Un mois tout entier sans que mes pensées n'aient été transformées en mots d'un coup de clavier magique, un mois au cours duquel émotions, nouveautés et découvertes se sont bousculées dans ma vie, n'aspirant qu'à une chose : ne pas tomber dans l'oubli. J'aimerais alors trouver le temps de profiter de mon petit espace à moi pour retranscrire en quelques lignes le bonheur d'avoir vu sur scène Cate Blanchett dans Big and Small, faire revivre Le Sacre du Printemps version Gallotta et L'Histoire de Manon, sublime ballet de Kenneth MacMillan, mon plus beau rêve dansant de ce début d'année 2012. Vous dire l'énergie folle offerte par la troupe du Cirque Eloize et la poésie du Cirque Invisible, deux spectacles que je vous conseille d'avoir à l'oeil. Je souhaiterais laisser des traces des différentes expositions que j'ai pu voir, afin de connaître dans quelques mois le plaisir narcissique de me replonger dans ces billets-souvenirs, mais le temps manque et je ne peux que vous dire brièvement mon enthousiasme lorsque je repense à l'exposition consacrée à Bob Dylan à la Cité de la Musique -parcours musical divinement amorcé par le concert de Moriarty-, ma déception concernant l'exposition Tim Burton qui, à mon sens, n'a pas sa place au musée du cinéma (l'exposition consacrée au travail pictural de David Lynch s'était tenue à la Fondation Cartier, elle...), la richesse de Danser sa vie au Centre Pompidou. Il aurait surtout fallu que je consacre un billet à Vincent Macaigne, découvert en tant qu'acteur dans Le Naufragé et Un monde sans femmes, puis réalisateur de Ce qu'il restera de nous, enfin metteur en scène d'En manque d'après Crave de Sarah Kane. Cela m'aurait fait terriblement plaisir de vous faire découvrir (peut-être) l'univers viscéral, noir (âme), blanc (nuit), rouge (sang) de cet homme qui sait dire la solitude et la violence des rapports humains, mêler pulsions de vie et pulsions de mort. C'est désespérant d'être nous.

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Et puis il y a le cinéma qui compte tellement dans notre vie, tous ces films scrupuleusement choisis qui nous ont marqués et fait parler bien longtemps. Un véritable tour du monde cinématographique -le meilleur moyen trouvé à ce jour pour lutter efficacement contre la grisaille et la froidure- dont j'aurais aimé vous rapporter plein de souvenirs : Trabalhar Cansa (Brésil), Week-end (U.K.), Elena (Russie), L'enfant d'en haut (Suisse), Le Policier (Israël), Les Vieux chats (Chili), Oslo 31 août (Norvège), Ulysse souviens-toi (Canada), Avé (Bulgarie), I wish (Japon), etc., etc. Et mon coup de foudre totalement inattendu pour Twixt signé Coppola, un film dont j'ose dire qu'il est parfait, même si c'est un grand mot un peu galvaudé (cliché ?), mêlant indubitable maîtrise et  décontraction de la touche, un moment de cinéma aussi éblouissant qu'euphorisant, un univers visuel unique et pourtant familier qui m'a immédiatement séduite.

