29 octobre 2009
Hiver, de Jon Fosse, au théâtre de l'Atelier
Dimanche, j'ai assisté à l'une des premières représentations de la pièce Hiver, du norvégien Jon Fosse, présentée jusqu'à la fin de l'année au théâtre de l'Atelier.
Je suis allée la voir sans même savoir de quoi elle parlait ; la seule chose qui m'importait c'était ELLE, Nathalie Baye. Pouvoir admirer cette brillante actrice, la voir jouer en direct, sous mes yeux, m'emballait carrément.
Mais à vous, il faut tout de même que je vous dise de quoi il est question dans Hiver !
Cette pièce nous amène à découvrir deux personnages, un homme et une femme, qui se rencontrent par hasard dans un jardin public. Elle est débraillée, parle bizarrement, à moitié folle ou carrément ivre, on ne sait pas trop. Lui est très classe, c'est un homme d'affaires, venu en ville pour un rendez-vous professionnel. Lorsque la mystérieuse femme lui propose de l'accompagner à l'hôtel, il accepte. Tout d'abord distant, il se laisse amadouer et tombe sous son charme.
Présentée ainsi, la pièce peut faire envie. On imagine une histoire d'amour improbable, un peu bancale, une rencontre inattendue mais heureuse, finalement très romantique. C'est le cas, en effet. Mais il y a autre chose dans cette pièce de très particulier et finalement assez gênant : le texte.
L'écriture de Jon Fosse est très contemporaine ; s'enchaînent des phrases courtes, que les personnages ne finissent d'ailleurs pas toujours, mais qu'ils répètent sans fin. Cela créé une certaine musicalité certes, mais j'ai eu beaucoup de mal à m'y faire, à me laisser porter en allant au-delà des mots. La poésie contenue dans ce langage si particulier est peut-être plus probante en version originale. Du moins, je l'espère !
Ce "blocage" au niveau du texte ne m'a vraiment pas aidée à me plonger dans l'histoire de ces deux êtres que seule la solitude rapproche. Même si leur rencontre est touchante, eux-mêmes n'ont pas réussi à me troubler. En effet, le comportement du personnage joué par Nathalie Baye m'a fait penser à celui d'Hanna dans The Reader (le film), trop mystérieuse et trop froide, pour me donner envie de la connaître. Quant au personnage masculin, interprété par Pascal Bongard, il m'a fait le même effet, avec sa manière de ne jamais aller au bout de ce qu'il pense et ses mimiques de grand bênet, assez insupportables.
Hiver m'a laissé un avis plutôt mitigé. Plus que convaincue par Nathalie Baye (qui est vraiment superbe), par le fond de cette histoire et son ton tragi-comique, j'ai été assez refroidie par les personnages, trop flous et le texte déroutant (et pourtant, j'ai bouffé du Valère Novarina par kilos !!).
Je ne vous la déconseille donc pas mais vous invite à vous renseigner un peu sur l'auteur avant de vous lancer.
Le site du théâtre de l'Atelier ici.
01 octobre 2009
Qui est M. Schmitt, au théâtre de la Madeleine
Culturellement parlant, la saison 2009/ 2010 s'annonce vraiment riche et cela vaut naturellement pour la programmation théâtrale. J'ai envie de voir une bonne demi-douzaine de pièces, au bas mot.
J'ai commencé mon marathon-théâtre mardi soir en allant voir dans le beau théâtre de la Madeleine (note à moi-même : arrêter de faire une fixation sur les madeleines) cette pièce dont l'affiche et le résumé m'interpellaient.
Le rideau se lève sur l'appartement de M. et Mme Bélier, un couple de bourgeois tout ce qu'il y a de plus classique. Ils sont en train de dîner lorsque soudain (suspense...) le téléphone sonne. Rien de bien extraordinaire me direz-vous, sauf que M. et Mme Bélier n'ont jamais eu de ligne téléphonique ! L'interlocuteur demande alors à parler à M. Schmitt et rappelle une deuxième fois, puis une troisième. M. et Mme Bélier, totalement abasourdis se rendent soudainement compte qu'ils ne sont pas chez eux : les livres dans la bibliothèque ne sont pas les leurs, le portrait de Mme Bélier-mère a été remplacé par celui d'un chien de chasse. Qu'est-ce qui s'passe-t-il ? Un complot ? Un cambrioleur honnête qui vole mais remplace ? Une blague de Madame à Monsieur ? Lorsque la police arrive, tout ce complique et pour ne pas embrouiller les choses davantage, M. et Mme Bélier décident de faire semblant d'être les Schmitt. Semblant ? Peut-être pas tant que ça...
Curieuse comme je suis, ce suspense autour de l'identité des Bélier-Schmitt m'a tout de suite donné envie de foncer au théâtre pour connaître le fin mot de l'histoire. Et j'ai plus que bien fait !
Qui est M. Schmitt est une excellente pièce vraiment surprenante. Elle est tout d'abord incroyablement drôle ! Jamais je n'ai vu des spectateurs rire autant, tous ensemble. Il y avait, dans la salle, une très bonne ambiance et, sur scène, une véritable alchimie entre les acteurs. Richard Berry, que j'ai toujours trouvé sympathique sans pour autant mettre sa bobine en fond d'écran, m'a complètement bluffée ! Il est génial, dit son texte avec aisance et naturel, sait employer un ton plein de distance, d'ironie, qui donne encore plus de poids à ses répliques (le texte est plein de trouvailles jubilatoires). Raphaëline Goupilleau, qui interprète sa femme, est elle aussi irrésistible. Tout d'abord agaçante, avec sa petite voix à la Valérie Mairesse (qui m'éneeeeeeeeeeeerve au plus haut point), elle devient vite attachante par sa naïveté touchante, puis bouleversante dans son rôle de mère et de femme résignée. Seule déception, la prestation de Chick Ortega, qu'on a pu voir il y a quelques mois dans Baby Doll.
