La_BellePlus qu'une toute petite semaine pour aller applaudir la nouvelle création du chorégraphe lyonnais Nasser Martin-Gousset au TNC.

J'y suis allée vendredi soir et en suis ressortie totalement enchantée ! Cette saison à Chaillot, placée sous le signe du merveilleux, promet d'être grandiose et je peux déjà dire qu'elle commence très fort !

Dans son nouveau spectacle hybride, Nasser Martin-Gousset s'attaque au célèbre conte La Belle au Bois Dormant, vous savez, cette princesse qui a dû dormir cent ans, ainsi que tout son royaume, avant d'être réveillée par un doux baiser de son prince.

On retrouve sur scène les cinq personnages principaux du conte : le roi (Bruno Sajous) et la reine (Christelle Gasiglia), le prince (Mathieu Calmelet) et la princesse (Axelle Lagier) et bien sûr, la méchante sorcière (Vanessa Le Mat) qui, rejetée par le roi a décidé de se venger en jetant un sort à sa progéniture.

Cette nouvelle version dansée du conte est incroyablement moderne et ressemblerait presque davantage à une comédie musicale qu'à un ballet tant les chansons et leurs textes ont de l'importance. En effet, chaque personnage interprète par la danse sa propre chanson qui le caractérise ou exprime ses pensées. Pour ne pas tout vous gâcher mais vous donner un exemple, la très jolie princesse, présentée ici comme une adolescente un peu trop gâtée, couvée et capricieuse, danse, saute sur son lit et fait la moue sur Your kisses are wasted on me des Pipettes ! Dans l'ensemble, les titres choisis sont très rock ou appartiennent au registre des années 80 : Kate Bush, The Kinks, T.Rex, mais il y a aussi, dans ce spectale, une dimension très cinématographique. Loin de me faire penser au dessin-animé de Disney, l'oeuvre de Nasser Martin-Gousset semble plutôt loucher du côté du cinéma expressionniste et de Tim Burton pour sa partie sombre et du côté de Jacques Demy pour sa partie coloré, naïve et poétique.

La Belle est à prendre au second degré ; un second degré qui ne passe pas ici par le langage, par les mots, mais par le langage du corps et l'image. Le décor et la scénographie de Goury m'ont totalement conquise : des ombres d'arbres inquiétants en guise de fond, un immense lit qui fait office de scène, et une maquette de château en bois avec lequel le roi s'amuse comme un gosse avec ses playmo !

J'ai aimé de cette pièce son second degré, vous l'aurez compris, mais aussi sa modernité, sa fraîcheur, son ton décalé, inattendu, son esthétique désuette, un peu kitsch, sur laquelle l'ombre de Jacques Demy plane réellement (la musique de Michel Legrand en prime). Néanmoins, si les danseurs sont en perpetuel mouvement, il y a finalement peu de passages dansés à proprement dit. Un pas de deux sensuel entre le prince et la sorcière, un bien plus drôle mais romantique entre le même prince et sa princesse, mais à part ça, les amoureux des pointes, des tutus et des arabesques peuvent repasser !

Concernant l'histoire, Nasser Martin-Gousset a choisi de nous montrer le véritable fond du conte de Perrault, qui évoque la sensualité et la sexualité ainsi que l'éveil des sens à l'adolescence. La sorcière est divinement sexy et sensuelle, toute de rouge vêtue, elle se caresse sur le grand lit (rouge lui aussi) tandis que le prince la filme. La princesse, elle, joue les ingénues dans sa chemise d'homme et sa culotte froufroutante qui, à mon avis, émoustilleraient plus d'un mâle ! La musique 80's me semble donc être un choix parfait pour exprimer cette envie de liberté et de découverte inhérente à l'adolescence.

Cette "réécriture" apporte donc tout ce qu'on attend d'elle en offrant une lecture inédite et personnelle d'une histoire connue de tous, qui a traversé les années.

Jusqu'au 27 novembre au Théâtre National de Chaillot, M° Trocadéro.