Cela va bientôt faire deux semaines que je dois rédiger cet article mais je n'arrive pas à me lancer. ça me fait toujours ça lorsque je dois parler de sujets qui me tiennent à coeur ou d'événements qui ont suscité en moi une trop vive émotion. J'ai peur de mal dire, de ne pas réussir à partager toutes mes impressions avec vous et que vous vous disiez "ba dis donc, elle s'emballe pour un rien la naine !". Il aurait fallu que je me mette à l'oeuvre le soir même pour vous faire profiter de tout mon enthousiasme mais j'étais trop excitée pour aligner trois phrases cohérentes. Cela aurait donné : "putain, c'était trop bien, putain, j'veux trop y retourner, putain, Dita elle est trop belle" et enfin "putain, les gens sont des gros cons."

Cette dernière exclamation mérite quelques explications qui me permettront d'entrer enfin dans le vif du sujet.

Dimanche 13 septembre donc, j'arrive au Casino de Paris avec plus d'une heure d'avance. Je déteste être en retard aux spectacles, par respect pour les artistes et les spectateurs mais aussi parce que je déteste être le centre d'attention. J'ai donc tout le temps d'observer les spectateurs qui arrivent au compte-gouttes : beaucoup de couples et beaucoup de bandes de filles, des adolescentes, des trentenaires très "assistantes de direction" mais aussi des dames très "maison de retraite des pignons verts" ! Je les trouve évidemment adorables et ne peux m'empêcher de penser : "est-ce que je serai toujours passionnée par les plumes et paillettes à soixante-dix ans ?" Sincèrement, j'espère que oui !

Le Casino de Paris est une très belle salle, mythique évidemment, mais qui reste pour moi la salle où j'ai assisté au concert des Wampas. Même en talons hauts et bouche en coeur, je reste une indécrottable punk ;)

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Je prends place et m'attends à assister à la première partie du spectacle en observant... les spectateurs ! J'imaginais une belle assemblée de gens bien mis, de filles bibis vissés sur la tête, d'hommes en costumes. Et bien que nenni mes amis, les gens ne savent plus s'habiller pour sortir ! Cela ne date pas d'aujourd'hui c'est vrai. Ma mère me raconte toujours cette soirée où elle et mon père étaient allés voir Cyrano de Bergerac au théâtre, elle en tailleur, talons et fourrure, lui en costume, alors que la plupart des spectateurs étaient en guenilles (guenilles dans le langage de ma mère = jean, chaussures non cirées). Bref. Si j'ai pu lire dans quelques articles de blogueuses ayant assisté à la Revue que le spectacle avait lieu sur scène et dans la salle, vous ne lirez pas ça ici ! Oh ça non ! Je peux compter sur les doigts d'une main les personnes habillées dans un style disons "cabaret" pour faire plus général, et il ne me faudrait pas plus de deux mains pour faire le compte des personnes qui n'étaient pas en jean/ Converse. Bien sûr, il n'est pas obligatoire de bien s'habiller pour sortir mais je trouve ça dommage car rares sont les occasions de troquer nos habits quotidiens pour des tenues un peu plus originales et festives.

Ce n'est évidemment pour pour ça que j'en ai après "les gens".

Je continue.

Le rideau se lève et des places au premier rang sont encore libres (je suis au deuxième rang). Tous les chacals du fond se jettent littéralement dessus comme si leur vie en dépendait, sans attendre de savoir si elles n'appartiennent pas à des retardataires ! Conclusion, joyeux bazar dans la salle quand des spectateurs arrivent enfin pour occuper leurs places avec dix voire vingt minutes de retard ! Tous ces va-et-vient m'ont tout simplement gâché tout le début de la première partie. J'avais juste envie d'étriper tout le monde : les buses squatteuses de places et les retardataires ! Comment peut-on arriver en retard un dimanche ?!