Les premières minutes de la pièce m'ont fait penser à La Cantatrice chauve de Ionesco. Et il est vrai qu'il y a une dimension absurde dans Qui est M. Schmitt. Mais pas seulement. La grande force de cette pièce est, je pense, son dénoument, totalement inattendu, presque violent, au moins dérangeant, qui m'a vraiment perturbée, si bien que j'ai eu du mal à applaudir à la fin tant j'étais encore sous le choc. Néanmoins, la plupart des spectateurs étaient hilares, ce qui reste un mystère pour moi (donc si vous avez vu cette pièce et que la fin vous a fait rire, je serais curieuse de savoir pourquoi, vraiment).
Une pièce dans laquelle la légéreté se mêle à la profondeur, le comique au tragique, et qui nous donne, sans qu'on s'en aperçoive, matière à réflechir.
J'espère que les autres pièces de mon programme seront aussi bonnes, mais la barre est drôlement haute !
PS : j'ai donc passé une excellente soirée seulement gâchée par un siège tout pourri : un strapontin en début de rangée, à cheval entre deux marches, soit surélevé par rapport aux autres sièges. Mes pieds touchaient difficilement terre (alors que je suis plutôt grande) et mes deux fesses avaient du mal à cohabiter (alors que je ne suis pas forte). Bref. C'est sympa de faire des tarifs jeunes, ça l'est moins de nous coller des places de merde...
18 août 2009
20 000 lieues sous les mers, au théâtre Déjazet
Samedi, j'ai assisté à un merveilleux spectacle que je ne peux que vous encourager à découvrir. C'est bien simple, je n'avais encore jamais vu pareille pièce : drôle, émouvante, palpitante, originale et incroyablement surprenante.
20 000 lieues sous les mers, mise en scène et interprété par Sydney Bernard, nous permet de découvrir ou redécouvrir le chef-d'oeuvre de Jules Verne et nous invite à prendre place dans l'inoubliable Nautilus aux côtés du mystérieux capitaine Némo.
Tout commence en 1869 avec le retour inattendu du professeur Aronnax, illustre naturaliste que tout le monde pensait disparu à jamais, en l'honneur de qui est organisée une réception à laquelle nous sommes conviés. Accueillis personnellement par l'assistant du professeur, nous prenons place dans une superbe salle rouge et or. Sur scène, le professeur Aronnax s'enflamme à mesure qu'il nous raconte son incroyable voyage, remontant dans le temps, trois ans auparavant.

Il nous apprend alors comment en 1866, lui et deux de ses compagnons de voyage ont été recueillis par le capitaine Némo et nous offre une visite guidée du célèbre Nautilus. Seuls moments de calme avant la tempête. Car les 20 000 lieues ne vont pas se parcourir en un jour et pas sans obstacles : l'équipage affrontera un requin, un poulpe géant, devont faire face à un maëlstrom, découvriront l'Atlantide, et plein d'autres choses encore.
Au fur et à mesure de son récit, le professeur Aronnax transforme sous nos yeux son bureau en sous-marin, utilise tous les objets qui l'entourent pour rendre son histoire vivante. Aussi, un coquillage légèrement arrondi devient tour à tour une barbe, un éventail puis un cornet acoustique ! Les jeux de lumière, la musique et des surprises jamais vues nous aident à plonger totalement dans cet incroyable récit d'aventure.

J'ai été enchantée par cette découverte ! 20 000 lieues sous les mers est une pièce immanquable cet été et surtout une adaptation grandiose de l'oeuvre de Jules Verne dont Sydney Bernard n'a pas changé un seul mot. Ayant lu ce momument de la littérature lorsque j'étais ado, j'avais vraiment l'impression d'évoluer dans le luxueux Nautilus, je voyais sa magnifique vaisselle, son orgue immense, ses pièces majestueuses et intimidantes. Je voyais aussi le capitaine Némo, cet homme blessé, mystérieux, amoureux de la nature mais ayant rayé à jamais de son coeur le monde des hommes.
Cette pièce est également l'occasion de rappeler le génie et la clairvoyance de Jules Verne qui déjà à l'époque faisait référence au Gulf Stream ainsi qu'à la chasse aux baleines et à la disparition de certaines espèces.
Un texte d'actualité, plein de poésie que Sydney Bernard a su mettre en scène de manière inoubliable.
Et je ne vous parle pas de l'attaque du poulpe géant en live !!! Rien que pour ça, il faut y aller !!!
C'est où ? Au théâtre Déjazet, 41 Bd du Temple, Paris III° M° République
C'est quand ? Jusqu'au 26 septembre. Représentations à 15h et à 20h30
C'est combien ? Il y a en ce moment une promotion très intéressante sur Ticketac : la place en première catégorie à 21 euros au lieu de 31,50 (frais de location compris).
Info +++ : La pièce dure 80 minutes. La bande-annonce et de nombreuses photos de la pièce sont disponibles sur le site.
