Contextualisation : il y a un instant, alors que j'étais sérieusement plongée dans une lecture passionnante -année studieuse oblige- m'est revenue en mémoire cette exposition consacrée à Robert Mapplethorpe, entre les murs de la galerie Thaddaeus Ropac, visitée fin novembre et adorée. Je m'étais promis à l'époque de rédiger et publier rapidement un billet non seulement pour relayer l'information (tous les photographes américains n'intéressent pas la presse et les suiveurs, manifestement) mais aussi vous donner envie de découvrir une partie de son oeuvre en vous faisant part de mon enthousiasme. Malheureusement, le temps passe trop vite et malgré mes bonnes intentions, mon envie de partager ce très beau moment est restée à l'état de projet. Un coup d'oeil très discret sur le site de la galerie -il ne faudrait pas que ma bonne conscience me pince en train de lambiner- m'annonce que l'événement prendra fin le 7 janvier, soit dans quelques heures.

Tiraillée entre l'inanité de ce post et mon désir d'évoquer sur ces pages le travail de Robert Mapplethorpe, j'ai finalement opté pour la rédaction d'un billet assez bref, juste pour le plaisir de garder dans un coin de ma mémoire virtuelle cette déambulation photographique. Après tout, je ne suis pas attachée de presse, simplement une admiratrice de Mapplethorpe qui me charme d'exposition en exposition.

En effet, avant celle-ci, entièrement consacrée à l'oeuvre du photographe, j'avais pu avoir -par deux fois- un aperçu de son travail, notamment lors de l'atypique et néanmoins bouleversante exposition Deadline au musée d'art moderne de Paris. Voici ce que ses photographies m'avaient inspiré à l'époque :

"Tout d'abord, j'ai été séduite par les photographies en noir et blanc de l'Américain Robert Mapplethorpe, qui offre(nt) une réflexion très intéressante sur la perfection du corps. Ses nus statuaires sont superbes, il joue avec les formes, la lumière, et met en valeur les muscles de ses modèles qui nous apparaissent alors comme la perfection incarnée pour l'éternité."

mapplethorpe

Tout chez Robert Mapplethorpe m'enchante et me passionne, tout sauf sa réputation sulfureuse de laquelle je n'avais absolument pas conscience lorsque j'ai découvert son univers. De ce fait, c'est son oeuvre qui m'a donné envie de connaître l'homme et non l'inverse, ce qui n'aurait rien de honteux par ailleurs, mais il me semble important de savoir identifier les raisons qui sont à l'origine de l'admiration afin de ne pas tomber dans le panurgisme malsain et vil. J'aime le regard d'une infinie précision que porte le photographe sur le corps, j'aime ce qu'il en fait lorsqu'avec délicatesse et sensibilité il créé du sublime avec du sexuel. Il est vrai, l'oeuvre de Mapplethorpe s'articule principalement autour du sexe, de l'érotisme à la pornographie. Ses expérimentations le mènent jusqu'à l'univers SM et lorsque son amie Patti Lee Smith l'interroge sur ses motivations "il répondait qu'il fallait bien que quelqu'un le fasse, alors pourquoi pas lui" (Just Kids, page 278). Elle analyse et résume alors dans ce même passage : "Ce qui excitait le plus Robert dans son travail d'artiste, c'était de produire quelque chose que personne n'avait fait avant lui." Mapplethorpe ne cherche pas à provoquer, si son oeuvre interpelle ou choque c'est parce qu'elle rend compte de ce qui est.

mapplethorpe_2

La galerie Thaddaeus Ropac a sollicité Sofia Coppola pour le choix des quarante et un clichés exposés. Tout d'abord étonnante et contestable (bonjour la pipolisation), cette association entre la réalisatrice de Virgin Suicides, etc. et le photographe s'est révélée des plus judicieuses. Coppola offre à travers son regard une nouvelle approche de l'oeuvre de Mapplethorpe, une lecture féminine qui permet de mettre en lumière la sensualité et la douceur qui en émanent. On s'aperçoit alors qu'entre les mondes explorés par Mapplethorpe et l'univers d'apparence sucrée de Sofia Coppola, la frontière est mince, très mince, et que si la réalisatrice parvient toujours à nous surprendre en recouvrant ses films-cupcakes d'un fin glaçage malsain, le photographe, sans jamais trahir ses choix esthétiques, intérêts et obsessions d'artiste, peut proposer des images sur lesquelles plane une sérénité équivoque.

robert_mapplethorpe_sofia_coppola_

Pour finir, voici un second extrait de Just Kids (ouvrage dont la lecture -ou plutôt l'écoute- me captivait la semaine  au cours de laquelle j'ai visité cette exposition) dans lequel Patti évoque la première exposition personnelle de Polaroid de son ami :

"Son exposition audacieuse et élégante mélangeait les motifs classiques avec le sexe, des fleurs et des portraits, tous équivalents dans leur présentation : les cockrings photographiés sans fausse pudeur côtoyaient les arrangements floraux. Pour lui, c'était la même chose."

En guise de clin d'oeil à un précédent billet, un dernier portrait de vierge suicidée

kirsten

 From Somewhere to Everywhere.