le_donneur_de_bainCela faisait un sacré bout de temps que je ne m'étais pas offert une petite sortie théâtrale un vendredi soir. Et pourtant, c'est ma manière préférée de bien commencer le week-end !

La semaine dernière, j'ai donc décidé d'aller voir une pièce qui me titillait depuis quelques temps, Le Donneur de bain, première pièce de Dorine Hollier, interprétée par une brochette d'acteurs quatre étoiles : Alain Pralon, Barbara Schulz, Charles Berling et mon chouchou, le trèèèèèès beau et trèèèèèèès talentueux Bruno Wolkowitch, entre autres.

Tout d'abord, quelques mots sur l'histoire.

Dans le Paris du XIX° siècle, les salles de bain n'existent pas et il faut donc compter sur les donneurs de bain pour se débarasser de ses miasmes ^^ . Ici, il se prénomme Pierre-Marie et c'est en fouillant dans ses souvenirs qu'il nous raconte son quotidien lorsqu'il participait à la bonne hygiène des habitants hauts en couleur d'un immeuble. Entre Anselme, le ministre véreux, Céleste, la prostituée perfide, Frédéric, l'aristo hypocrite et Xénob, le savant fou répugnant, il ne reste pas beaucoup de place pour les âmes pures, incarnées par le joli duo formé par Misty, l'assistante de Céleste, et Valentin, l'apprenti-acteur au coeur d'artichaut.

Pierre-Marie se déplace donc -sur rendez-vous- d'appartement en appartement, sa baignoire escamotable et ses précieuses huiles sous le bras. Bien que sa tâche soit de débarasser ses clients de leur crasse et odeurs, il devient peu à peu leur confident et s'aperçoit -en même temps que le spectateur- qu'on a beau frotter, utiliser tous les onguents du monde, rien ne peut vaincre la noirceur de l'âme. La très belle Céleste se révèle en effet une véritable peste, tandis que l'immonde savant-fou nous la joue Elephant Man, le monstre terriblement humain.

Le Donneur de bain m'a alors laissé sur une impression très mitigée. Comme vous pouvez le constater, si l'histoire que nous raconte Dorine Hollier part sur de bonnes bases, elle ne pousse pas son propos bien loin. En effet, quoi de plus banal que ce constat sur l'âme humaine, la beauté intérieure, l'hypocrisie des gens beaux et puissants ? Quelle morale plus convenue que celle de cette pièce qui semble vouloir nous rappeler que ce n'est pas en soignant les apparences qu'on devient une belle et bonne personne ?

Le texte est donc assez vain (malgré quelques répliques qui font mouche), sans grandes surprises (car même les rebondissements sont évidents) et répétitif. Il aurait véritablement gagné à être resseré d'une bonne demi-heure puisque, de toute manière, tout est dit dans les quarante premières minutes.

Mais Le Donneur de bain ne m'a pas entièrement déçue et cela me chagrinerait presque ! J'aurais préféré que l'ensemble soit médiocre ce qui aurait était moins frustrant que cette impression de gâchis. Car, si le texte et l'intrigue ne tiennent qu'à un fil, la mise en scène signée Dan Jemmett est tout simplement grandiose et jubilatoire. Devant nos yeux, une sorte de manège-pièce montée sur quatre étages, sorti tout droit d'un roman de Jules Verne, tourne sur lui-même au son d'un orgue de barbarie, pour nous permettre de découvrir et parcourir un à un les appartements des habitants de ce drôle d'immeuble. En plus d'être impressionnant, ce dispositif est vraiment ingénueux et donne à lui seul du rythme à la pièce.

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Cette mise en scène incarne parfaitement ce XIX° siècle mis à l'honneur, période marquée par les progrès techniques et ayant vu naître de grandes inventions. Par ailleurs, plane sur ce décor éblouissant une ambiance baroque, parfois grandiloquente, qui nous plonge dans une atmosphère intrigante où règne la dépravation. Cette vision de Paris et de cette époque m'a réellement plu et transportée dans le temps.

Enfin, comme je l'annonçais en début d'article, cette pièce vaut -malgré son lourd défaut- d'être vue pour ses acteurs, tous fabuleux sans exception. Marie Denarnaud, l'interprète de Misty, est une très belle découverte que je compte suivre de très près, Charles Berling et Barbara Schulz donnent à voir l'ampleur de leur talent (cette dernière est d'ailleurs bien plus appréciable sur scène que sur grand écran). Mais mon coup de coeur absolu revient -en toute bonne foi- à Bruno Wolkowitch qui offre bien plus qu'une prestation, une performance, assez exceptionnelle. Totalement grimé et méconnaissable, il joue un savant-fou fantasque en y mettant une énergie incroyable. Petite précision tout de même (car je suis bien gentille), évitez à tout prix les deux premiers rangs, mon cher Bruno étant affublé d'une horrible machoire en plastoc, les projections salivaires ne sont pas rares ! Pour ma part, j'étais au troisième rang et j'ai pris un certain plaisir à observer les mines dégoûtées des spectateurs du premier rang à chaque intervention de Xénob ! Mouhahaha !!

Un avis en demi-teinte donc pour une pièce qui aurait largement pu être la pépite de cette fin de saison.

Au théâtre Marigny, jusqu'au 17 juillet

Durée de la pièce : 2h05.