17 juillet 2009
Coups de foudre, au Vingtième Théâtre
Pendant des semaines, j'ai vu des affiches pour cette pièce dans mon quartier puisqu'elle était programmée au Théâtre Musical Marsoulan pendant les mois de mai et juin. Mais le temps passe tellement vite que lorsque je me suis décidée à réserver des places, il était trop tard.
Sauf que...
Dans le cadre du festival Les Musicals organisé au Vingtième Théâtre, Coups de foudre a été reprogrammée pour quelques nouvelles représentations.
Aussi, s'il est un peu idiot de vous parler d'une pièce que vous ne pourrez pas voir dans les jours prochains, il faut que je le fasse car : on ne sait jamais ! Elle peut très bien, dans le cadre d'un autre festival par exemple, être reprogrammée cet été ou à la rentrée dans un autre théâtre. Et dites vous bien que je vais guetter ça de près -je vous tiendrai donc au courant- car j'ai déjà envie de la revoir !
Nous nous sommes donc rendues samedi soir, ma Lucette et moi, au Vingtième Théâtre que je connaissais déjà pour y avoir vu Mélinda et Mélinda d'après le film de Woody Allen il y a quelques mois. Mon avis n'a pas changé : c'est une salle confortable et qui permet de voir d'absolument partout.
Parlons maintenant de la pièce.
Coups de foudre nous raconte une magnifique histoire d'amour... Heu... Non... Pardonnez-moi, ce n'est pas tout à fait ça.
Coups de foudre nous entraîne dans un drôle de royaume, celui d'Eris, la Déesse de la Discorde, sur lequel elle règne épaulée par son valet -super sexy le valet- Hermès et ses trois sbires. Dans ce monde en noir et blanc, point de place pour les bons sentiments (la rime n'est pas volontaire). On se demande alors comment Cassandre et Jason, deux amants vêtus du rouge de la passion, s'y sont retrouvés. Idem pour Alceste, un jeune homme tout timide, et Daphné qui attend l'amouuuuuuur. Peu importe. Le résultat est que notre Eris est fort agacée par la présence de ces quatre roucouleurs. Elle va donc faire appel à deux séducteurs nés pour mettre un peu le bazar là-dedans : Narcisse, un dandy magnifique, et Circé, la magicienne femme fatale !
Amour, passion mais aussi haine et trahison vont naître de ce puzzle amoureux.
Et là, vous vous dites "qu'est-ce qu'elle nous gonfle avec son histoire de chassés-croisés qu'on a déjà vue mille fois".
Oui. Mais non.
Car Coups de foudre a la particlularité d'être une pièce musicale, de la première à la dernière seconde. Un peu à la manière d'On connaît la chanson d'Alain Resnais, ce sont des morceaux connus de tous qui vont servir de dialogues aux personnages. Et la set-list est plus que variée ! Boris Vian s'adresse à Jenifer tandis qu'Anaïs fait un brin de parlote avec Sylvie Vartan. Je pourrais vous en citer des dizaines.
J'avais trouvé le principe de Mamma Mia génial, réussir à intégrer des chansons à une narration, c'était déjà une prouesse. Mais là, il n'y a aucun blabla pour nous permettre de raccrocher les wagons ; ceux qui sont à l'origine de cette pièce ont réussi à nous faire comprendre toute une histoire sans nous guider par autre chose que des chansons !
Coups de foudre est une vraie réussite car au-delà de son originalité, c'est une pièce très drôle, parfois émouvante, qui nous présente des personnages vraiment attachants et avec beaucoup de caractère. Côté comédiens, rien à redire. Ils jouaient tous aussi bien qu'ils chantaient. Et j'ai bien cru reconnaître une comédienne que j'avais croisée dans la pièce Cinq filles couleur pêche. L'enquête est ouverte !
Autre gros point fort de ce spectacle, le décor et les costumes, très inspirés de l'univers de Tim Burton, un réalisateur que j'aime énormément (mais qui n'aime pas Tim Burton ?!) et du Rocky Horror Picture Show.
Pour que vous vous fassiez une idée :



J'espère pouvoir en reparler très bientôt. Cela serait le signe d'une bonne nouvelle !
16 avril 2009
Nathalie Ribout, au théâtre Marigny
En 2004, je suis tombée amoureuse de Nathalie.
Nathalie, le film d'Anne Fontaine (qui va d'ailleurs sortir cette année dans sa version us, avec Julianne Moore) et Nathalie, cette superbe entraîneuse, embauchée par une femme inquiétante (Fanny Ardant) pour séduire son mari (Depardieu père).
Le film m'avait totalement séduite et sa fin vraiment surprenante avait fini de m'emballer. Et puis il y avait cette actrice, Emmanuelle Béart, dont je ne suis pas particulièrement fan mais qui, dans ce film, était plus belle que jamais.
Quand j'ai su que le film venait d'être adapté au théâtre, j'ai d'abord eu quelques doutes, puis, lorsque j'ai su que Virginie Efira, la blondinette de la chaine la plus inutile du P.A.F. (à savoir M6) allait reprendre le rôle de Nathalie, j'ai pensé que c'était définitivement mort. Ce n'est pas que je n'avais pas confiance en ses talents d'actrice (en Belgique, son pays natal, elle a déjà fait ses preuves) mais c'est qu'elle me semblait tellement fadasse à côté de la bombe Emmanuelle, tellement pas crédible en entraîneuse de bar, que j'ai très longtemps hésité à me rendre au théâtre Marigny.
Puis je me suis lancée.
Et j'ai passé quatre-vingt-dix minutes d'une rare intensité.
