Bonjour mes Chers !

Comment allez-vous en cette fin de radieuse journée ? Avez-vous pu profiter du soleil ou prévu un petit apéro post-boulot sous ses derniers rayons ? C'est incroyable comme ce temps magnifique change la vie, embellit le moral et chasse tous les petits nuages du quotidien. Ma journée me semble par-faite !

Pourtant, après une nouvelle "insomnuit", elle n'était pas très bien partie, avec un cours à 8 heures dans cette stupide fac. Bouh ! Mais, plus efficace qu'une baguette magique, le matinal ciel bleu qui m'a accueillie m'a redonné sourire et énergie. C'est ainsi qu'après deux heures de parlote autour de Rabelais et la scolastique, Perec et l'indicible (le tout passionnant, au demeurant), j'ai pris le chemin de la Cité de la Mode et du Design, à Austerlitz, afin de visiter, non seulement une très bonne exposition -qui permet de patienter avant la réouverture du musée Galliera (quand ? QUAND ?), mais aussi un bâtiment à la structure insolite qui titillait ma curiosité depuis longtemps.

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Mannequin : Le corps de la mode (jusqu'au 16 mai) propose une réflexion sur l'évolution du mannequin (corps mais aussi personnalité), tout entière fondée -m'a-t-il semblé- sur les notions d'ambiguité et d'ambivalence, sans oublier une intéressante dimension critique.

En effet, empruntant son nom à un objet (le mannequin en osier du 19ème siècle), le mannequin est en tension permanente entre idéal féminin et artificialité, notoriété et anonymat, capacité d'adaptation et formatage. Valeur marchande autant qu'esthétique, son corps doit se plier aux diktats qu'il pourra ensuite véhiculer : corps contraint, corseté, puis liberé, culte de la minceur ou de la beauté imparfaite, il passe par tous les états, se voit modifié par des dizaines de petites mains qui s'agitent autour de lui, le modèlent, avant la case retouchage (dès le 19ème siècle, oui, oui).

La personnalité qui anime ce corps-objet n'est pas en reste et connaît elle aussi d'intéressants changements puisque la valorisation du métier (après la Seconde Guerre mondiale) a permis la reconnaissance du mannequin. De l'élégance parisienne des années 30, incarnée par des femmes du monde, actrices, chanteuses (telle Nelly Martyl, chanteuse à l'Opéra comique au début du 20 ème siècle), aux supermodèles des années 80-90, dont les seuls prénoms suffisent à faire tourner la tête des grands photographes tels Helmut Newton et Peter Lindbergh, le mannequin participe à la déconstruction des codes (souvenez-vous de l'étrange beauté de Kate Moss révélée par Corinne Day) tout en représentant une forme aussi mouvante que glacée de féminité.

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Corinne Day

Etant donné la problématique abordée par l'exposition, les axes explorés m'ont paru évidents, non par manque de recherche, mais parce que toute réflexion sur le corps se retrouve immanquablement confrontée à cette notion d'ambivalence qui est ici très généreusement illustrée. Et c'est bien ce qui fait la richesse et l'intérêt de cet événement.

Proposée par le musée Galliera dans le cadre de son programme hors-les-murs, l'exposition nous invite à découvrir une centaine de tirages mais aussi de nombreuses vidéos, couvertures de magazines, et autres documents interactifs (une vidéo de photoshopage, e-shop de grandes marques présentant des mannequins privés de visage,...).

J'ai retrouvé avec un immense plaisir quelques artistes dont j'apprécie le travail, voire que j'affectionne tendrement, comme Cindy Sherman, la photographe-transformiste, pour sa collaboration avec Comme des Garçons dans les années 90

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Il faut également compter avec les étonnantes photographies de Bourdin et de Valérie Belin, qui interrogent la notion de corps artificiels (glaçant), d'Helmut Newton, de Man Ray, d'Irving Penn dont la femme Lisa Fonssagrives-Penn fera la couverture du Time en 1945.

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Guy Bourdin

Le corps du mannequin, photographié sous toutes ses coutures est dupliqué à l'envi, sous forme de diptyque, triptyque, surimpression,... 

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Anonyme (robe Madeleine Vionnet 1933)

Mais c'est sans doute sur les podium que les changements -que dis-je ! Bouleversements ! Révolutions !- se laissent admirer. Terminés les timides allers-retours des jolies demoiselles des années 20, qui déboutonnent leur manteau, découvrent leurs épaules, puis les recouvrent,... dans une ronde ennuyeuse. Les années 80-90 voient débarquer Naomi, Cindy, Iman, Karen, Claudia,... Et c'est un vent de folie qui souffle sur le catwalk ! Une vidéo de quinze minutes qui auraient pu durer des heures nous propose un tourbillon d'extraits des défilés Mugler : extase totale de votre serviteuse, admiratrice absolue de ces silhouettes de femmes fatales, futuristico-insecto-uchroniques !

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Très beau document également, le défilé Galliano "Everybody is beautiful" (Printemps/ Eté 2006) au cours duquel ses créations (extraordinaires) sont portés par des personnes au physique "hors norme", nains, obèses,... Vous vous en souvenez ? Ah moi, comme si c'était hier !

Vous l'aurez sans doute compris, j'ai passé un moment des plus agréables à déambuler -très tranquillement- dans les deux vastes salles dépouillées des Docks où je vous recommande donc de faire un tour de piste. L'exposition rappellera à ceux qui en ont besoin que la mode est un art autant qu'un phénomène de société et invite donc à la réflexion.

J'ai été particulièrement intéressée par la dimension critique inhérente au travail de certains artistes, photographes, stylistes, mannequins, qui dénoncent à travers leurs différentes oeuvres, créations, et attitudes, les travers d'un milieu cruel. Je pense aux photographies de Bourdin et Belin, bien sûr, mais aussi aux créations de Martin Margiela, au défilé Galliano mais aussi celui d'Alexander McQueen (Printemps-Eté 2004), dont la mise en scène est inspirée des livre et film On achève bien les chevaux (le fameux derby) et dénonce alors l'épuisement des corps.

Vous pourrez profiter de votre visite pour partir à la découverte de cet étrange bâtiment qui, en dépit de son aspect "parking de supermarché" assez déplaisant de prime abord, abritent plusieurs bars et restaurants et une immense terrasse.

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Les Docks faisant face au ministère des finances, depuis le pont d'Austerlitz

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Tout énergisée par le soleil, j'ai décidé de rentrer à la maison à pieds, en traversant le pont jusqu'à la gare de Lyon, tout en bavardant agréablement au téléphone avec une personne très chère, ce qui nous a permis d'organiser quelques sorties, dont notre balade à la mer ! Hummmmm ! Petit arrêt en librairie pour y acheter Gatsby le Magnifique, qui fera l'ouverture du Festival de Cannes le 15 mai (à lire avant de courir en salle le soir de sa sortie ^^). Puis, entre le déjeuner et la reprise des sériosités littéraires, j'ai pris plaisir à rôtir une petite heure au soleil devant une eau pétillante : la saison du girafon-porcinet est ouverte, mes Chers, me voilà toute rosée, le front et le nez couverts de tâches de son !

Une journée parfaite, comme je vous le disais, qui se terminera par les premiers épisodes de la nouvelle saison de Grey's Anatomy et quelques pages d'un récit qui m'a happée et séduite dès les premières lignes : Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? de Jeanette Winterson. A suivre !

A très bientôt mes lecteurs préférés ! Soyez heureux et amusez-vous :)