Second billet-ciné du week-end ou comment célébrer le festival de Cannes qui refermera ses portes ce soir après la révélation tant attendue. Quel film remportera cette année les honneurs ? Ici, les poupées vaudou sont de sortie et si certaines prennent cher, d'autres sont choyées, cajolées, dorlotées. Même si la sélection 2012 ne m'inspire pas tellement pour l'instant et si j'ai le sentiment de ne pas avoir suivi le festival avec passion (il faut dire que la projection du Woody Allen en guise d'ouverture en 2011 était plus euphorisante), plusieurs noms font battre mon petit coeur, Thomas Vinterberg avant tout, mais aussi Ken Loach et Michael Haneke qui, avec un film intitulé Amour, devrait rafler sans discussion tous les prix. Non mais !

Chercher-le-garçonAprès les âmes tourmentées façonnées par Tim Burton, j'ai envie de revenir vers mon dernier béguin pour un film étonnant, moderne et juste qui avait attiré mon attention quelques semaines avant sa sortie. Plusieurs atouts se battaient dans sa manche à commencer par son format, 1h10, qui laissait présager finesse et élégance. Séduite par plusieurs courts et moyens métrages depuis le début de l'année (Le Marin masqué de Sophie Letourneur et Un Monde sans femmes de Guillaume Brac, tout particulièrement), j'étais impatiente de découvrir ce que Chercher le garçon, de Dorothée Sebbagh aurait à nous offrir. Par ailleurs, l'affiche colorée, un peu fifille mais pas trop (le bleu du ciel domine), nous montrant une héroïne apparemment bien dans ses baskets est plutôt attirante pour qui dit "Oui" à l'amour mais "Non" à la cuculterie. Enfin, le nom de Sophie Cattani, la maman dans Tomboy, perché tout là-haut là-haut, ne gâche rien à l'affaire.  

Par un dimanche ensoleillé, clôturant un week-end des plus agréables ponctué par un très chouette concert de Camille et une exposition récréative et instructive (Beauté Animale au Grand Palais, on en reparlera sûrement), j'ai enfin fait la connaissance d'Emilie (Sophie Cattani, donc), mignonne trentenaire célibataire qui décide de bien commencer l'année nouvelle en s'inscrivant sur un site de rencontres. En quelques clics, infos choisies et photos jolies sont mises en ligne, et très vite, les gros poissons mordent à l'hameçon. Emilie enchaîne donc les rencards avec des hommes, chacun amenant dans son baluchon personnalité, espoirs et attentes.

Du professionel du rendez-vous venu pour tirer un coup au romantique obessionnel en passant par le sportif bavard, le bon pote, l'égocentrique insupportable,... Emilie en verra de toutes les couleurs. Et nous aussi, car si ses prétendants n'ont que quelques minutes pour l'emballer, les acteurs qui improvisent pas mal, n'ont qu'une courte saynète pour nous convaincre. Les échanges vont dont bon train, amusants ou tendres, toujours justes.

Voilà pour la structure du film dont le dispositif tout simple est mis en place dès les premières secondes. Mais Dorothée Sebbagh (co-scénariste de La Reine des pommes, autre film frais et inventif signé Valérie Donzelli auquel il est difficile de ne pas penser tant Chercher le garçon fait à son tour l'effet d'une bouffée d'air frais dans le paysage-ciné français) ne s'en contente pas. Si elle mise sur des personnalités stéréotypées pour s'assurer l'attention et l'adhésion du spectateur, elle truffe son film de délectables détails mis en scène avec ingéniosité. La profession de l'héroïne, illustratrice pour enfants, est une voie qu'emprunte la réalisatrice pour donner à son film un ton créatif et offrir une réflexion sur notre tendance à vivre dans notre monde, virtuel ou imaginaire. Dur dur, dès lors, de se frotter au quotidien et aux déceptions qu'il traîne derrière lui.

chercher le garçon romantique

Par ailleurs, petite bonne femme pleine de charme, Emilie -à l'instar de Romaine (Sandrine Kiberlain), dans Romaine par moins 30- est toujours vêtue de la même manière (sauf pour les seconds rendez-vous) ce qui lui donne des airs de personnage de bande-dessinée. Petite silhouette que l'on regarde évoluer, à laquelle on s'habitue sans forcément s'identifier, à laquelle on s'attache surtout.

Abordant donc le thème de la rencontre amoureuse organisée (quelle évolution depuis le mariage arrangé...), Chercher le garçon est un film dans l'air du temps qui sait se faire romantique, voire romanesque, en tout cas, sentimental, en évitant les écueils qui le conduiraient tout droit vers une fin conventionnelle adhérant au discours conservateur sur l’épanouissement féminin qui passerait par le couple. Si Emilie trouve l'amour (j'ai bien dit "Si" suspense!), ce ne sera pas au prix d'un sacrifice puisque dès le départ elle "cherche le garçon". Et cette quête lui permettra de se révéler à elle-même, de nouer une solide amitié avec un homme tombé à ses pieds dans de drôles de circonstances, de se mettre au sport avec enthousiasme et d'en tirer une satisfaction personnelle. C'est en cela que le film de Dorothée Sebbagh est aussi sympathique qu'innovant : nous sommes habitués aux comédies romantiques qui nous proposent des parcours de femmes désespérées qui finissent par se réaliser grâce à une rencontre amoureuse fortuite et salvatrice. Emilie, elle, est une femme indépendante et souriante ; trouver le garçon ne fera pas son bonheur mais y participera activement, tout comme y participent les relations amicales et les endorphines (c'est super important d'endorpher !). 

Dorothée Sebbagh ne porte pas de jugement sur ce qu'est, doit ou devrait être l'amour, mais laisse tout de même planer l'idée qu'il vaut mieux laisser faire les choses. Aussi,  le jeune homme qui ne parvient pas à séduire Emilie, fera le bonheur de sa cousine (Aurélie Vaneck que reconnaitront les fidèles de Plus belle la vie) qui, elle, préfére aux rencontres hasardeuses via le Net le hasard des rencontres offertes par la vie.

Chercher-le-garçon

Enfin, s'il est difficile de ne pas évoquer les mélodies pop qui ponctuent le film, il est impossible de ne pas souligner que celui-ci se déroule sous le ciel de la très belle ville de Marseille. Tourné principalement en extérieur, il nous fait passer du virtuel du site aux sites ensoleillés de la Cité Phocéenne, et nous donne furieusement envie de prendre le large.

Chercher le garçon (pendant que d'autres se demandent où sont les meufs et les vaches, c'est comique ^^) est pour l'instant, ma plus heureuse découverte 2012, le film auquel je décernerais sans hésiter une Palme couleur arc-en-ciel pour avoir su utiliser les codes de la comédie romantique tout en donnant un sérieux coup d'éclat au genre, pour m'avoir fait sourire pendant 1h10 et laissée sur mon petit nuage toute la soirée.