L'intrigue reste très fidèle au film : Sonia, une cantatrice, bourgeoise et cultivée, embauche Nancy, une entraîneuse enjouée et plutôt bonne fille, pour séduire son ex-mari, coucher avec lui et plus si affinités. Sonia créée pour Nancy un personnage que celle-ci devra interpréter comme une actrice : elle devient Nathalie Ribout, gentille petite secrétaire, jolie mais banale. Elle devra alors à chaque rendez-vous avec Sonia lui raconter par le menu les détails les plus intimes de chacune de ses rencontres avec son ex.
La pièce nous propose donc deux personnages à la limite de la folie, de la schizophrénie. Sonia, qui souffre d'entendre Nancy lui raconter ses ébats avec son ex mais qui insiste pour en savoir toujours plus, revit son histoire et tente de dépasser sa peine afin de devenir une nouvelle femme. Nancy, quant à elle, semble se prendre au jeu de l'amour avec l'ex de Sonia. Même si elle met un point d'honneur à raconter ses rencontres à la troisième personne : "Lui et Nathalie Ribout ont baisé, Nathalie Ribout a pris du plaisir", on sent qu'elle éprouve des sentiments naissants, non pas envers l'homme qu'elle doit séduire, mais envers cette situation inédite pour elle : se sentir aimée.
Toute la pièce est donc absolument fascinante, comme le sont ces deux personnages aux multiples facettes. Néanmoins, j'ai été déçue par la fin, bien trop édulcorée et gentillette... C'est dommage car la pièce est d'une telle force que la fin originale aurait été une véritable apothéose.
Comme c'est toujours le cas avec les pièces du théâtre Marigny, j'ai beaucoup aimé le décor, raffiné et ingénueux, qui nous plonge au coeur d'un appartement bourgeois, et nous donne l'impression de regarder par le trou de la serrure.
Quant aux actrices, elles sont toutes les deux superbes dans un genre différent. Maruschka Detmers est d'une élégance folle, d'un raffinement séduisant et inquiétant, sa chevelure brune, son maquillage très accentué, son accent, font d'elle une femme très noble, qu'on sent véritablement souffrir. Virginie Efira, elle, est une révélation ! Même si elle ne me fera jamais oublier Emmanuelle Béart, décidemment trop sexy, elle campe une Nancy/ Nathalie d'un autre genre, plus mutine, plus lumineuse, en parfaite opposition avec le personnage de Sonia. Les deux actrices portent donc leurs personnages avec un immense talent et nous donnent surtout à voir un duo soudé. En effet, on sent entre elles une alchimie, une complicité faite de respect et d'admiration, qui donnent encore plus de profondeur à leurs personnages.
Si j'ai adoré Baby Doll que j'ai vue il y a deux semaines, Nathalie est sans aucun doute ma pièce coup de coeur de ce début d'année. En plus, j'ai eu la chance d'avoir une place au troisième rang (qui est en fait le deuxième rang puisque le premier rang reste inoccupé), ce qui m'a permis de me sentir au coeur de cette pièce incontournable.
Je ne sais pas quoi vous dire d'autre à part : allez-y !
C'est où ? Théâtre Marigny-Popesco, M° Champs-Elysées-Clémenceau
C'est quand ? Du mardi au samedi à 21h, le dimanche à 16h
C'est combien ? Comme toujours, il y a tous les prix. Pour ma part, j'ai dégoté une place à 20 euro au troisième rang donc (1ère catégorie) sur le site du théâtre (promotion internet). Il faut fouiner ! Il est quand même bon de savoir que la salle n'est pas très grande, on doit donc très bien voir, même en corbeille.
02 avril 2009
Baby Doll, au théâtre de l'atelier
Dès que j'ai su que Mélanie Thierry était à l'affiche d'une nouvelle pièce de théâtre, j'ai tout de suite souhaité la découvrir. J'avais tellement adoré cette comédienne dans Le vieux juif blonde en 2006, je ne voulais pas la manquer dans son nouveau rôle.
Il faut croire que Mélanie Thierry choisi bien mieux ses pièces que ses films ! En effet, Baby Doll est une pièce admirable, qu'on a envie de revoir à peine sorti du théâtre.
L'histoire est pourtant simple. Baby Doll a été marié à Archi Lee, un exploitant de coton ruiné, par son père mourant, qui a eu la bonté de poser une condition : le mariage ne sera consommé que lorsque Baby Doll fêtera ses 20 ans. Alors qu'elle s'apprête à souffler ses vingt bougies, pour le plus grand bonheur de son mari, Baby Doll fait la connaissance de Silva Vaccaro, un étranger dangereusement sexy, concurrent d'Archi Lee, qui le soupçonne d'être à l'origine de l'incendie qui a détruit son égreneuse à coton. Silva va alors se servir de Baby Doll pour nuire à son rival.
Il sera donc question de vengeance, de sexe, de manipulation, mais aussi de machisme, de racisme et surtout de la solitude.
Si les thèmes abordés sont plutôt classiques, j'ai découvert un texte extraordinaire. Je ne connais pas du tout l'oeuvre de Tennessee Williams (j'ai seulement vu Un Tramway nommé désir, d'Elia Kazan) et j'avoue que j'ai été séduite dès les premières répliques. Le texte est très fort, incroyablement bien écrit et surtout dôle, plein d'ironie.
