nonoLa nouvelle saison théâtrale se poursuit, les pièces s'enchaînent mais surtout, ne se ressemblent pas. En effet, après avoir vu il y a quelques jours Solness, le constructeur, pièce d'Henrik Ibsen abordant des thèmes plutôt graves et complexes, je suis allée applaudir Nono, au théâtre de la Madeleine. 

Oeuvre de jeunesse, Nono est la première comédie écrite par Sacha Guitry alors que celui-ci avait à peine vingt ans. C'est tout à fait le genre de révélation qui m'en bouche un coin, pas vous les Chupa Pigs ? Mais attendez deux secondes, car ce n'est qu'un début. Bien qu'encore tout jeune, celui qui allait devenir l'un des plus grands (comédien, dramaturge, metteur en scène et tout ce que vous voulez), avait déjà l'immense talent qu'on lui connaît, une plume aiguisée, un humour pince-sans-rire et spirituel, un imaginaire pétillant et pertinent. Bref, un auteur à jalouser ou un homme à épouser, au choix. Enfin, dernière information capitale, si le message que laisse filtrer Nono trouve encore un écho retentissant en nous, elle a pourtant quelques heures de vol au compteur puisqu'elle a vu le jour en 1905. C'est dire si Guitry était un fin observateur et analyste de l'âme humaine.

Mais qui est cette fameuse Nono qui donne son titre à la pièce ? Antoinette Berger de son vrai nom, elle est une fille légère, de petite vertu dirions-nous, qui vivote aux bras de ses différents amants qui l'entretiennent. Frivole et inconstante, elle est également joyeuse, drôle, en aucun cas séductrice ni même vénale. Elle séduit les hommes sans réellement le vouloir mais ne se gêne pas pour en profiter une fois qu'ils sont à ses pieds. Et elle aurait tort de s'en priver, non ?! Alors qu'elle semble vivre le parfait amour avec un petit jeune, lui-même vivant aux crochets de son paternel, elle fait la connaissance d'un homme un peu plus âgé mais pas pour autant plus stable puisqu'il passe ses journées à composer des vers (enfin, ça, c'est ce qu'il dit) et à contrer les assauts d'une vieille maîtresse fortunée qui arrondit généreusement ses fins de mois. Je pense qu'à ce stade, vous devez avoir une petite idée de l'ambiance qui règne sur la scène !

Les couples se font et se défont, on s'écrit, on se trahit, on se rabiboche, on se provoque en duel puis on renonce ; et les choses ne s'arrangent pas nécessairement lorsque les valets et la dame de compagnie viennent ajouter leur grain de sel.

Comme vous pouvez vous en douter, Nono est une pièce devant laquelle on rit énormément. Non seulement les situations sont fortement cocasses mais le texte est purement et simplement brillant. Il y a de la poésie dans chacune des répliques qui sont aussi intelligentes que musicales et même si on peut penser, dans un premier temps, que Nono n'est rien d'autre qu'un vaudeville dans son acception péjorative, elle en a, en définitive, toutes les grandes qualités. Par ailleurs, le personnage même de Nono est trompeur, complexe, et donc très intéressant à découvrir et analyser. Il ne s'agit en effet pas d'une simple cocotte, pendue au compte en banque de ses amants, creuse et superficielle. Elle est une femme insaisissable, bien qu'exhubérante, qui ne fait que passer de vie en vie, venant illuminer de sa présence le quotidien morose d'heureux hommes, avant de repartir sur la pointe des pieds, tel un fantasme, une âme errante, en quête d'un peu d'attention. En cela, Nono m'a fortement évoqué Tante Mame, personnage haut en couleurs dont je vous parlais hier.

nono1

Concernant la mise en scène, ayant beaucoup apprécié le travail effectué par Michel Fau sur Maison de Poupée (avec Audrey Tautou, présentée à la Madeleine), je ne me faisais aucun souci. Encore une fois, j'ai totalement adhéré à son univers, à ses choix de metteur en scène, et j'ai été totalement émerveillée par les costumes (signés David Belugou) et les décors (de Bernard Fau), qui nous donnent littéralement l'impression d'avoir remonté le temps et de débarquer en plein coeur de la Belle-Epoque. Impossible de ne pas repenser alors à la beauté du film Chéri de Stephen Frears, pour son ambiance si luxueuse, décadente et nostalgique.

Enfin, si j'étais à ce point excitée à l'idée de découvrir cette pièce, c'était avant tout pour la présence de Julie Depardieu, une actrice que j'adore, pour ses choix artistiques, son grain de folie, son non-conformisme, sa culture et sa franchise. Je n'ai pas été déçue une seule seconde par sa prestation, juste et naturelle de la première à la dernière réplique. J'en ai tout autant au service de Michel Fau dont je suis décidément fan ! En revanche, je n'ai pas été particulièrement enchantée de retrouver Sissi Duparc, qui interprètait Madame Linde dans Maison de Poupée, et dont je n'aime pas du tout le jeu, excessif, gueulard, qui écrase littéralement le personnage qu'elle est censée incarner.

Si vous avez envie de passer un excellent moment, joyeux, élégant, impertinent et intelligent, Nono est LA pièce que vous devez voir !

Au théâtre de la Madeleine, jusqu'au 31 décembre.

Prochaine pièce au programme : La Parisienne, avec Barbara Shulz, qui s'annonce tout aussi désopilante ^^

PS : trop d'articles en retard + peu de films vus = plus longue review-ciné la semaine prochaine ;)