Bonjour mes Chers !

Aujourd'hui, c'est repos, alors quoi de mieux qu'un petit roman-détente qui fait du bien au moral ?!

Les romans de Gilles Legardinier, Demain j'arrête ! et Complètement cramé, n'ont cessé d'attirer mon regard durant l'hiver avec leurs couvertures colorées, bestiales et déjantées. Aussi, lorsque le premier est sorti en poche, je n'ai pas laissé passer une journée avant de l'acquérir et de m'y plonger. Oh... Pas seulement pour ce pauvre petit chat affublé d'un horrible bonnet péruvien mais aussi parce que j'étais très curieuse de découvrir comment un auteur Mâle, auteur de polar qui plus est, allait mettre en scène une héroïne féminine et, apparemment, un peu secouée du bocal. Autrement dit, je m'interrogeais sur le goût qu'allait avoir cette tranche de chick-lit à la sauce bonhomme.

demain

Ma foi, mes Chers, la réponse est : exquis ! Assurément, la recette créée par l'auteur est digne des plus grands chefs. Son roman est intelligemment équilibré, ni trop lourd, ni trop sucré et pourtant très riche : il propose un savoureux mélange d'humour, de romantisme, de folie-douce, mais aussi de tendresse, d'humanité, le tout relevé d'une pointe de suspense et d'aventure façon roman d'espionnage.

Nous faisons la connaissance de Julie Tournelle, vingt-huit ans, dans des circonstances qui donnent le ton puisque cette récente célibataire se trouve à la fête de divorce d'un ami, à propos de laquelle elle nous confie : "De vous à moi, je trouve sa fête de divorce bien plus sympa que ses noces." Et oui, les choses se passent comme ça de nos jours, mes Chers, le mariage est terriblement démodé : divorçons tous en c(h)oeur ! Au cours de cette soirée, un illustre inconnu lui pose la question à un million, sans possibilité du 50-50 : "C'est quoi le truc le plus idiot que tu aies fait dans ta vie ?" Et notre Julie est loin d'avoir besoin d'un jocker puisque "gaffeuse" est son deuxième prénom : "Je pouvais faire la liste par ordre alphabétique ou par ordre chronologique, au choix." reconnaît-elle.

C'est ainsi, par cette introduction toute souriante, que nous poussons les portes du Monde Merveilleux de Julie Tournelle, qui va nous le raconter, ce truc stupide.

Oh non, non, non ! Ne comptez pas sur moi pour vous révéler quoi que ce soit sur ce point ! En revanche, je peux vous donner quelques autres informations, tout à fait croustillantes elles aussi.

Nous faisons peu à peu connaissance avec Julie et découvrons son petit univers, féminin et doux-dingue, où résonnent -et font raisonner- les aphorismes pertinents de sa grand-mère (qu'on aurait bien aimé connaître également). Julie n'est pas Parisienne -ce qui nous change des autres romans du genre-, elle ne vit même pas dans une grande ville (bouh, la honte !) mais aime passionnément son quartier qui l'a vue grandir. Elle en parle en termes très émouvants, révélateurs d'un des traits de caractère de cette jeune femme pour laquelle je me suis aussitôt prise d'affection :

"J'aime bien ma rue. Il y a une vraie vie, une ambiance. Les immeubles sont anciens, à taille humaine ; il y a plein de trucs sur les balcons, des plantes, des vélos, des chiens. Côté commerces, on est super bien servis ; on trouve de tout, de la petite librairie à la laverie. (...). Il y a une légère pente vers l'ouest. Quand le soleil se couche, on pourrait croire que plus loin, en bas, on trouvera le port, l'horizon, la mer, même si la première côte est à des centaines de kilomètres. J'ai grandi à deux pâtés de maisons d'ici (...). Je connais tout le monde et je me sens chez moi."

Nous aussi, nous nous sentons d'emblée chez nous, dans le roman de Gilles Legardinier, aussi accueillant qu'un joli parc fleuri aux premiers jours du printemps.

love

 

Julie est une jeune femme au grand coeur, une fille toute simple, une amie fidèle, qui essaye juste de se faire une vie meilleure après un échec sentimental qui l'a laissée sur le carreau. Une fois par mois, elle retrouve ses copines pour un traditionnel "diner de filles" bavard et riche en rebondissements autant qu'en confidences, pas le banal poulailler où ça cancanne sévère. Non. Ces filles sont de véritables amies, solidaires et complices, et n'hésitent pas à se mouiller les unes pour les autres. Julie est aussi très liée à Xavier, son meilleur ami depuis la maternelle, pour qui elle ménera à bien une mission commando des plus délirantes, preuve de son amitié sincère et de son dévouement. 

Julie, qui n'est pas en crise permanente avec ses parents, a plutôt les pieds sur terre même si sa tête de linotte joue parfois à cache-cache avec les cieux. On se demande alors quelle mouche l'a piquée lorsqu'elle  vire complètement cramée pour un beau Mâle. C'est à ce tournant du roman que j'ai ressenti quelques belles frayeurs : et si Julie n'était qu'une héroïne-girly comme les autres ? Demain j'arrête ! un énième roman de chick-lit sans surprises ? J'ai poursuivi ma lecture et, soupir de soulagement, entre deux poussées délirantes (car Julie reste cette folle-dingue totalement accro à un mec, chose que j'ai beaucoup de mal à comprendre et qui m'a quelque peu agacée tout au long de ma lecture), j'ai retrouvé la jeune fille fraîche et rigolote à laquelle je m'étais attachée dès les premières lignes. Elle se montre même de plus en plus responsable, comme si le bordel monstre de sa vie sentimentale l'entraînait vers la raison pour tout le reste. Elle prend de grandes décisions professionnelles, qui montrent sa détermination, et nous assistons à de très belles scènes, notamment lorsqu'elle se lie à sa voisine, Madame Roudan, une vieille dame esseulée. Le roman se fait très tendre -mais surtout pas tire-larmes-, il nous dit simplement les "petites choses de la vie", celles qui lui donnent toute sa saveur.

La fin, totalement rocambolesque, nous rappelle les origines de l'auteur : oui, Gilles Legardinier vient bien de ce vaste pays que l'on appelle "Polar", et il nous embarque pour quelques chapitres dans une véritable aventure ! Un renversement des plus plaisants qui justifie la dinguerie de Julie et nous force à lui pardonner son côté midinette-timbrée, parfaitement irritant.

Les dernières lignes qui nous font entendre la voix de la jeune femme délivrent une belle leçon de vie, tout comme les sept pages de remerciements de l'auteur que j'ai lues le coeur tout serré.

"Et pour finir, à toi lecteur : écrire cette histoire en espérant qu'elle te ferait du bien m'a rendu heureux."

Oui, vous m'avez fait du bien, M. Legardinier, et je suis au moins aussi heureuse que je vous souhaite de l'être (c'est que vous avez intérêt à avoir la patate pour nous offrir très vite un nouveau roman aussi réussi que celui-ci ^^).

Une très jolie lecture qui fait un bien fou !