Les images puis les mots (la vidéo dure seulement dix-sept secondes, regardez-la avant de passer à la suite, svp)

Propice aux bonnes résolutions qu'on ne tiendra pas, le début de l'année sonne également l'heure des bilans en tout genre. Les amateurs du rayon "Développement Personnel" se demandent s'ils ont atteint leurs objectifs, s'ils sont réellement devenus meilleurs en dix leçons, quinze minutes par jour et trois cent soixante-cinq proverbes. Pour ma part, si je me risque à jeter un coup d'oeil dans le rétro, c'est uniquement pour me remémorer les sorties et découvertes qui ont rythmé mes douze mois, en aucun cas pour porter un jugement sur la personne (les personnes, même) que j'ai pu être au cours de l'année ni pour anticiper celle(s) que je serai. 

Aussi, en ce mois de janvier 2012, j'ai pris plaisir à lister les cent soixante films vus en 2011 (le chiffre n'est pas donné pour me faire mousser, uniquement pour relativiser ce qui suit), à en reparler, à repenser aux émotions vécues sur l'instant et à ce qu'elles sont devenues quelques semaines ou de longs mois plus tard. En effet, un film bien choisi ne s'oublie pas et continue son petit bonhomme de chemin, se fait une place parmi nos nombreux souvenirs, apprivoise les images qui l'ont précédé et tend un miroir aux nouvelles venues. Certaines scènes, bouleversantes sur l'instant, continuent de nous hanter longtemps tandis que d'autres se révèlent progressivement, telles les Polaroid mapplethorpiens, laissant leur intensité se diffuser peu à peu au contact de nouvelles émotions. Prendre le temps de se poser quelques instants, de faire le vide dans sa tête et dans son coeur pour laisser la place à toutes ces histoires filmées de mille façons différentes est un exercice aussi intéressant que surprenant. On s'aperçoit que, malheureusement, certains films sont rapidement tombés dans l'oubli alors que leur date de sortie sonnait comme la promesse d'un instant magique, tandis que d'autres s'imposent, définitivement, comme de grandes réussites, sans appel. Dresser ce petit palmarès très personnel n'a donc pas été facile et si dix films sont mis à l'honneur, parce qu'ils ont tous, sans exception, enrichi ma vision et ma connaissance du cinéma en m'offrant d'inoubliables leçons sur ce qu'il peut être, ce qu'il DOIT être, quelques autres le méritent tout autant (je pense à Black Swan et Pina, très particulièrement mais aussi à True Grit, Dharma Guns, Shame, En Ville, Tous au Larzac, L'Exercice de l'Etat ou encore The Artist).

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Pina, de Wim Wenders

N'ayons pas peur des truismes, une année de cinéma est une fête, avec ces moments d'euphorie et ces fous-rires, ces instants où on plane totalement et ceux d'un ennui mortel où on souhaiterait être n'importe où ailleurs. Les salles de cinéma, tout comme les soirées festives, sont des lieux de retrouvailles longtemps attendues, après une longue journée de séparation ou une interminable semaine de travail, mais sont également des lieux de rencontres aléatoires et rarement heureuses, sous-titrées "L'Enfer c'est les autres". Ces autres qui se gavent de pop-corn puant et shcroumf-shcroumfant, qui arrivent en retard, se posent n'importent où avec leur grosse tête, leur couvre-chef ou leur coiffure à faire bleuir de jalousie Marge Simpson. Ceux-là qui causent sans arrêt, que même dans la file d'attente tu les repères et les maudis sur dix générations. Les portables qui sonnent (et les gros cons qui décrochent "j'suis au cinéma là, j'peux pas te parler" <<<< Ta Gueule !!) et les coups de pieds dans les sièges (Putain ! Qu'est-ce que vous foutez avec vos genoux les gens ?). N'oublions pas leurs commentaires (pendant le générique qui ne les intéresse évidemment pas), petites pépites d'intelligence entre-coupées de gloussements ou de longs soupirs. Cerise sur le gâteau, avec la magie d'Internet, tout le monde a la possibilité de s'exprimer et personne ne s'en prive. On retrouve alors ces mêmes braves gens qui passent avec grâce et agilité d'un siège de cinéma à un siège de bureau pour nous faire le récit de leurs aventures synéphilitiques. Les adeptes de "la critique dont on se serait bien passé" se répartissent, selon de vagues observations, en trois groupes : ceux qui pratiquent le copier-coller et multiplient ainsi leurs chances de baver une parole sensée (selon leurs sources) tout en limitant la propagation de conneries, ceux qui -au contraire- n'ont pas honte de lâcher deux ou trois inepties, qualifiant au passage de "bouse", de "navet" et autres gentillesses les oeuvres de cinéastes tels que Terrence Malick ou Aki Kaurismaki (ceci est également valable pour un ballet signé Noureev ou un roman de Houellebecq) (est-ce si difficile pour ces personnes de dire qu'elles n'ont pas été sensibles à l'univers d'un créateur ? Leur ego est-il aussi fragile ?), enfin, on tombe aussi parfois sur ceux qui recrachent des idées qui courent partout, en pensant bien faire ou faire bien, sans trop savoir ce qu'ils racontent. Une des grandes tendances, pour n'en citer qu'une, étant d'inscrire telle ou tel dans le sillage de la Nouvelle Vague alors que telle et tel aimeraient sans doute exister par eux-mêmes, sans comparaison. 