C'est donc très agacée que je tente de me plonger dans l'ambiance (alors qu'en fait j'ai envie de fumer dix clopes d'un coup tellement je suis gavée). Sur scène, un film muet (avec une belle faute d'orthographe dans les sous-titres mais chuuut !!!), avec Julietta la Doll en vedette, nous montre le rêve d'une serveuse : devenir une star. Le film s'achève sur la concrétisation de son souhait et Julietta la Doll descend le grand escalier central, dans une magnifique robe-fourreau. Le spectacle a commencé depuis cinq minutes et je me consume déjà de jalousie !

Changement de décor et nous nous retrouvons dans une rue du Paris des années 50 (très cliché, du genre à faire roucouler les Américains). Nathalie Lhermitte, la vedette de la pièce sur Edith Piaf, chante L'accordéoniste tandis qu'un homme et une femme se lancent dans un tango endiablé. Elle est une fille de joie, lui son mac, il l'attrape, la fait tourbilloner, la jette au sol. C'est d'un côté magnifique de violence et d'un autre très gênant pour ce que cela représente.

Suit la première apparition des Gentry Girls, façon Marilyn Monroe, puis un vrai faux magicien qui fait semblant (ou pas) de rater ses tours. C'est le pire passage de la soirée, incroyablement long, lent, inutile. Même si l'idée de base est vraiment très sympayhique, permet de varier les numéros de la revue, on se serait bien passés de celui-ci !

Le magicien foireux et sa boite à malice laissent place au fameux grand escalier rétro-éclairé sur lequel apparaît l'ombre longiligne d'une Joséphine Baker. Bananes autour de la taille, elle se met à onduler, à vibrer, à danser comme une diablesse. La Revue Nègre ressuscitée ! Sauf que notre Joséphine doit plutôt s'appeler... Joseph ! L'effet de surprise est vraiment réussi et rend la fin du numéro encore plus jouissive ! Le danseur est excellent, plein d'entrain, nous donne envie de taper dans les mains (ce que personne ne fait, le Français est pudique !).

Le rideau tombe sur ce divin numéro et se relève sur un immense vert de Cointreau. Je broie le genou situé près du mien (un genou connu, ne vous inquiétez pas !) et de très vifs applaudissements permettent aux moins alertes de réaliser que Dita s'apprête à entrer en scène, sur la musique so frenchy de Serge Gainsbourg, Comic Strip.

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J'étais vraiment impatiente de découvrir son célèbre numéro, Be Cointreauversial, vu mille fois sur Internet (dans sa version Martini). Ce numéro est vraiment très spécial pour moi puisque c'est dans un verre que j'ai fait la connaissance de la belle Dita, il y a bien sept ans maintenant, dans le clip mObscene de son futur-ex-mari de l'époque, Marilyn Manson.

dita_cointreauversial

Si je peux blablater et broder pendant des heures sur l'ensemble de la revue, je suis incapable de vous décrire avec précision ce que mes yeux ont vu pendant dix minutes. Dita est sublime, encore plus belle en vrai que sur toutes les photos que j'ai pu admirer. Elle est incroyable, hypnotisante, à vous coller des frissons. Chacun de ses mouvements, chacune de ses poses sont un nouvel enchantement. Elle est d'une telle grâce, un simple battement de cil suffit à nous rendre fous. C'est là qu'on s'aperçoit que nous ne sommes pas tous égaux. Dita a juste à lever un bras pour que la salle hurle son admiration. ça peut sembler stupide, on peut penser que le public l'applaudit simplement parce qu'elle est Dita, un nom, presque une marque maintenant. Il y a bien de ça, j'en suis sûre, mais pas seulement. Cette femme est faite pour être sur une scène, elle accroche la lumière, attire les regards et enflamme les esprits. Elle tournoie dans son verre, asperge la scène (et peut-être les premières tables), elle est espiègle et sexy, joueuse et d'une précision indiscutable.

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C'est Gentry qui enchaîne juste derrière alors que nous sommes encore tous complètement abasourdis. Le tableau est magnifique, elle descend du ciel, entourée de ses girls, une épaisse fumée blanche envahit la scène et nous donne l'impression d'être au paradis. Malheureusement, je n'ai pas pu profiter de cette partie du spectale puisque le couple devant moi, sans doute incapable d'attendre l'entracte, ne cessait de bouger : un coup à gauche, un coup à droite. Insupportable.

