Pour la troisième fois ce mois-ci, je vous propose d'ouvrir la semaine sur un billet consacré au cinéma avec cinq films dont les différences ne cessent de me surprendre. Et pourtant, chacun aura réussi à me faire passer, au minimum, un agréable moment, m'aura permis de m'évader du quotidien, des problèmes, choix, doutes, discussions qui sont pareils à de gros nuages tout gris au-dessus de journées que l'on voudrait pourtant si simples. Une semaine de satisfaction cinéphilienne dont j'aimerais jouir chaque semaine. A suivre !

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Pina, de Wim Wenders, pour Pina Bausch

Attendu depuis si longtemps, Pina est un film auquel j'aurais souhaité consacrer une pleine page de mon petit espace virtuel mais, malheureusement, le temps étant compté, je ne rédigerai que quelques lignes avec un enthousiasme impossible à dissimuler, les souvenirs intimes et partagés d'un moment parfait au fond du coeur. Porté par les danseurs du Tanztheater Wuppertal, Pina est une double déclaration d'amour, à la danse et à Pina Bausch, amie de longue date du réalisateur Wim Wenders. Projet commun, c'est seul, après le décès de la chorégraphe qu'il décide d'en poursuivre l'élaboration jusqu'au résultat final, différent de l'idée originelle mais visuellement bluffant et émotionnellement bouleversant. Si Pina est l'occasion de (re)découvrir des chorégraphies qu'elle-même avait choisi d'intégrer au projet -Le Sacre du printemps, Café Müller, Kontakthof (déjà au coeur des Rêves dansants)-, Wim Wenders l'a enrichi d'un supplément d'âme sous forme d'images d'archive et de séquences tournées dans la ville de Wuppertal (port d'attache de Pina), dans lesquelles ses danseurs donnent corps à leur souvenirs, rendent hommage à celle qui leur à tout appris et qui devient alors leur muse, en nous proposant des créations mettant à l'honneur la magie et la poésie du monde selon Pina. Que l'on soit familier ou non des créations de la chorégraphe, ce film dansé doit être envisagé comme une fenêtre ouvrant sur un univers dans lequel il est bon de se perdre, où les corps dansent comme ils respirent, où le langage n'est que souffle et mouvement. Impossible de ne pas mentionner l'utilisation de la 3D qui, je l'avoue, m'a un peu refroidie au départ, ne percevant que l'aspect gadgetisant du procédé. Or, dès les premières minutes, cette technique se révèle le parfait écrin pour un film d'une valeur artistique et sentimentale inestimable. Un chapitre essentiel de l'histoire du cinéma et de la danse.

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La Nostra Vita, de Daniele Luchetti

Quelques jours après le film de John Wells, impossible de ne pas rapprocher La Nostra Vita de The Company Men, deux films tristement d'actualité, mettant en scène des hommes, des pères de famille, luttant pour leur survie et leur dignité dans un monde gangréné par le pouvoir économique. Néanmoins, à la différence de son cousin d'Amérique, La Nostra Vita ne nous présente pas un héros sans peur et sans reproche mais un homme qui n'hésite pas, pour le bonheur de ses trois fils qu'il doit élever seul depuis le décès de sa jeune épouse, franchir les limites de la morale et de la légalité. Anti-héros, fidèle représentant de l'Italie berlusconienne, Claudio est un personnage ambigu, cupide et raciste, plus par nécessité que par essence, pour lequel on ressent, malgré nous, une profonde empathie, générée par sa grande générosité. Incarné par un jeune acteur prometteur, Elio Germano -prix d'interprétation masculine à Cannes, ex-aequo avec Javier Bardem-, il est un personnage masculin comme on les aime, attachant et touchant, terriblement authentique, que l'on prend plaisir à suivre, désirant plus que tout le voir refaire surface tandis qu'il s'enlise dans les ennuis. Un film profondément humain, qui tient sa force de sa capacité à mettre en lumière les faiblesses de chacun, sans pathos ni jugement.