Il est par ailleurs superbement mis en valeur par une mise en scène intelligente, un décor très réussi (se dresse devant nous une maison de poupée déglinguée plus vraie que nature), une ambiance, une atmosphère parfaitement reproduite -on se croit réellement dans le Sud des Etats-Unis, on en sent la chaleur, la moiteur- qui nous intrigue, nous inquiète et nous fascine. On sent en effet la tension monter entre les personnages : la rivalité entre Archi Lee et Vaccaro ne fait qu'augmenter tandis que la tension sexuelle entre Baby Doll et ce dernier atteint des sommets.
Impossible de vous parler de cette pièce sans évoquer le talent des comédiens qui la portent. Malheureusement, étant placée sur le côté, je n'ai pas pu voir Théo Légitimus en action, je ne peux donc rien dire sur son jeu. Par contre, j'ai été bluffée par les quatre autres acteurs. Monique Chaumette, qui joue la tante Rose de Baby Doll, m'a beaucoup émue, son rôle de petite vieille mignonne est vraiment craquant et surtout beaucoup plus important qu'on peut le penser au départ. Quant aux deux hommes de l'affaire, Xavier Gallais (Vaccaro) et Chick Ortega (Archi Lee), ils nous offrent deux personnages puissants, forts, très différents l'un de l'autre (Archi Lee est aussi rude que Vaccaro est mielleux) mais finalement très semblables car prêts à tout pour arriver à leur fin.
Et que dire de Mélanie Thierry ? Elle est une parfaite Baby Doll ! Ce rôle de femme-enfant, d'apparence ingénue mais qu'il ne faut surtout pas prendre pour une buse, lui colle tellement à la peau que je suis incapable d'imaginer une autre actrice dans ce rôle. Elle est fraîche, belle, généreuse, lumineuse, et, le plus important, très douée. Elle dit son texte avec énergie, le vit, le ressent, nous fait beaucoup rire et nous attendri en même temps.
Je vous conseille donc à tous d'aller voir cette Baby Doll de vos propres yeux, vous ne serez pas déçus !
Pour ma part, cette petite sortie a juste été gâchée par l'organisation du théâtre. Oui, j'ai encore un petit coup de gueule à passer ! Le théâtre, fort joli au demeurant, est composé de trois parties : l'orchestre, la corbeille, le balcon. Samedi, la corbeille était au trois-quart vide, tandis que nous nous entassions au balcon. Je trouve ça vraiment dommage que dans ce cas de figure, le personnel ne puisse pas nous autoriser à descendre prendre de meilleures places. Bon, moi je m'en fiche, j'étais pas si mal perchée là-haut, mais j'ai été un peu écoeurée d'entendre la placeuse dire à une dame : "vous avez payé pour cette catégorie, vous y restez !" Ma mère m'a sorti sa théorie là-dessus : "si le théâtre permet aux gens qui ont payé 7 euros de prendre une place qui en coûte 40, plus personne ne prendra les places à 40 et croisera les doigts pour être surclassé." Bon, c'est pas faux. Mais quand même ! Lorsqu'on aime vraiment le théâtre, est ce qu'on fait ses choix de manière aussi calculée ?
C'est où ? Au théâtre de l'Atelier, M° Anvers
C'est quand ? Jusqu'à fin juin 2009, du mardi au samedi à 21h, le samedi à 17h30 et le dimanche à 16h
C'est combien ? Entre 7 et 39 euros sur le site du théâtre
Info +++ : La pièce dure environ 1h40
04 février 2009
Marilyn, de Nadia Bruel, au théâtre de l'île Saint-Louis

Comme j'ai commencé la journée en parlant théâtre, que j'ai continué avec une bonne dose de glamour à travers le personnage d'Holly/ Audrey Hepburn/ Golightly, je vais vous parler maintenant de la pièce de théâtre la plus glamourissime qui soit et que j'ai pu voir ce dimanche, Marilyn.
Tout d'abord, je dois vous dire comment j'ai dégoté cette merveille. Je cherchais dans L'Officiel des spectacles, dans la liste alphabétique, une pièce sur Marie-Antoinette (qui se joue au théâtre de la Madeleine) et je tombe sur Marilyn. Cela m'interpelle tout de suite car je suis une grande admiratrice de l'actrice-chanteuse depuis toute petite (seule chose de valable que m'ait transmis ma belle-mère). Je lis le maigre résumé "De Cole Porter à George Gershwin, les étoiles du Jazz illuminent le récit de cette vie légendaire". Marilyn + jazz + Gershwin = état de transe totale ! Je saute sur le téléphone et me réserve une place illico. Une preuve que le hasard fait vraiment très bien les choses car j'ai passé un après-midi au pays des merveilles !
Rien que le théâtre vaut le détour. Idéalement situé dans l'île Saint-Louis (où j'ai croisé Jamel Debbouze, sa femme et leur progéniture en balade dominicale - passionnant n'est-ce pas ? ! ), cette salle est l'une des plus petites de Paris. D'après ce que m'a dit une petite dame avec qui j'ai bavardé avant le spectacle, il s'agirait d'un ancien studio de cinéma, racheté par le propriétaire actuel des lieux, un octogénaire passionné par les arts du spectacle. Le théâtre, qui se trouve au fond d'une petite cour comme on aime en découvrir à Paris derrière les somptueuses portes cochères, ne possède que cinquante places, autrement dit, on se sent tout de suite "comme à la maison", dans une ambiance "cocon" accentuée par les poutres au plafond et la couleur rouge dominante.
