andr_e_putmanUn prénom mixte, une silhouette androgyne, une élégance folle, un sourire espiègle,... Andrée Putman, véritable Reine du design et de la décoration d'intérieur, ne pouvait que m'intriguer et me plaire. Elle fait, en effet, partie de ces femmes que j'admire pour leur forte personnalité, leur détermination, leur créativité et surtout leur indépendance.

Andrée Putman a réussi, au fil d'un parcours riche et étonnant, à façonner un univers à part, bien à elle, à créer son propre style, reconnaissable entre mille, aussi épuré que fantaisiste, que l'Hôtel de Ville se propose de nous faire (re)découvrir à travers une très belle rétrospective, essentielle (et gratuite).

La visite de l'exposition se déroule en deux temps et je vous conseille vivement de commencer par monter au premier étage qui nous permet de découvrir de manière chronologique le parcours d'Andrée, DD pour les intimes.

Depuis la superbe maison de son enfance (ses ancêtres sont les Montgolfier, oui, oui ceux de la montgolfière !), jusqu'à New York, où elle incarne le chic à la française, en passant par sa collaboration avec Prisunic et ses années à la rédaction de l'excellent magazine d'art L'Oeil, on découvre une femme qui semble avoir vécu plusieurs vies.

Mariée au collectionneur, éditeur et critique d'art Jacques Putman, elle entretient d'intimes relations avec le petit monde de l'art et fréquente donc bon nombre d'artistes : ses amis se nomment Niki de Saint Phalle, Giacometti ou encore Samuel Beckett. Mais Andrée la mondaine est également une dénicheuse de talent puisque c'est elle qui repère et révèle des stylistes que l'on vénère encore aujourd'hui, tels Jean-Charles de Castelbajac, Thierry Mugler ou encore Issey Miyake.

Alors qu'à cinquante ans, Andrée Putman a déjà derrière elle une vie bien remplie, elle décide en 1978 de lancer sa propre société Ecart International et se spécialise dans la réédition de mobilier, particulièrement celui des années 20 et 30. Commence alors la grande aventure du design et de la déco. Hôtels, boutiques, restaurants, intérieur du Concorde, maisons de célébrités, Andrée Putman impose son style au quatre coins du monde.

C'est alors le moment de redescendre au rez-de-chaussée afin d'y découvrir des dizaines de créations originales et de reconstitutions de lieux qui ont fait sa renommée, ainsi que quelques vidéos qui viennent enrichir l'expo, soulignant son côté dynamique. On peut alors admirer, entre autres, le magnifique piano à queue Voie Lactée dessiné pour Pleyel en 2008 (il faut ici souligner qu'Andrée Putman est une fille de pianiste, et est elle-même diplômée du Conservatoire de Paris) ainsi qu'une très belle et poétique réinterprétation du fameux Steamer de Vuitton qui devient entre ses mains fantasques une nacelle, rendant alors hommage à ses ancêtres.

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Supervisée par Olivia, la fille d'Andrée Putman, cette retrospective est parfaitement instructive tout en demeurant abordable, complète sans être assomante et surtout riche d'une authenticité qui convient idéalement à l'image que l'on se fait de cette icone au style affirmé et inimitable.

Utilisation du noir et blanc, espaces vides, finesse des matériaux,... la touche Putman n'a rien d'étouffant, bien au contraire, elle encourage et stimule l'imagination, sait se faire légère sans se dépersonnaliser. En résumé : elle a tout bon.

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A l'Hôtel de Ville, jusqu'au 26 février 2011