le_vent_de_la_plaine_afficheDepuis mercredi, il est possible de voir dans les meilleures salles de cinéma, une version toute neuve, toute belle, du Vent de la plaine, western riche et puissant signé par John Huston. A cette occasion, la Filmothèque du quartier latin propose, jusqu'au 2 mars, un festival entièrement consacré à l'adorable Audrey, avec au programme ses grands classiques, comme l'incontournable Diamants sur canapé, mais aussi des films plus rares comme La rose et la flèche, La Rumeur ou encore Always, que je ne peux que vous conseiller.

Revenons vite au Vent de la plaine, un film qui se démarque vraiment dans la filmographie d'Audrey puisqu'il est son seul western. Néanmoins, si le western n'est pas le genre de prédilection de l'actrice, on sait qu'elle aime tenter de nouvelles choses, se renouveler en permanence afin de gommer son image de jeune fille en fleur qui lui colle à la peau depuis Vacances Romaines.

Alors qu'elle vient d'apprendre qu'elle attend un enfant (de son époux Mel Ferrer), elle décide d'accepter le projet de Huston, qui lui apparaît comme la meilleure des solutions pour ne pas se focaliser sur sa grossesse. En effet, avoir un enfant est le rêve absolu d'Audrey qui peine à devenir mère : "Quand je suis devenue enceinte, j'ai pensé que c'était la volonté de Dieu. (...). En général, cela finissait toujours par me rendre nerveuse. Nous nous sommes dit que le film serait un bon stimulant pour moi."

Un tournage peut en effet être vu comme le meilleur des stimulants mais il faut bien avouer que celui-ci s'annonçait périlleux.

Dans Le Vent de la plaine, Audrey incarne Rachel Zachary, une jeune fille adoptée par des pionniers lorsqu'elle n'était qu'un bébé. Alors qu'elle approche de la vingtaine, un homme mystérieux colporte une rumeur selon laquelle elle serait une Indienne, enlevée à sa tribu. Alors que les Blancs se retournent contre la famille Zachary et exigent que Rachel soit rendue aux siens, les Indiens sont prêts à tout pour la récupérer, même de force.

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Le tournage, qui a lieu au Mexique, se déroule donc dans des conditions extrêmes. L'équipe du film est logée dans un hôtel où l'hygiène est plutôt médiocre, le climat est tout sauf agréable : il fait une chaleur du diable dès le matin et le vent souffle sans cesse, soulevant des vagues de poussière, et les relations entre les membres de l'équipe -que la chaleur rend irritables- ne sont pas au beau fixe, particulièrement entre Burt Lancaster et John Huston.

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Mais Audrey, comme toujours, souhaite donner le meilleur d'elle-même et insiste pour être de toutes les scènes. C'est ainsi qu'elle se retrouve à chevaucher un étalon capricieux qui la fera chuter. La frêle jeune femme est victime de graves blessures et doit être rapatriée à Los Angeles où elle reste alitée pendant plusieurs semaines. Par chance, son bébé se porte bien. Trois semaines après l'accident, Audrey décide de reprendre le tournage mais elle doit voyager allongée, et reprendre cette position entre chaque scène. De plus, elle doit porter un corset en permanence. Mais le courage et l'aplomb de l'actrice sont une nouvelle fois prouvés lorsqu'elle décide de ne pas se faire doubler et de monter elle-même le cheval responsable de sa chute ! Il paraît même que durant sa convalence Audrey avait sur sa table de chevet une photo de l'animal !

Le tournage se termine donc tant bien que mal et le film semble plaire à la critique même si les journalistes s'accordent à dire que les talents d'Audrey ne sont pas suffisamment exploités et qu'elle paraît trop raffinée au milieu de ces paysages hostiles.

Pour ma part, j'ai trouvé ce film incroyable, sur le fond mais aussi sur la forme. En effet, John Huston signe ici un film flamboyant, d'une richesse visuelle impressionnante. Les grandes étendues sauvages du Mexique sont à couper le souffle et contrastent avec les huis-clos que sont les ranch dans lesquels vivent les familles de pionniers. On a l'impression que l'univers tout entier appartient aux personnages qui semblent, paradoxalement, enfermés dans leur petit monde étriqué, propice aux préjugés. Le Vent de la plaine aborde alors des thèmes forts comme la violence de cette vie bien particulière et le racisme, l'amour, la famille et la solidarité. Le film est néanmoins traversé de scènes magnifiques, poétiques et parfois très drôles qui apparaissent comme des bouffées d'air frais dans cet univers poussiéreux et étouffant.

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Les performances des acteurs ajoutent évidemment à la qualité de ce film. Audrey fait encore une fois preuve de son immense talent en nous offrant une Rachel tendre et forte, fragile et déterminée. Elle apparaît plus lumineuse que jamais, avec son visage de gamine, son sourire rayonnant, et sa longue silhouette élégante. Burt Lancaster, quant à lui, est tout simplement sublime ! Pour moi, c'est un véritable coup de coeur et je suis bien décidée à voir tous ses films afin d'admirer ses yeux d'un bleu indescriptible.

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Si Audrey s'est remise de ses blessures et si le film est loin d'être décevant, le drame reste bien présent puisque quelques semaines après la fin du tournage, l'actrice qui, complètement épuisée vient de refuser un scénario proposé par Hitchcock, fait une fausse-couche.

Une longue descente aux enfers suivra cette tragédie puisqu'Audrey retombera à nouveau dans une profonde dépression qui lui fera perdre énormément de poids. En effet, elle qui est plutôt grande (elle mesure plus d'1m75) ne pèse plus qu'une quarantaine de kilos et fume près de soixante cigarettes chaque jour. Au cours de cette période, le rôle de Cléopâtre -tenu par Elizabeth Taylor- et de Maria dans West Side Story -joué par Natalie Wood- lui passeront sous le nez.

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Heureusement, la roue finit par tourner est quelques sept mois plus tard, Audrey tombe de nouveau enceinte. Aucune imprudence cette fois-ci puisque l'actrice mène une vie parfaitement saine dans son châlet suisse, où elle s'entoure des gens qu'elle aime et des quatre enfants de Mel. Neuf mois plus tard naîtra Sean, son fils aîné. Au cours de sa grossesse et des six premiers mois qui ont suivi la naissance de Sean, Audrey refuse systématiquement tous les scénarios qu'on lui propose. Un seul seulement retient son attention, le film-doudou par excellence, Diamants sur canapé.