Bonjour, bonjour !

Comment vont mes chers compagnons de route en ce début de semaine ? Votre programme du week-end a-t-il fait honneur au beau ciel bleu qui nous accompagnait généreusement ?

De mon côté, très peu de sorties (je n'ai même pas mis le nez dehors dimanche, préférant m'offrir une journée casanière, toujours bienvenue pour reprendre des forces) mais plusieurs occasions de sourire, c'est bien l'essentiel. J'ai pu voir deux films tout à fait différents mais qui m'ont également séduite, que je vous recommande donc en fonction de votre humeur du moment. Une très chouette comédie française, tout d'abord, Les Gamins, d'Anthony Marciano, qui m'a réconciliée avec le rire au ciné après le naufragesque Mariage à l'anglaise. Ce rire-là a le mérite de n'être pas bête, au minimum pensé. Cela n'exclut pas quelques allusions sexuelles et autres grossièretés et lourdeurs, mais dialogues et scénario sont fondés sur des arguments un brin plus solides. Tout aussi comico-romantique que Prête-moi ta main, avec le même Alain Chabat (en grande forme mais sans excès) et la délicieuse Charlotte Gainsbourg (là, nous avons les tout à fait charmantes Sandrine Kiberlain et Mélanie Bernier), Les Gamins sait se faire méchant, tendre, tordant et même surprenant (présence de quelques trombines dont Monsieur Iggy, excusez du peu !).

Petite remarque néanmoins : pourquoi lorsque Alain Chabat, Mââââle de son état, dit "Je lui bouffais la chatte" (oui, oui, c'est pas toujours aussi fin que le Boursin), la salle explose d'un rire spontané et clair tandis que lorsque la jolie Sandrine Kiberlain ose un "Je vais commencer à penser à des p'tits plans cul", personne ne moufte et -pour un peu- on entendrait les mouches désapprouver en secouant leurs ailes d'un air navré ??? 

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Second très bon moment ciné, Promised Land, signé Gus Van Sant qui, après la douceur de Restless, nous charme à nouveau avec ce film écolo dans lequel il brosse quelques savoureux portraits ruraux et nous plonge dans une Amérique populaire et familiale, tendre et traditionnelle. Entre vrai suspense, fondé sur des enjeux économiques et sociaux, et touches d'humour (grâce, notamment, à la présence cohen-ienne de Frances McDormand), Promised Land nous emporte pour près de deux heures qui filent comme une. Oh ! Et Matt Damon -à l'origine du scénario- m'a pour la toute première fois vivement impressionnée par son jeu et son charisme et me pousse à revoir mon jugement, sans doute précipité ou tout simplement erroné (y'a qu'les imbéciles...).

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Autre réjouissance du week-end, côté lecture celle-ci : j'ai dévoré, entre vendredi soir et dimanche matin, Teacher Man de Frank McCourt, découvert cette semaine après un petit tour sur la blogo-littéraire (une mine !). Je vais essayer de me procurer dès demain les deux premiers tomes de ses mémoires et vous reparle de ce coup de coeur très prochainement.

Voilà pour mon week-end, mes Chers, mais avant son arrivée toujours aussi attendue, il a fallu survivre toute une semaine, et cela a été rendu possible grâce à quelques bouffées d'air frais : l'exposition Chagall au Luxembourg, et un autre film à propos duquel je souhaitais vivement écrire tant il m'a bouleversée, Le Temps de l'aventure, de Jérôme Bonnell.

Immédiatement séduites par la bande-annonce -une fois n'est pas coutume- et admiratrices d'Emmanuelle Devos (qui interprète ici Alix, une comédienne), ma mère et moi étions très impatientes de découvrir ce film couvert d'éloges lors de sa sortie. A tel point que nous avions fini par nourrir quelques appréhensions...

Mais dès les premières images, le charme a opéré. La prestance de l'actrice n'est plus a démontrer et les premières scènes qui nous entraînent dans les coulisses d'un théâtre, nous laissant entr'apercevoir les comédiens en action tandis qu'Alix observe derrière le rideau, en attente, donnent le ton et esquissent le propos du film, confirmé par une scène d'audition qui joue à fond la carte de la double-énonciation (petite pensée pour Mulholland Drive).

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Life is a stage, certes. Mais l'envie, le besoin d'en reprendre les rênes sont parfois plus forts que la raison.