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Essential Killing, de Jerzy Skolimowski

Je pourrais vous sortir le couplet de la parfaite cinéphile et prétendre préférer me couper une oreille plutôt que manquer un film de Skolimowski. Mais ce serait vous prendre pour des buses : vous êtes bien trop conscients de mon côté dindesque qui m'amène à me liquéfier devant le regard hypnotique de Vincent Gallo. En même temps, comment me le reprocher alors que les affiches, étonnament placardées aux quatre coins de Paris, nous offrent, plus vrai que nature, son beau visage halluciné ? Dinde ou pas, force est d'admettre que si l'artiste américain habite littéralement le film, il le porte à lui seul, offrant une interprétation rare, presque animale, qui lui a valu une récompense au dernier festival de Venise. Incarnant un prisonnier en fuite, il campe un homme contraint de flirter avec ses propres limites physiques et psychologiques. Perdu dans une immense forêt enneigée, terrain de chasse ambivalent, aussi rassurant que menaçant, isolé, mutique, il fait l'expérience d'un retour à l'état primitif, qui ne peut laisser indifférent. Film dont on ne peut que vanter l'âpreté du propos et la beauté saisissante des images, Essential Killing n'hésite pas à bousculer le spectateur. En effet, Skolimowski ne dévoile que peu de choses de son personnage, nous laissant, bien après la dernière scène, sans réponse à l'interrogation la plus légitime : qui est cet évadé, sinon un afghan, ennemi collectif par excellence ? Nous sommes alors profondément ébranlés de ressentir une empathie naturelle pour un homme dont on ne peut savoir s'il la mérite. Un doute qui remet bien des choses en place.

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Morning Glory, de Roger Michell

Prometteuse par son casting de qualité et son sujet dynamique, Morning Glory s'annonçait comme la comédie girly qu'on attend toutes depuis... Ah ouai, quand même. Nous invitant à suivre l'ascension de Becky, une jeune provinciale aux dents longues, depuis son premier travail pour une chaine locale à sa nomination au poste de productrice d'une matinale en perte d'audience, Morning Glory ne brille pas par son originalité et se contente de remplir son cahier des charges : une girl next door type chaussée de semelles rouges, une BO rythmée, des gags grotesques, quelques bons mots, des vues new yorkaises,... Tout y est, et surtout l'incontournable love story qui, malheureusement, vient tout gâcher. En effet, s'il est plaisant de voir Becky, workaholic en chef, se démener pour maintenir son émission à flot, prise entre deux présentateurs un peu lourds -l'une, fervente défenseuse de l'entertainment, l'autre ne jurant que pour la sériosité du journalisme, le vrai- le chassé-croisé amoureux qu'elle entretient avec son boyfriend dont j'ai déjà oublié le nom et le reste, est tout simplement insipide et ralentit considérablement le rythme d'un film qu'on aurait, sans ça, regardé avec un peu plus d'enthousiasme. Dommage.

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Titeuf, le film, de Zep

Titeuf, avec sa mèche blonde assez démente et son langage fleuri qui mériterait bien une thèse de sociolinguistique, me fait littéralement craquer chaque fois que nos chemins se croisent. Il faut dire que quelques décennies après le petit Nicolas, fort sympathique au demeurant, Titeuf est un brin plus rock'n'roll. L'inventeur du "zizi sexuel", bien que "trop matisé" par les filles, n'en finit pas de courir après sa chère Nadia dont il espère ravir le coeur (et le "clitouriste", pourquoi pas) mais comme la vie n'est vraiment "pô juste", celle-ci l'envoie toujours promener d'un "lâche-moi le slip" bien senti. Pas d'bol Titeuf. Pour sa première aventure sur grand écran, ce drôle de loustic doit affronter deux épreuves qui parleront nécessairement à la plupart des enfants : non seulement, il n'est pas invité à l'anniversaire de sa bien-aimée mais ses parents se séparent. Oui, oui, ça fait peine. Malheureusement, même si tous les ingrédients qui rendent si attachant et tordant l'univers créé par Zep sont réunis (les expressions délirantes et néanmoins poétiques du blondinet, sa bande de potes totalement dégénérés, les longues journées d'école qu'il faut bien occuper par quelques bêtises,...), je suis restée sur ma faim devant ce film dont j'attendais un peu plus. Impression désagréable d'avoir vu se diluer dans un format trop long la magie titeufienne. Je n'ai donc qu'une chose à ajouter : "tchô, monde cruel !".

Nouvelle semaine, nouveau programme et celui-ci s'annonce si chargé qu'il s'étalera sans doute sur les quinze prochains jours (Note à moi-même : pour ma prochaine vie, demander l'option "Ubiquiste"). Par ordre de préférence : Rabbit Hole, Mr Nice, Robert Mitchum est mort, Road to nowhere, Mon père est femme de ménage, La Proie, Rio et Scream 4. Rien que ça...