totale découverte pour moi et surtout un méga coup de coeur, ce qui est une grande première car généralement les premières parties sont chiantes comme la pluie. The Durango Riot est un groupe créé en 2006 et qui a sorti son album Telemission en 2007. Formé de quatre jeunes hommes, il propose un rock aux sonorités old-school mêlé à un bon son punk, très mélodique. Rien de nouveau sous le soleil donc, mais j'ai été plus que séduite par leur prestation, particulièrement par celle du chanteur-guitariste qui déploie sur scène une énergie incroyable et très communicative. Les morceaux s'enchaînent mais ne se ressemblent pas, on note même, au cours d'un même titre, des changements de rythme hyper maîtrisés, rendant ainsi le morceau très vivant, jamais lassant, jamais répétitif. Après quelques recherches, j'ai découvert que ce groupe venait... de Suède ! Les pays scandinaves me collent à la peau !

durango

Après une beaucoup trop longue interruption, Social Distortion entre enfin dans la lumière. Le leader, le charismatique Mike Ness ferme la marche sous les cris hystériques des fans. Et soudain, un phénomène étonnant se produit : des dizaines de petites lumières s'allument dans la fosse. Kézako ? Des briquets ? Non ! Nous ne sommes pas à un concert de Patrick Bruel. Mais qu'est-ce donc alors ? Et bien ce sont des putains de téléphones portables et autres appareils photo que les lions de la fosse braquent devant le nez du pauvre Mike, que je plains soudainement de se décarcasser non pour un public de chair humaine mais pour des centaines de petites boites argentées. C'est quoi cette nouvelle manie de regarder un concert à travers l'écran de son APN ? ! C'est n'importe quoi, non ?

Enfin... Laissons les lions et revenons à nos moutons (La Fontaine aurait pu écrire une Fable en direct du Bataclan !)

Quelques infos sur Social D.

Le groupe, en provenance du comté d'Orange en Californie, est formé en 1978 par Mike Ness et enregistre son premier album, aux sons résolument punk, Mommy's Little Monster, en 1982. Mais ce bon Mike est un mauvais garçon : délinquance, drogues, séjours à l'ombre, il met en péril la survie du groupe qui manque de se séparer. En 1988, le groupe sort son deuxième album, Prison Bound, aux sonorités plus rock'n'roll. Parallèlement, Mike Ness se lance dans une carrière solo, et sort deux albums aux influences blues, rockabilly et country, très Jonnhy Cash. Le dernier album de Social D. sort en 2004. Sex, Love and Rock'n'roll est plutôt agréable à écouter mais définitivement propret et aussi doucereux que son titre. Social D. prend de l'âge mes amis !

Social_Distortion_2004

Et cela se voit sur scène. Bien sûr, il y a beaucoup d'énergie et Mike Ness est un artiste passionné et vraiment fascinant que j'ai pris plaisir à voir sur scène (il est aussi super canon, aussi sexy que les déménageurs dans la pub Coca-Cola, vous vous souvenez ? ! )

"And I just wanna make... love to youuuuu" !

mike_ness

Néanmoins, il manquait un petit quelque chose à l'ensemble, un grain de folie, un brin d'esprit punk que Social D. a apparemment définivement perdu. Habituée aux festivals à deux balles (c'est pour la beauté de la rime), où les mecs hurlent "fuck, fuck, fuck" toutes les cinq minutes, j'avoue que ce concert-là m'a quelque peu destabilisée ! Sans compter que la voix grave et sensuelle de Mike Ness n'était vraiment pas mise en valeur, trop couverte par les instruments. C'est dommage.

Comme toujours lorsque je vois sur scène un groupe mythique, formé avant même ma naissance, je suis ravie, mais d'un autre côté, je suis triste d'être née si tardivement. J'ai l'impression d'avoir manqué la fête...

Pour finir, le Bataclan est vraiment une salle que je déteste. Impossible de tenir jusqu'au bout du concert avec cette chaleur étouffante, j'avais l'impression que l'air que je respirais pesait une tonne. J'ai résisté jusqu'à la fin du premier rappel mais je n'avais plus la force d'attendre la fin du second. Merci le Bataclan...