Le Temps de l'aventure, joli titre printanier qui donne envie de fredonner du Françoise Hardy, doit -à mon sens- s'entendre "Le Temps ET l'aventure", car c'est avec un double "timing" que s'amuse le réalisateur en nous proposant de suivre Alix au fil de son parcours parisien. Ce n'est sans doute pas un hasard si cette journée pas comme les autres, une journée expérimentale, se déroule le 21 juin, date qui permet quelques scènes d'errances parisiennes festives et musicales, mais est aussi jour le plus long de l'année. 

Depuis son réveil très matinal pour gagner Paris, sa ville d'origine, depuis Caen, où on l'attend le soir même pour une énième représentation, Alix nous entraîne donc de trains en métros, de rendez-vous -manqués, plaisants, inattendus,...- en galères. Car, à l'instar du personnage qu'elle interprète lors de son audition comico-tragique (une fille fragilisée par son goujat de mec qui se retrouve enfermée dehors, à moitié nue), elle est elle-même un peu paumée, sentimentalement. Et comble du cauchemar moderne : son portable et sa carte de crédit sont totalement HS, batterie et compte en banque à sec. A poil, donc.

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Le temps, lui, tourne toujours rond, infaillible.

Alix grimpe dans le métro, puis en sort, s'engoufre dans les couloirs bondés, laisse sa chance à la correspondance, reste sur le quai, hésite, se lance, repart, change de direction, prend rendez-vous avec sa mère pour déjeuner (besoin d'un pilier, d'une confidente ?) mais débarque à l'improviste chez sa soeur, à qui elle ne cause plus, pour une baston franginale d'anthologie.

C'est que l'aventure s'est mêlée de sa vie, entre deux regards échangés avec un inconnu, dans le train. Hasard ou occasion à saisir ? Un nouveau rôle à jouer ? Alix avouera au détour d'une conversation sa difficulté à se soumettre au rythme qu'impose le tic-tac des horloges. Le passé, l'avenir, empêchent de vivre le présent qui empêche de... De vivre ? Sauf peut-être lorsqu'elle est sur scène, lorsqu'elle fait son job -"pas pour la gloire", précise-t-elle, d'ailleurs- dégaine son masque et se glisse dans la peau d'une autre. Cette sacrée unité de temps ne servirait pas que la vraisemblance.

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A force de se faire aventureuse, de défier le temps, Alix s'emmêle les aiguilles et joue sa vie : elle avance son retour à Caen, puis décide de prendre le train suivant, puis le prochain. Et puis, après tout... Et puis, à quoi bon ?

L'aventure, que l'on pourrait penser sentimentale (certains spectateurs l'ont peut-être perçue ainsi uniquement, cela m'intéresse de le savoir), est individuelle et féminine. Alix, au cours de cette folle journée, nous propose sa version de Vingt-quatre heures de la vie d'une femme, qui sonne comme une prise de position, une révolution. Nos vies doivent suivre le rythme du temps qui nous est imposé mais qui nous interdit de nous étourdir dans les bras de l'inconnu ? Oh ! Cet inconnu ne doit pas forcément être grand et sombre, comme chez Woody (d'ailleurs, l'amant de Lady Alix -très juste et délicat Gabriel Byrne- est fadasse, à souhait mais à dessein : plus exquise esquisse que tableau de maître). L'inconnu, ce peut être cette rue que l'on emprunte sans se fier à notre itinéraire, cette voie qui n'était pas censée être la nôtre qu'on embrasse sans trop savoir pourquoi.

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Alors que le scénario tourne et retourne la tête de son personnage principal façon russes montagnes, il m'a aidée à remettre mes propres idées en place. J'ai vu ce film mercredi avant de passer une partie de l'après-midi en larmes, véritablement chamboulée, sans comprendre ce qui m'arrivait. Puis, le nuage s'est effiloché comme un vieux vêtement qu'on ne voudrait pas jeter mais qui se rend de lui-même à l'évidence : il faut savoir faire place nette pour respirer plus sainement, plus librement. Dès le lendemain matin, je me suis sentie différente, plus forte et plus heureuse. Je veux, moi aussi, vivre mon aventure, en sautant du train en marche, en me laissant guider par les hasards des correspondances et par le temps, celui qui passe mais surtout celui qui reste. Et en profiter.

Au-delà de ma petite psychanalyse-perso, Le Temps de l'aventure -vous l'aurez compris- possède mille richesses cinématographiques et émotionnelles dont il ne faut pas se priver.

Je vous souhaite un très beau début de semaine, mes Chers, et espère repasser bien vite par ici, pour un petit billet lecture ;)