Le rideau tombe pour une pause de vingt minutes, le temps de faire un tour dans le hall où un bar sert coupe de champagne et cocktail au cointreau (ba tiens !).

Le rideau se relève sur une fête forraine, un décor vraiment adorable bien qu'encore une fois très cliché, très "truc à touristes". Un Monsieur Loyal, fort sympathique et très bien dans son rôle, nous annonce alors l'entrée en scène de la fille "la plus chaude du show" et Gentry nous propose un déshabillage dans les règles sur It's too darn hot. Si le petit gabarit de Gentry m'interpelle toujours et m'empêche de la trouver réellement sexy, j'ai trouvé son numéro de qualité. Elle bouge très bien, met de l'ambiance et est surtout amusante. L'humour est, pour moi, une donnée importante du burlesque et il faut bien dire que si Dita est sublime et talentueuse, elle est du genre femme fatale, pas tellement fun ! Gentry, elle, nous envoie mille sourires et une bonne dose de bonne humeur. Monsieur Loyal annonce ensuite une créature enchanteresse (adjectif suivi de l'intégralité du dictionnaire des synonymes), une femme-fleur, répondant au doux nom de Millicent Binks. Millicent, celle que j'attendais le plus après Dita ! Elle se présente comme une petite ballerine, avec ses bas verts et ses pointes assorties (la chanceuse !). En guise de déshabillage, elle nous offre un véritable effeuillage, dans tous les sens du terme ! Une à une, la femme-fleur se débarasse de ses pétales, dans un numéro charmant et plein de poésie. Elle est rapidement suivie par Julietta la Doll, dans un numéro de Ballon-Pop tout aussi craquant. Elle est couverte de ballons, qui la font ressembler à une barbe à papa, et qu'elle explose un à un à l'aide d'une aiguille.

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C'est de nouveau un homme qui prend place sur la scène. Mais pas n'importe lequel : Charlot ! Oui Madame ! C'est Warren Speed qui s'est glissé dans le costume du célèbre personnage de Charlie Chaplin, dont il copie la démarche, les mimiques et même la célèbre danse des petits pains (irrésistible !) jusqu'à ce que le démon de la danse prenne possession de lui et l'entraîne dans un strip digne des meilleures effeuilleuses ! Le public se réveille d'un seul coup et se permet des hurlements qui auraient leur place dans une représentation de chippendales ! Warren Speed joue le jeu jusqu'au bout et nous fait rire en nous dévoilant ses cache-tétons sur sa poitrine absente et... ses fesses ! Grand moment également lorsqu'il ôte ses chaussettes comme une effeuilleuse retire ses bas ! Un bon moment de rigolade !

speed

Et c'est enfin (ou plutôt déjà) l'heure du second numéro de Dita, inédit en Europe, The Opium Den. Le rideau se lève sur un pavillon chinois entouré d'un rideau transparent à travers lequel on devine une silhouette tenant une longue pipe. Dita sort du pavillon sur un Lullaby version sino-électro totalement envoûtant et entame un strip carrément affolant. La température de la salle a dû sérieusement augmenter à ce moment-là ! Dita enchaîne les poses lascives, fait onduler son magnifique corps, se suspend langoureusement à des cordes suspendues au plafond du pavillon ; elle ferait fondre un dolmen. Mais ce n'est pas fini. Alors qu'elle entre de nouveau dans le pavillon, des mains gantées de rouge sortent du rideau et caressent sensuellement son corps entièrement dénudé. Dans le genre loup de Tex Avery, avec langue pendante et yeux exorbités, le public se pose là !!

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Le final, façon spectacle de fin d'année où tous les participants se retrouvent sur la scène en chanson, est d'une banalité affligeante et presque mal venu après le choc Dita.

Les lumières se rallument bien trop vite et il faut déjà rentrer. Je me console avec mon petit programme que je dévore dans le métro puis que je tourne et retourne une fois couchée.

C'était un spectacle vraiment magique, avec des numéros variés, d'une qualité inégale certes mais réalisés avec passion. Même si Dita était la perle de la soirée, la revue de Gentry était pour elle un bel écrin.