Nous sommes peu nombreux dans la salle mais tous nous attendons la même chose : Marilyn. Je devrais plutôt dire Nadia Bruel la fabuleuse actrice à l'origine du spectacle, mais c'est pourtant bel et bien Marilyn Monroe que je vois arriver sur scène. Elle titube, moulée dans sa belle robe à paillettes puis se retourne et nous donne à voir ce visage si familier que nous ne connaissons pourtant qu'à travers des films mythiques comme Certains l'aiment chaud ou The Misfits.

Nadia Bruel nous fait décoller pendant près d'une heure et demi (qui passe en un claquement de doigts) et nous permet de partager quelques instants volés, inespérés avec notre Idole. Néanmoins, la comédienne ne tombe pas dans les pièges de la vulgaire imitation. Elle ne nous livre pas un numéro de sosie ou je ne sais quelle banalité. C'est Marilyn qui parle à travers elle et non Nadia Bruel qui joue à faire "sa Marilyn" en se contentant de revêtir son habit de lumière. Et pour cause, le texte de cette pièce est le fruit d'un véritable travail puisque Nadia Bruel l'a écrit elle-même à partir de trois livres sur Marilyn. Aussi, elle nous propose un voyage dans le temps en nous présentant la petite Norma Jean en manque de père et nous emmène jusqu'au triste jour d'août 62 où le cinéma a perdu l'une de ses plus brillantes étoiles. La pièce met largement en lumière la relation très particulière qu'avaient nouée Marilyn et son psychiatre, sorte de père de substitution, aujourd'hui en bonne place au classement des meurtriers présumés de la Star.
Quelle place le jazz tient-il dans tout ça ? Et bien mes amis, figurez-vous que la pièce de Nadia Bruel prend vite des allures de comédie musicale puisque la belle n'hésite pas à prendre le micro pour nous interpréter une bonne dizaine de chansons du répertoire de Marilyn. Et tout ça est extrêmement bien pensé car, à la manière de la comédie musicale et du film Mamma Mia, les chansons s'intègrent parfaitement à la narration. C'est un véritable travail d'orfèvre ! Ai-je besoin de vous parler de la magnifique voix de Nadia Bruel ? Oui il le faut, car elle est extraordinaire ! Elle chante comme Marilyn, avec les mêmes intonations, les mêmes soupirs, sauf qu'elle s'approprie les textes et nous livre de nouvelles émotions.
J'étais totalement fascinée par ce spectacle de la première à la dernière seconde. Nadia Bruel est d'une rare générosité, fait participer son public, joue avec lui, sourit à ses spectateurs avec beaucoup de naturel. J'ai ressenti tout un tas d'émotions : le plaisir de voir un spectacle si réussi, si vivant, la joie de voir une comédienne aussi douée, et le bonheur d'avoir sous mes yeux ma toute première Idole. Je dois même avouer qu'à plusieurs reprises j'avais "les yeux qui piquent" tant j'étais heureuse qu'une personne m'ait permis de caresser du bout des doigts mon rêve : passer quelques instants avec Marilyn !
Nous sommes tous ressortis de la salle plus que comblés, d'autant que nous avons pu échanger quelques mots avec la comédienne. Cette pièce mérite vraiment d'être vue, en tout cas c'est mon gros gros coup de coeur théâtral (à mon avis, Nadia Bruel a dépassé la performance de Charles Gonzalès en Camille Claudel que j'avais pourtant adoré) et c'est dans ce genre d'occasion que je suis bien contente d'avoir créé ce blog : s'il permet d'amener à Nadia Bruel ne serait-ce qu'un spectateur supplémentaire, je serais ravie (et elle aussi ^^)
C'est où ? Au théâtre de l'île Saint-Louis, 39 quai d'Anjou, Paris IV°, M° Saint-Paul ou Pont-Marie
C'est quand ? Le dimanche à 15 heures
C'est combien ? 15 euros pour les étudiants, 20 euros pour les autres
Info +++ : Puisque j'ai évoqué Camille Claudel, je vous suggère, tant que vous y êtes, de continuer votre chemin le long du quai d'Anjou, jusqu'au numéro 19 du quai de Bourbon où se situe l'ancien atelier de l'artiste.
Disco Pigs à la Manufacture des Abbesses
Je ne vous ai jamais caché ma passion pour les cochons que je collectionne sous toutes les formes depuis que je suis microscopique. Aussi, lorsqu'en parcourant L'Officiel des spectacles je suis tombée sur cette pièce au titre piguesque, j'ai jubilé ! Bien sûr, le piguisme ne fait pas tout, alors creusons un peu.
Disco Pigs a été écrite par Enda Walsh, le scénariste du film Hunger, qui a reçu la Caméra d'or à Cannes en 2008. Auteur dramatique né à Dublin, Enda Walsh vit désormais à Cork, autrement dit, c'est forcément un gars super (oui, mes critères sont limités ! ) Plus sérieusement, sa pièce Disco Pigs a remporté un franc succès avant d'être jouée sur nos terres puisqu'en 1997 elle a reçu le prix Stewart Parker ainsi que le prix George Devine pour la meilleure nouvelle oeuvre. Par ailleurs, la pièce a inspiré un scènario qui a donné un film réalisé par Kristen Sheridan à qui l'on doit August Rush.
