Bonjour mes Chers !

Mes plus anciens et fidèles lecteurs s'en souviendront peut-être, dans une autre vie -qui s'étend sur les deux premières années de Vilaine Fifi- j'avais pour habitude de publier un billet-ciné hebdomadaire pour vous présenter et partager les films vus en salle, de manière exhaustive. L'"exhaustivité" était, en effet, le maître-mot en ce temps-là. Mais le quotidien s'enrichit de nouvelles occupations et je n'ai plus tenu ce rythme (je n'en avais plus très envie, il faut bien dire).

Ce que je vous propose aujourd'hui, c'est de renouer avec cette petite tradition cinémaphile dont j'aimais surtout la régularité. Le rythme et le principe de cette publication seront néanmoins différents : non plus hebdomadaire mais mensuel, avec des avis plus concis et des liens vers les billets plus complets (consacrés à un seul ou deux films) égrenés au fil du mois.

Inaugurons donc ensemble cette série de billets-bilans, dont la présentation sera peut-être amenée à changer. Le temps nous le dira. Pour l'instant, suivez le guide :)

Ce mois-ci, j'ai réussi à organiser mon temps de façon à voir quatorze films (en terme de chiffre aussi, je renoue avec une tradition qui m'a bien manqué), avec pas mal de très bonnes choses dans le lot, voire de véritables enchantements.

Mes coups de coeur

Le temps de l'aventure, de Jérôme Bonnell, avec Emmanuelle Devos, saisissante et Gabriel Byrne, tout en retenue. Ces vingt-quatre heures de la vie d'une femme, qui se lance dans une aventure-aveugle et lance un défi au temps, m'ont totalement chamboulée. Au fil des scènes, des prises de conscience, des choix de l'héroïne -une comédienne venue passer la journée à Paris pour une audition- on s'aperçoit que l'aventure est sans doute moins charnelle qu'intime et, qu'au bout du chemin, c'est elle-même qu'elle espère trouver. Un film pudique et féminin, pur et rare.

Quartet, de Dustin Hoffman, la perle so british du mois ! Un casting éblouissant, un écrin chaleureux (une maison de repos pour musiciens et chanteurs d'opéra retraités), du romantisme et beaucoup d'humour : un film que j'ai regardé sourire aux lèvres, de la première image à mes larmes finales.

Survivre, de Baltasar Kormakur. Film islandais, inspiré de faits réels s'étant produits en 1984 (grande année ^^) composé de deux parties très différentes mais tout aussi prenantes l'une que l'autre, sans aucune rupture de rythme. Dans la première, nous assistons au naufrage d'un chalutier au large des côtes islandaises -l'occasion de découvrir les difficiles conditions de vie des pêcheurs et de leur famille-. Les hommes périssent les uns après les autres en quelques minutes, à l'exception d'un seul, véritable miraculé, dont nous suivons le calvaire sept heures durant, à travers les eaux glacées. Dans un second temps, nous assistons aux "retombées" de ce miracle qui entraîne notre homme dans un périple (engrenage ?) scientifique, l'incrédulité -puis la volonté de comprendre- des spécialistes l'obligeant à subir une batterie de tests.

survivre

Entre certaines mains hollywoodiennes, ce scénario aurait donné lieu à un film catastrophe, dans tous les sens du terme. Kormakur, lui, a su mettre au service de ce destin hors du commun, sa modestie de réalisateur, nous offrant un film d'une grande sobriété au sein duquel la puissance de la nature islandaise s'exprime avec bien plus de grâce, dans toute son hostilité et sa splendeur. Il est, par ailleurs, impossible de ne pas se prendre d'affection pour le personnage principal, un homme tendre et bonhomme qui n'aspire, lui aussi, qu'à la simplicité, à la discretion. Survivre est tout à son image, puissant et très humain.

Les très bonnes surprises

Perfect Mothers, d'Anne Fontaine. D'une adaptation, je n'attends jamais grand chose, d'Anne Fontaine, je n'attends plus rien depuis bien longtemps. Son Perfect Mothers, adapté du roman de Doris Lessing, s'est révélé lumineux et dérangeant, très respectueux de l'oeuvre tout en traçant sa propre voie. La réalisatrice a réussi à se faufiler entre les lignes lacunaires de l'auteure, en mettant en scène une histoire singulière sans insister sur son aspect "malsain" dans un décor de rêve, jamais gratuit. A noter, la présence de deux actrices, Naomi Watts et Robin Wright, sublimes de naturel. Un film solaire qui laisse son empreinte longtemps (comme un coup de... soleil ?!)

Promised Land de Gus Van Sant, mêle conflits écologistes, comédie sociale et morale, et nous offre une douce plongée dans une Amérique rurale et populaire qui se dévoile peu à peu. Porté par un Matt Damon d'une grande sobriété (que je redécouvre, je l'avoue) et galvanisé par l'humour subtil et vif de Francès McDormand, tout deux parfaits dans leur rôle, Promised Land m'a apporté bien plus que j'en attendais : un moment de cinéma plaisant et intelligent, denrée rare, avouons-le.

