une_banale_histoireL'heure est grave, les Chupa Pigs.

Les plus attentifs d'entre vous l'auront certainement noté : ce blog est totalement laissé à l'abandon voire tombe carrément en ruine. Sans rire, j'y ai croisé une araignée ce matin au détour d'un article. C'est fou ! Il faut donc que je le reprenne en mains même si je doute de pouvoir rattraper le retard accumulé côté expositions et spectacles. Un petit effort sera fait pour le cinéma mais ce sont tout de même onze films qui attendent gentiment de passer à la casserole. Bref. C'est un peu la merde.

Il était néanmoins hors de question que je ne vous parle pas au plus vite, donc dès aujourd'hui, de ma première pièce de la saison 2011, Une banale histoire, que j'ai pu voir ce week-end au théâtre de l'Atelier.

Librement adaptée d'une nouvelle de Tchekhov par l'écrivain Marc Dugain, Une banale histoire était avant tout pour moi l'occasion de voir sur scène un de mes acteurs préférés, depuis genre mille ans, Jean-Pierre Darroussin.

Mais nous peopliserons plus tard, place maintenant aux considérations théâtrales.

"L'insomnie est la seule forme d'héroïsme au lit" écrivait Emil Cioran. On ne sait si Nicolaï Stepanovitch, personnage central de cette histoire banale, partage cet avis mais, ce qui est certain, est qu'il connaît lui aussi les vices et les vertus des nuits sans sommeil. Trop d'heures passées à écouter les bruits de la maison, à sentir les minutes s'étirer avec sadisme, beaucoup trop de temps pour penser et revenir sur le passé alors que la mort rôde. Nous sommes donc face à un homme revenu de tout, qui a largement eu le loisir de méditer sur son existence qui touche à sa fin. Professeur de médecine respecté de ses collègues et courtisé par ses étudiants, plus rien ne semble véritablement l'animer. Et pour cause : alors qu'il laisse la vie le quitter tout doucement, sans prendre la peine de réagir, il est d'une parfaite lucidité qui l'encourage à livrer sans retenue une philosophie de vie qui ne laisse aucune place aux frivolités. C'est donc non sans ironie, mais sans réelle méchanceté, qu'il juge les membres de sa famille qui ne pensent qu'au paraître ainsi que ses contemporains qui se complaisent dans l'hypocrisie.

Il n'y a qu'auprès de sa pupille, la jeune et belle Katia, qu'il trouve un certain repos. Jeune femme à la réputation sulfureuse, elle est celle auprès de qui Stepanovitch aime à passer ses journées, sans se préoccuper de la bienséance qui voudrait les tenir éloignés. Tous les deux se livrent alors à de vives discussions sur la vie, la mort, la littérature mais surtout le théâtre, passion de Katia, que Stepanovitch ne semble pas partager. Et c'est probablement là que se situe le grand intérêt de cette nouvelle de Tchekhov qui nous fait part, à travers la voix de son personnage, de ses propres craintes et réticences à l'endroit du théâtre, lui qui se remet difficilement de l'échec d'Oncle Vania.

Une banale histoire propose alors une intéressante réflexion sur l'art à travers un texte doux-amer, mis en valeur par le jeu parfaitement juste de Darroussin. L'acteur, tout en retenue, se fond littéralement dans son personnage à qui il donne une démarche, un ton, des mimiques, qui font son identité, lui donnent de l'épaisseur, de la crédibilité et nous amènent à ressentir pour lui un profond attachement. La sobriété de la mise en scène et la grande simplicité des décors -seuls les costumes magnifiques peuvent détourner rapidement notre attention du texte- participent à la grandeur du personnage principal qui est de ceux qu'on n'oublie pas.