Je n'avais jamais été tentée par les romans de Carlos Ruiz Zafon : couverts d'éloges ou saignés à blanc, dans les deux cas, le traitement qui leur est généralement réservé ne m'inspirait pas confiance (une odeur de polémique commerciale ou de mauvaise foi trop incommodante pour mes fragiles naseaux). C'était sans compter une de mes dernières virées en bibliothèque lors de laquelle, apercevant exposé La Dame en noir, de Susan Hill (aussitôt emprunté), j'ai eu envie de me lancer dans une petite thématique "trouillette". Je me suis alors tournée vers le romancier espagnol, ayant souvenance de sa réputation de "maître du roman gothique contemporain", confirmée par les quatrièmes de couverture. Cependant, face à la généreuse étagère, ma main n'a pas été attirée par L'ombre du vent ou encore Le Jeu de l'ange, "déjà culte" comme on dit, mais par sa Trilogie de la brume destinée, a priori, au jeune public. Je dis bien a priori car dans sa préface, l'auteur exprime son souhait d'écrire des romans qui "puissent plaire à des lecteurs de tous âges", de ceux qu'il aurait lui-même voulu lire dans son autre vie.

Le Prince de la brume, publié en Espagne en 1993, en 2011 en France inaugure cette saga adolescente qui a pour suite Le Palais de Minuit et Les Lumières de septembre mais est également le premier roman écrit par Carlos Ruiz Zafon.

le prince de la brume

Si ces trois volumes forment un ensemble, c'est par leurs thématiques et atmosphère communes, mais demeurent tout à fait indépendants les uns des autres : ils ne reprennent pas les mêmes personnages et proposent chacun son propre cadre spatio-temporel. Ils peuvent donc se lire dans le désordre, ce que je ne manquerai pas de faire puisque le troisième roman éveille ma curiosité bien plus efficacement que le deuxième.

Mais, pour l'heure, revenons à notre Prince de la brume.

Dans l'Angleterre en guerre (nous sommes en 1943), les Carver et leurs trois enfants -Alicia, Max et Irène- s'installent dans un village de bord de mer, dans une grande demeure dans laquelle vivait autrefois un couple fortuné et heureux jusqu'au décès de leur petit Jacob. Sans suspense inutile, les bizarreries de rigueur se manifestent et la rencontre amicale entre Max et Roland -adolescent téméraire vivant avec son grand-père gardien de phare- est l'occasion rêvée de déterrer un passé aussi trouble que mystérieux quitte à mettre au jour des secrets de famille, au savoureux goût de malédiction (c'est meilleur ^^), enfouis depuis des années et titiller les nerfs fragiles d'un être terrifiant qui, tapi dans la brume, attendait de faire entendre à nouveau l'écho de sa voix diabolique. Niark niark niark niark !

Entre un jardin abritant des statues-clownesques qui ne semblent pas seulement de marbre, d'antiques bobines de films, l'épave de l'Orpheus -cargo échoué dans la baie et à propos duquel le grand-père semble en savoir un bout-, les adolescents ont trouvé de quoi occuper leur été.

Les veinards !

Parce que moi, mes Chers, je m'ennuyais ferme pendant ce temps et vivais une bien pénible expérience avec cette première incursion dans l'oeuvre de Carlos Ruiz Zafon. En dépit des éléments indispensables à une intrigue aussi distrayante que prenante (maison hantée et matou caractériel compris), rien ne m'a encouragée à tourner les pages avec curiosité, avidité et passion, comme je l'aurais tant souhaité. Quant au petit frisson désiré, l'enjeu même de ma séquence "trouillette", je l'attends toujours.

La faute sans doute à un trop grand nombre de facilités (les parents et la jeune soeur, inutiles à la résolution de l'enquête et plutôt encombrants, sont habilement éjectés de l'histoire juqu'aux dernières pages) et de lourdeurs. Les motifs récurrents du roman gothique passent ici pour de vulgaires clichés, associés à des personnages à peine esquissés, nullement attachants, voire carrément irritants (l'auteur nous gratifie d'une amourette de pacotille qui ne lui sert qu'à combler son cahier des charges). Roman plutôt court, à peine deux cents pages, Le Prince de la brume passe rapidement pour creux et sans âme.

N'arrangeant rien, le style de l'auteur (mais s'agissant d'une traduction, mon avis est tout relatif) m'a paru aussi naïf que son brouillon d'intrigue. J'ai été tout particulièrement agacée par ce choix maniaque d'appeler en PERMANENCE les parents par leur prénom ET nom. Mais quelle drôle d'idée ?!

Restent de prometteuses descriptions, notamment maritimes, qui laissent entrevoir un indéniable talent pour élaborer une véritable atmosphère et, de fait, un roman plus solide, à condition d'y faire évoluer des personnages qui ne seraient réduits à d'évanescentes silhouettes au coeur d'une intrigue autrement que prévisible.

Roman pour la jeunesse mais aussi roman de jeunesse, ce premier essai manque de toute évidence de maturité et se contente de nous renvoyer l'image floue que se faisait probablement, à ce moment-là, l'auteur d'un ouvrage pour adolescents en quête de sensations fortes.

Vous me pensez odieuse ? Ce serait mal me connaître, mes Chers (j'ai d'ailleurs été brève afin d'édulcorer mes propos et limiter les reproches) car, aussitôt refermé Le Prince de la brume, j'ai souhaité donner une nouvelle chance à l'auteur, en usant cependant d'une petite ruse : plutôt que de poursuivre la trilogie, je me suis glissée -non sans appréhension- entre les pages de Marina, roman lui aussi destiné à un large public qui a, d'ailleurs, la particularité d'avoir été publié en France dans deux éditions : jeunesse et adulte (monnaie, monnaie ?).

Alors, qu'en ai-je pensé ? Le Prince de la brume est-il à considérer comme une première tentative (de lecture comme d'écriture) infructeuse et naïve ou ai-je tourné le dos définitivement à l'auteur à succès ?

La réponse prochainement ;)