Alors que raconte cette pièce décrite comme étant "une comédie punk-rock" ? Sinead et Darren sont nés le même jour, à la même heure, au même endroit. Voisins, ils ont grandi ensemble et font les quatre cents coups. Rebaptisés "Truie" et "Porc", ils règnent en maîtres sur leur petit monde imaginaire "Porc City"" où ils sèment la terreur. En effet, entre punk, alcool et bastons, on ne peut pas dire que ces deux-là soient des enfants modèles. Alors qu'ils s'apprêtent à fêter leurs 17 printemps dignement (donc à grand renfort de punk, d'alcool et de bastons), la jeune Sinead-Truie réalise qu'elle a envie d'autre chose sans savoir vraiment de quoi. Elle prend conscience que tous les petits délires qu'elle partageait avec Darren-Porc ne sont plus vraiment les siens. En cette nuit de débauche, Cork va devenir le théâtre d'un grand bouleversement.
Pièce sur l'adolescence, sur l'amitié, sur le passage à l'âge adulte, Disco Pigs a le mérite d'être très originale. En effet, ces thèmes qui ont été traités des milliers de fois ne l'ont jamais été d'une manière si particulière. Les deux personnages sont très fouillés, on parvient très vite à cerner ces deux fortes personnalités et on devine que cette nuit va être un tournant dans leur vie. Les deux acteurs, Anne-Laure Gruet et Nicolas Morvan (également metteur en scène), sont très impliqués dans ce qu'ils font : la pièce ne connaît aucun temps morts et nous fait passer par toute une gamme de sentiments. Néanmoins, j'ai trouvé le jeu de l'acteur un peu dérangeant, sa manière de parler en hachant toutes ses phrases est assez pénible au bout d'un temps. En revanche, Anne-Laure Gruet m'a étonnée par son incroyable énergie. Il faut également noter que cette pièce est très intéressante par sa mise en scène, ses lumières mais surtout sa bande-originale, ce qui est une chose assez rare au théâtre.
Une pièce que je conseille à tous ceux qui ont vécu le passage de l'adolescence à l'âge adulte comme un électrochoc, à tous les amateurs de bonne musique, de l'esprit punk, et biensûr, à tous les buveurs de Guinness !
C'est où ? A la Manufacture des Abbesses, 7 rue Véron, Paris 18° M° Abbesses
C'est quand ? Du mardi au samedi à 19h, jusqu'au 14 fevrier 2009
C'est combien ? Entre 24 et 13 euros, selon que vous soyez débrouillards ou pas !
Info +++ : Si vous avez l'occasion de vous rendre sur place avant de réserver vos billets, il y a, à la Manufacture, des flyers qui permettent d'avoir des places à 13 euros.
16 décembre 2008
Mélinda et Mélinda, au Vingtième Théâtre
En 2005, Woody Allen nous ravit avec son film Melinda et Melinda, dans lequel deux auteurs new-yorkais tentent de définir si la vie est une tragédie ou une comédie. Chacun va alors raconter l'histoire de Mélinda à sa sauce, en commençant de la même manière : Mélinda, une jeune femme déboussolée, débarque lors d'un diner entre amis. Idée très simple mais qui, grâce au talent du maître Woody, devient un excellent film, plein de rebondissements et de surprises.
Quand j'ai appris que le film venait d'être adapté au théâtre, j'ai sauté sur l'occasion, curieuse de voir ce que cela allait donner et heureuse de pouvoir revoir tous les personnages délirants du film.
Le rideau se lève sur un appartement sur lequel plane l'ombre de Woody : bibliothèques blindées de livres, affiche du film Manhattan, musique jazzy en fond sonore... Des amis sont réunis et s'apprêtent à passer une soirée sympa. Ils sont auteurs, acteurs, musiciens, parlent de leurs projets artistiques en s'imbibant d'alcool. C'est le moment que choisit Mélinda pour faire son entrée : elle est la voisine du dessous, vient d'avaler une tonne de médicaments suite à une déception amoureuse et vomi sur le tapis blanc du couple. Nous sommes pleinement dans le registre de la comédie. Mais l'une des invités n'est pas d'accord avec cette histoire qui ne reflète pas l'essence de la vie qui se veut tragique. Elle rembobine le film et nous propose sa version de l'arrivée de Mélinda. Celle-ci refait son entrée. Cette fois elle est une vieille amie de fac de l'hôtesse, femme dépressive, elle a perdu la garde de ses enfants après avoir tué son amant. Elle passe son temps à boire et à avaler des pilules. A partir de là, vont s'alterner scènes comiques et scènes tragiques, ayant pour seul dénominateur commun cette fameuse Mélinda. Si dans un cas, elle sera le déclencheur d'une passion amoureuse, dans l'autre elle sera au coeur d'un adultère. Dans les deux cas, elle est celle qui va révéler les sentiments profonds des personnages qui l'entourent.
La pièce est donc plus ou moins fidèle au film, elle en reprend les grandes lignes. Mais on est quand même bien loin de l'oeuvre de référence. En effet, la pièce peine à nous convaincre, les acteurs en font beaucoup trop, les passages de la comédie à la tragédie manquent de subtilité, les personnages n'ont vraiment rien d'attachant et la Mélinda -dans les deux versions- est grotesque. L'humour de Woody Allen manque (malgré quelques clins d'oeil comme le tablier de l'hôte "My psy is rich"), le rythme aussi. On est proche du théâtre de boulevard, bien loin de la prouesse allénienne. Je suis donc plutôt déçue par cette pièce qui, même si on ne la compare pas au film, ne vaut pas le déplacement.
Néanmoins, cette sortie au Vingtième Théâtre m'a permis de découvrir une salle que je ne connaissais pas et qui m'a bien plu (très "salle de cinéma", avec ses fauteuils en velours rouge plutôt confortables). De plus, on parcourant le programme j'ai repéré quelques pièces qui m'ont l'air bien sympas, notamment Beautiful thing qui se jouera du 9 janvier au 1er mars. A voir.