Les Amants passagers, de Pedro Almodovar. Plus l'heure de pousser la porte du cinéma approchait, plus je craignais de découvrir la nouvelle folie du réalisateur espagnol. C'est que j'en avais entendu, des vertes et des pas mûres sur ce film ! Mais je n'ai jamais été aussi satisfaite de ma détermination qui a le verbe bien plus haut que la rumeur car, mes Chers, Almodo signe ici une comédie jubilatoire (oui, je sais, c'est banalement cliché d'écrire cela mais tellement vrai dans ce cas !) tout en nous livrant des preuves toutes fraîches de sa vigueur et de sa virtuosité. Offrir un film si riche, visuellement et émotionnellement, diriger (à la perfection) autant d'acteurs, les filmer avec un tel respect voire amour, sans sortir -ou presque- d'un avion : quel défi !! Par ailleurs, il faut souligner que Les Amants passagers ne se contente pas de nous faire (sou)rire avec un humour très "gay-friendly" : Almodo en profite pour passer en revue quelques-uns des faits sociaux qui agitent son pays et c'est pour cette langue tout sauf de bois que je l'aime tant.

les amants

Blanca Suarez, sublime révélation (déjà aperçue dans La piel que habito) filmée comme seul Almodovar sait filmer les femmes

NO !, de Pablo Larrain, est film chilien dans lequel le très engagé Gael Garcia Bernal interprète un publicitaire en charge de la campagne contre le référendum souhaité par Pinochet en 1988. Un fait historique et social qui m'était totalement inconnu (et alors ?!) et que j'ai découvert avec un sincère engouement. Du cinéma intelligent, bien fichu, qui fait beaucoup de bien par où il passe. Le film, quant à lui, ne doit plus guère passer en salle mais je ne peux que vous recommander de conserver ce titre court et rebelle dans un coin de votre tête car il est assurément à voir.

Les chouettes divertissements

Iron Man 3, de Shane Black. Je ne m'étends pas sur la genèse de ce super-héros, sans doute bien connu de vos services. Je dirais seulement qu'Iron Man est loin d'être mon préféré (je suis pro-Batman et secrètement amoureuse de Peter Parker). Néanmoins, c'est toujours un plaisir de retrouver Robert Downey Jr faire mumuse dans sa belle armure et ceci se vérifie d'autant plus dans ce nouvel opus que j'ai trouvé très réussi. Les effets spéciaux sont, bien entendu, de la partie, ce qui n'exclut pas un scénario solide et très sympa, ainsi que des dialogues à l'humour efficace. Ajoutez à cela une Gwyneth Paltrow très à l'aise sur ses talons (son personnage m'a, par ailleurs, beaucoup plu) et une fin... Hum... déconcertante, et vous obtiendrez le parfait divertissement, musclé et glam' pour faire sourire un dimanche qui fait la tronche.

Les Gamins, d'Anthony Marciano, LA bonne comédie française comme on en voit trop rarement, malheureusement. Fraîche, drôle, tendre,... elle s'inscrit fort bien dans son temps grâce à des personnages attachants qu'on aimerait bien avoir comme potes. Ou pas ! J'ai succombé à la douce folie d'Alain Chabat tandis que Max Boulbil était en charge de l'opération séduction. Un film en forme de bonne surprise, qu'on aime sans rougir, sans même une petite pointe de culpabilité (c'est fou de que peut faire une touche bon sens et de retenue quand même !).

20 ans d'écart, de David Moreau. Toujours au rayon "comédies françaises" mais un ton en-dessous, 20 ans d'écart charme grâce à son couple de comédiens -Virginie Efira, rayonnante, Pierre Niney, craquant- mais pèche par ses lourdeurs et grosses ficelles qui ternissent un scénario qui sans être original avait un certain potentiel. On s'ennuierait presque. Presque, j'ai dit !

20-ans-d-ecart

Effets secondaires, de Steven Soderbergh, un réalisateur qui nous surprend film après film, capable du meilleur comme du pire, n'hésitant pas à passer de l'OVNI ultra-confidentiel (qui a vu Bubble ? Un choc, non ?) à la grosse prod' friquée. C'est cet éclectisme qui me séduit toujours chez lui, plus que certains de ses films. Celui-ci, en l'occurrence, ne m'a pas laissé un grand souvenir mais, sur l'instant, je me suis prise au jeu (piège, piège !) de son scénario tordu et de son ambiance malsaine, entre coucheries, psychanalyse et petites pilules bleues. Une sorte de Liaison Fatale sous anti-dépresseurs, why not, si c'est l'occasion de passer un peu de temps avec Jude Law ;)

L'oubliable-déjà oublié

11.6, de Philippe Godeau, l'histoire VRAIE de Toni Musulin, convoyeur de fonds au bout du rouleau qui se rebelle. Mouai, mouai... Faire jouer la carte du taiseux à François Cluzet (qui ne sait faire que cela, dites-moi ?) n'était sans doute pas l'idée du siècle pour énergiser ce casse qui n'en brise pas trois à un canard. Heureusement, deux beaux personnages secondaires mais acteurs confirmés, Bouli Lanners et Corinne Masiero, rendent le résultat regardable.

Les erreurs de casting

L'Ecume des jours, de Michel Gondry, où comment faire un coma diabétique sans passer par la case départ.

Mariage à l'anglaise, de Dan Mazer. Sans doute qu'au rayon "Comédies", Anthony Marciano (réalisateur des Gamins) avait réussi à choper le dernier pot de demi-mesure et d'élégance.

Fin de ce petit récap' mensuel ! J'espère que cette nouvelle version de "Emma va au ciné" vous aura plu : glissez toutes vos remarques et suggestions dans la boîte à l'entrée du magasin.

On se retrouve donc dans un mois avec de nouveaux films dont Stoker et Le Coeur a ses raisons, dont je vous ai déjà parlé dans mon précédent billet et que je vous encourage vivement à voir. Au programme ces prochains jours : Mud, Land of Hope et peut-être Paradis : Espoir.

Des avis sur ces films sortis mercredi ?

Très bonne journée à vous mes Chers, et surtout : bons films ;)