Je m'apprêtais à monter me coucher pour retrouver Kathleen, l'héroïne de mon livre de chevet, lorsque mes pensées se sont envolées vers toutes les figures féminines peuplant l'oeuvre de l'auteure, Joyce Carol Oates. Des Femelles ayant trouvé refuge dans son recueil à Alma et ses mystérieux tatouages, en passant par Ariah et son mari suicidé ou encore la fascinante Gillian. Je pensais à leur personnalité tellement complexe qu'elles en perdent la tête, à leurs secrets trop lourds pour être portés, trop vifs pour être définitivement enterrés, à leurs blessures qui n'ont de cesse de s'infecter plutôt que de cicatriser et, bien évidemment, ses pensées m'ont ramenée vers moi. Mais je ne serai pas le sujet de cet article que je tape de quelques doigts hésitants car, ce soir, toutes ces femmes m'ont également conduite vers la journée qui marque depuis quoi ? un million d'années, c'est ça ? la date du 8 mars.

Oui, comme nous avons célébré les grands-mères ce dimanche, célèbrerons les mères et les pères prochainement, ce sont les femmes qu'il faudra honorer aujourd'hui. Et je me demande, du haut de mon égoïsme narcissique, l'intérêt de cette journée, sa raison d'être, je m'interroge sur son rôle, sur son pouvoir, sur le message qu'elle véhicule. Pour ceux qui ne suivent pas, je suis plutôt du genre bourrin, ascendant connasse, même si mon amoureux tentera peut-être de vous convaincre qu'après quelques verres de vodka, je mérite le prix Nobel de la paix. Plus chiennasse que Chienne de Garde, le féminisme ne me porte pas, même si je me destine à en devenir spécialiste par le détour bien agréable de la littérature. Aussi, je me retrouve devant mon écran d'ordinateur partagée entre plusieurs pensées, contradictoires, tant qu'à faire, qui ne méritent sans doute pas tout un poème mais quelques lignes bloguesques, pourquoi pas.

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Comme Sartre posait à Beauvoir, au coeur des années 40, la question qui allait engendrer l'essai encore et toujours de référence, je m'interroge, face à mon miroir (on a le Sartre qu'on peut), sur ce que peut bien signifier aujourd'hui cette journée alors que nous nous trouvons dans une situation plus que bancale : les femmes s'endorment sur leurs lauriers et, pour certaines, jouent le jeu des hommes (si des exemples doivent être donnés, le documentaire La Domination masculine est truffé de pépites), tandis que les féministes pures et dures ne donnent plus l'impression de savoir de quoi elles parlent mais ne semblent pas se résoudre à passer la main. Au milieu de ce marasme, cette journée, à la fois ridicule et nécessaire, qui par sa seule existence met en évidence le peu d'importance qui est donnée aux femmes mais permet, par ailleurs, de mettre en lumière certaines grandes questions qui continuent de fâcher. Car, ne nous leurrons pas, même si nous pouvons nous réjouir des avancées constatées depuis la grande vague féministe des années 70, les choses n'ont que très sensiblement changé, lorsqu'elles n'ont pas empiré, et les combats à mener demeurent. We want sex equality, notamment, est un slogan qui ne ferait pas tache dans les rues aujourd'hui, quelques quarante années après avoir été scandé par des petites anglaises courageuses.

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Ces modestes lignes ne sont pas un appel à la révolution -quoi que, on pourrait bien se marrer- mais juste un rappel pour une nécessaire évolution : la Journée de la femme n'est pas le seul jour de l'année où les mecs doivent sortir les poubelles sans ronchonner (et les couples lesbiens, bordel !) mais, pour qu'elle est un sens, doit être l'occasion, pour nous tous, de se remettre en mémoire pour les 364 jours à venir, que rien n'est gagné, que tout reste à faire.  

Cela dit, je ne refuserais pas quelques marques d'affection supplémentaires en cette belle journée que je vous souhaite féminine jusqu'au bout des ongles ;)