C'est où ? Au Vingtième Théâtre, 7 rue des Plâtrières, 75020 Paris, M° Ménilmontant
C'est quand ? Jusqu'au 31 décembre, du mercredi au samedi à 19h30 et le dimanche à 15h
C'est combien ? Entre 22 euros et 12 euros (tarif étudiant)
Info +++ : la pièce dure 1h30
29 octobre 2008
Equus, de Peter Shaffer au théâtre Marigny
Quel week-end ! Après avoir passé le samedi soir avec une princesse moribonde et sept nabots, j’ai partagé mon dimanche après-midi avec un cinglé hippophile. Oh non, c’est la vilaine Fifi qui parle là ! La gentille Fifi dirait plus simplement : j’ai assisté dimanche à la représentation d’Equus, de Peter Shaffer, mis en scène par Didier Long au théâtre Marigny. Voilà !
Je suis sûre que même ceux qui n’ont pas vu cette pièce la connaissent, surtout les filles, n’est ce pas ? ! Ouai ouai, pas la peine de se planquer, on est toutes pareilles ! Et oui, c’est la pièce dans laquelle joue Daniel Radcliff et où il montre sa baguette magique, mais pas celle qu’on a l’habitude de voir dans Harry Potter... Vous saisissez ? (En même temps, je ne suis pas très subtile sur ce coup là ! ). Bref, point de sorcier pour moi dimanche, mais un jeune comédien frenchy absolument parfait. En effet, tout l’intérêt de cette pièce, créée à Londres en 1973, repose sur les épaules délicieusement musclées de Julien Alluguette.
Le comédien interprète Alan Strang, jeune homme de dix-sept ans, traîné chez le très réputé psychiatre Martin Dysart (Bruno Wolkowitch, impérial) après avoir commis un geste aussi odieux qu’inexplicable : il a crevé les yeux de six chevaux. Le Docteur Dysart a pour mission d’amener Alan à se confier et à comprendre son coup de folie. Equus est donc une pièce qui nous entraîne dans les méandres d’un jeune esprit fragile et perturbé, et qui ne doit pas être envisagée comme un pur divertissement. En effet, Equus ne laisse pas le spectateur indifférent, le malmène même parfois. Mais par-dessus tout, ce n’est pas une pièce qu’on aime ou qu’on n’aime pas. Je m’explique. Si je suis ressortie du théâtre quelque peu déçue, ce serait trop simple de dire que je n'ai pas aimé la pièce. Et pour cause, les comédiens à eux-seuls rendent impossible un tel constat. Tous sont parfaits, des rôles principaux aux secondaires (la juge, les parents d’Alan, son amie, le propriétaire du ranch, l’infirmière), ils trouvent le ton juste pour dire un texte pourtant complexe. Quant aux deux rôles principaux, il s’agit de deux véritables performances (vous pouvez parier sur eux pour les Molières). En permanence sur le devant de la scène pendant plus de deux heures, Wolkowitch et Alluguette ne commettent aucune faute, sont tout en puissance mais sobres à la fois. Je suis également obligée d’évoquer la scène où Alluguette nous fait partager son anatomie. Son talent se fait tellement présent à cet instant que sa nudité devient secondaire. Son corps apparaît comme sculpté, on peut vraiment voir se dessiner devant nos yeux une tête de cheval, semblable à l’affiche, son torse est un personnage à lui tout seul.
Mais malgré une interprétation irréprochable Equus souffre quand même de gros défauts, qui pourraient tous se résumer en un mot : lourd.
Tout d’abord, tous les acteurs sont sur scène durant toute la pièce alors que certains n’interviennent qu’une fois ou deux. Cette lourdeur (la scène est trop chargée) est accentuée par des jeux de lumière et des décors bien pensés mais trop imposants (le manège qui monte et qui descend... je ne suis pas convaincue). Quant au texte lui-même... très très très bavard ! A la fin, j’ai pensé : « tout ça pour ça ! ». Car malgré les apparences, le cas de Strang est très simple, voire simpliste : « oh pauvre Alan, ado traumatisé par des parents hypocrites et une mère bouffée par la religion. » Vous voyez, rien de révolutionnaire. Pourtant, à cause de certains passages interminables, on a l’impression d’être totalement largué, de ne plus rien comprendre, au point d’avoir hâte que tout cela prenne fin. Le plus intéressant est en fait la relation qui se noue entre le patient et le psy, qui remet sa vie en question au fur et à mesure qu’il apprend à connaître Alan, au point d’envier le jeune patient, fou mais libre. Cette fascination est renforcée par une ressemblance évidente entre Wolkowitch et Alluguette (ou c'est moi qui me fais des films ? )
J’espère que mon avis sur la pièce ne vous découragera pas, ce n’est pas du tout mon but. Equus est vraiment une pièce à voir, et même si vous n’accrochez pas à l’histoire vous serez immanquablement séduits par les comédiens. On reparlera d'eux au mois de mai !
Où ? Au théâtre Marigny, station Champs Elysées (ligne 1).
Quand ? jusqu'au 31 décembre.
Combien ? Il y a autant de prix que de sites Internet ! Mais il faut, grossièrement, compter entre 30 et 55 euros.
Info +++ : Soyez attentifs : la pièce commence avant que la salle soit plongée dans le noir. Mon voisin de gauche avait encore le nez dans son portable quand Wolkowitch était déjà sur scène.