Il était une fois, une fille aux cheveux orange qui vivait dans un joli chalet au coeur de la grande ville. Chaque matin, elle devait enfiler son écharpe magique et affronter le froid pour se rendre à la salle de bal, ce qui l'emplissait de joie, ou prendre le carrosse commun qui la conduisait vers de lointaines contrés, ce qui lui plaisait beaucoup moins. Ce moyen de transport auquel la jeune fille reconnaissait quelques qualités pratiques présentait néanmoins des inconvénients contrariants. En effet, le simple fait que ce carrosse puisse être qualifié de "commun" répugnait cette délicate personne qui n'aimait définitivement pas partager ni être en contact avec des corps étrangers. Cependant, les marauds, pignoufs et autres ostrogoths qu'elle côtoyait lors de ses brèves expéditions étaient loin d'être égoïstes et aimaient faire don à la jeune fille de quelques précieux présents. Rhume, angine, otite et laryngite,... elle rapportait régulièrement dans sa besace darelisée de sympathiques microbes réjouis de lui tenir compagnie quelques jours.

Comme tous les grands enfants, notre petite convalescente chérissait ces jours d'école buissonnière passés à ne rien faire, si bien que la semaine au cours de laquelle sa voix s'envola littéralement et que ses pensées ne purent franchir ses lèvres, elle prit un immense plaisir à garder la chambre. Faible et fébrile, chacune des journées de cette courte période la vit plongée dans une profonde léthargie. Du fin fond de son apathie, heurtée par les voix désagréables des voisins mais bercée par la chaleur de sa couche, elle glissa malgré elle vers d'autres mondes, fantaisistes et oniriques. Lorsqu'elle fut rétablie, elle ne se souvenait plus de ses songes d'après-midi d'automne ; seuls quelques visages et silhouettes en filigrane voguaient dans son esprit embrumé. Elle devinait encore de frêles jeunes filles aux cheveux d'or, elle se souvenait de leurs sourires et de leurs mains tendues, elle avait la sensation étrange de porter sur sa peau l'empreinte de leurs caresses amicales, sur son front tiède le souvenir de leurs baisers rassurants. Quelque peu affaiblie par son mal sans gravité, la jeune fille reprit finalement le cours de sa vie, forte des rires cristallins de ces belles personnes qu'elle avait croisées quelque part entre ici et là, consciente d'avoir vécu une aventure sensorielle et sororelle hors du temps.

Des jeunes filles alanguies...

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(The garden courtBurne-Jones)

 ... éprises...

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(Love among the ruins, Burne-Jones)

... innocentes...

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(Symphony in white n°1, James Whistler)

... fascinantes...

voisins

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(Laus Veneris, Burne-Jones)

... indissociables...

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(The Rosebud Garden of Girls, Julia Margaret Cameron)

... ou insociables.

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(Symphony in white n°3, James Whistler)

Une évocation toute personnelle de l'exposition Beauté, morale et volupté dans l'Angleterre d'Oscar Wilde, proposée par le musée d'Orsay jusqu'au 15 janvier (oui, il faut faire vite !).

En quelques mots, plus pragmatiques, il s'agit d'une très belle exposition, une suite idéale à celle présentée au printemps dernier, délicieusement intitulée Une ballade d'amour et de mort : photographie préraphaélite en Grande-Bretagne, 1848-1875 (on retrouve d'ailleurs certains noms croisés à cette occasion). Les vastes salles du musée d'Orsay se mettent à nouveau au service de l'univers qui nous est offert : la scénographie est aussi élégante que pertinente, les aphorismes de Mr. Wilde guidant nos pas, orientant notre regard émerveillé vers des toiles, meubles, bijoux, vêtements et autres trésors. D'ailleurs, si le dandy irlandais semble assez rapidement servir de faire-valoir à l'événement, il sait nous rappeler -à la fin de l'exposition, certes, mais pas trop tard- qu'il est bel et bien le chef de fil des esthètes, celui dont la chute signifiera aussi celle de l'Aesthetic Movement.

Définitivement, Oscar Wilde mérite tous les honneurs.

Je profite de ce billet pour vous souhaiter une très belle journée de Noël suivie d'une soirée tout en douceur.