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J'évoque ici les jolies choses dont j'aurais souhaité garder l'empreinte sentimentale mais il ne faudrait pas laisser de côté celles que j'aurais aimé partager en détails avec vous (vous savez à quel point j'aime les détails, parler, broder, disséquer). Comme ce second semestre qui s'est idéalement passé avec la charge d'un TD bien sympa (qui s'articulait autour de trois disciplines, la littérature, le cinéma et l'histoire, et d'une problématique motivante : "Dans quelle mesure la littérature et le cinéma sont-ils porteurs d’un savoir historique ?") et grâce à la participation d'étudiants enthousiastes, intéressants, gentils comme tout (j'ai même eu un joli cadeau le dernier jour :)) avec qui j'ai pris beaucoup de plaisir à échanger pendant et hors des cours, à parler de tout et de rien, de cinéma, bien sûr, de Godard, de Nancy Huston, de musique, des études,... Ils ont proposé des exposés bien documentés, commenté et critiqué les travaux des uns et des autres, n'ont pas oublié de m'offrir quelques perles ("le Premier ministre d'Hitler, Goethe", "Marin Marais, célèbre violeur", "l'haut-delà", figurent parmi mes préférées) tandis que je luttai activement contre l'emploi substantivé des participes passés ("le ressenti" n'existe PAS, merci !) et autres insupportables déformations langagières qui courent -malheureusement- partout. Je suis ravie de cette expérience enrichissante et si j'avais, l'an dernier à la même époque, la boule au ventre à l'idée d'enseigner, je me sens aujourd'hui infiniment triste de penser qu'à la rentrée ce plaisir me sera probablement interdit pour de stupides raisons (pour être chargé de TD lorsqu'on est doctorant, il faut être âgé de moins de 28 ans au 1er septembre de l'année universitaire. J'aurai 28 ans le 27 août. Pas de bol !). Un second semestre universitaire assez riche puisqu'il a également été marqué par la rédaction -sans fin- d'un article pour une revue féministe dont j'attends beaucoup (doigts croisés, emmêlés, broyés d'espoir) et se terminera avec ma toute première participation à un colloque pour lequel je prépare actuellement une communication (les mains moites et l'estomac sens dessus-dessous sont inclus dans le forfait).

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De grandes aventures culturelles et intellectuelles ont donc rythmé ces derniers mois mais la plus belle d'entre toutes serait plutôt immobilière avec l'adoption d'un nouveau nid spacieux et lumineux placé sous la bienveillante garde du Génie de la Bastille. Un quartier où il fait bon vivre, où trois cinémas de qualité entourent l'Opéra, un appartement en cours de décoration, où rien n'est à refaire mais dont les murs blancs du vaste salon dit "en L" nous invitent à satisfaire toutes nos envies. Je rêve, notamment, d'un confortable canapé qui habillerait l'angle face aux fenêtres, une méridienne qui incite à la paresse, à la lecture, au visionnage sans relâche des meilleurs films de notre collection. J'imagine déjà, dans quelques jours, un moment de détente devant un apéro rafraîchissant et le récap' quotidien du festival cannois, les fenêtres entrouvertes, les voilages blancs agités par une légère brise et le soleil (reviens s'il te plaît !!!). Ou une séance Six-Feet-Underienne parfumée au thé fumé.

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Tout est donc pour le mieux de ce côté de l'écran où la vie nous surprend en permanence, s'organise sans jamais céder à la routine. Des habitudes sont prises, des rendez-vous fixes et essentiels rythment les semaines (les cours de danse du lundi et du jeudi, le yoga, le ciné du mercredi, la sortie du vendredi, la lecture à voix haute du soir, la glandouille assumée du week-end). Un programme bien rodé que viennent illuminer des instantanés de bonheur, des gestes anodins qui flirtent avec le miracle : 150 euros gagnés au grat-grat, des roses blanches offertes un samedi gris, une carte postale écrite et adressée à nous-mêmes, beaucoup de nouvelles paires de chaussures qui-font-même-pas-mal-aux-pieds !, des chocolats élégamment présentés -cadeau pour ma fête-, ses mains sur sa guitare, nos conversations sans relâche, des pass trois jours pour Solidays (les Kiiiiiiiiiills ^^), la maîtrise (toute relative) du pas de valse en tournant, un strudel aux abricots rapporté de la rue des Rosiers, Benjamin Biolay bientôt sur la scène du Châtelet,...

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Voilà pour ce petit billet qui me trottait dans la tête depuis bien trop longtemps, accompagné d'un échantillon  d'images des fêtes de fin d'année, douceurs partagées et présents échangés. Certains le jugeront peut-être un peu trop égo-quelque chose (promis, les deux prochains le seront beaucoup moins) mais j'avais très envie de rassembler et de mettre à l'abri toutes ces choses qui sont déjà des souvenirs. Le temps passe incroyablement vite et la vie me semble si bonne avec moi ces derniers temps que le besoin de tout consigner se fait obsédant. J'espère également que la lecture de ces quelques lignes (bravo à ceux qui en sont venus à bout) vous aura mis un peu de baume au coeur, le bonheur -comme le rire- est communicatif.

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Je vous souhaite un excellent 1er mai, sous un très beau ciel bleu.