Le cinéma méritait bien sa fête, comme les fous, les voisins et la grenouille. Certains spectateurs méritaient, quant à eux, qu'on leur consacre quelques lignes. C'est chose faite, passons à autre chose.

Il y a quelques années, le frère de ma meilleure amie, a quitté notre très cher 12ème arrondissement parisien pour Cannes, à l'occasion du Festival (et oui, certains lycées au niveau relativement minable usent d'ingénieux stratagèmes pour glâner quelques inscriptions). Croisant Antoine Duléry (je vous fais grâce de sa filmographie), il lui tint à peu près ce langage "Mais est-ce qu'on peut honnêtement appeler ça du cinéma ?", le "ça" en question regroupant toutes les merdes absolues au générique desquelles le nom de l'acteur était systématiquement inscrit (on peut parler de "merde absolue", degré zéro de la critique, lorsque l'on vise le degré zéro du cinéma). Au moment des faits, notre petit Pierre, avec la photo de Jean-Pierre Léaud en guise de fond d'écran sur son portable et sa passion dévorante pour Bob Dylan, n'a que dix-sept ans mais sait déjà (se) poser les bonnes questions.

Tout ça pour dire, à chacun son cinéma, à chacun ses envies, ses attentes et ses choix. Aussi, si je vous propose mon petit classement, c'est en toute simplicité, sans imaginer que les films qui m'ont marquée cette année sont ceux qu'il fallait voir ab-so-lu-ment, j'ose à peine vous les conseiller si vous les avez manqués. Pour rendre cet exercice de saison un brin plus amusant, j'ai choisi de ne pas publier les affiches ou photos extraites de "mes" films mais d'autres images pouvant les représenter de près ou de loin (très loin !). Je vous laisse à vos associations d'idées pour deviner les oeuvres qui m'ont émerveillée mois après mois.

L'Ecole de danse, Edgar Degas

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L'Homme qui aimait les femmes, François Truffaut

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Dali and Rhinoceros, Philippe Halsman

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  Friedrich Nietzsche

Nietzsche

"Denver, le dernier dinosaure, c'est mon ami et bien plus encore !"

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Fête, place de la République, Izis

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Claude Cahun

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L'Angélus, Jean-François Millet

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Fading away, Henry Peach Robinson

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Festen, Thomas Vinterberg

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Comme sur les bons DVD, voici quelques suppléments qui viendront compléter ce classement relativement frustrant en me permettant d'évoquer d'autres excellents moments de cinéma.

Avec son regard intense et son sourire émouvant...

piccoli_

... Michel Piccoli, magnifique dans Le Mépris de Jean-Luc Godard, impérial dans Habemus Papam de Nanni Moretti, m'a définitivement séduite.

Pour sa beauté miraculeuse et la finesse de ses mains...

valerie M

... J'espère avoir le bonheur de revoir Alexandra Lematre, la fille dans Hors Satan de Bruno Dumont.

C'est ici, et non ailleurs, que se dissimulait la véritable délicatesse...

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... Dans les gestes amoureux d'Annabel et Enoch, les personnages du précieux Restless de Gus Van Sant.

Sans aucun doute la plus réjouissante des reprises

Deep-End-

2011 aura été une grande année grâce à des oeuvres qui m'apparaissent désormais comme essentielles. Néanmoins, ce flash-back thématique n'aurait aucune raison d'être sans le film auquel j'ai lié mes mains et mon coeur, sans cette déclaration à la vie, à l'amour, à l'aventure et au cinéma, signée Jean-Luc Godard, qui a fait de moi, en quelques minutes, une personne différente. Un film beau comme tout, beau comme toi...

Jamais je n'aurais cru que tu me plairais toujours
Ô mon amour
Jamais nous n'aurions pensé pouvoir vivre ensemble
Sans nous lasser
Nous réveiller tous les matins aussi surpris de nous trouver si bien
Dans le même lit
De ne désirer rien de plus que ce si quotidien plaisir d'être ensemble
Aussi bien

Je ne fais pas durer le suspense plus longtemps et vous révèle dès maintenant les films qui se cachaient derrière ma sélection d'images plus ou moins éloquentes :

"L'Apollonide", de Bertrand Bonello/ "Les Bien-Aimés", de Christophe Honoré/ "Minuit à Paris", de Woody Allen/ "Le Cheval de Turin", de Béla Tarr/ "The Tree of life", de Terrence Malick/ "La Guerre est déclarée", de Valérie Donzelli/ "Tomboy", de Céline Sciamma/ "Hors Satan", de Bruno Dumont/ "L'Etrange affaire Angélica", de Manoel de Oliveira/ "Melancholia", de Lars Von Trier.

Alors, combien de titre aviez-vous devinés ?! 

A l'année prochaine pour un nouveau palmipède que j'espère encore plus excitant.